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Être LGTB+ en Afrique

Depuis une dizaine d'années, la lutte pour les droits LGBT+ est devenue un enjeu majeur de la politique africaine. Derniers exemples en date, en mai 2019 la Cour suprême du Kenya a confirmé les sections du code pénal qui criminalisent l'homosexualité et en juin de la même année, la Haute-Cour du Botswana a dépénalisé l'homosexualité. Cette dernière décennie a aussi vu, en parallèle, une nette augmentation des organisations de défense des droits LGBT+ locales. L'attention internationale au sujet des droits LGBT+ en Afrique reste elle encore minime au vu de ce qui est à accomplir.



Les législations africaines, très répréhensibles envers l'homosexualité, sont le plus souvent liées aux anciennes présences coloniales et tout particulièrement celle de l’empire britannique. A l'occasion de la dépénalisation de l'homosexualité au Botswana, les membres de la Haute Cour du pays avaient d'ailleurs parlé de « reliques de l'ère victorienne ». Le continent africain semble donc avancer à deux vitesses au sujet des droits LGBT+. D'un côté, un bloc moderniste et libéral notamment incarné par l'Afrique francophone et lusophone et de l'autre, un bloc de plus en plus conservateur et violent dans sa politique envers les LGBT+. Un nouveau code pénal qui criminalise plus fortement l'homosexualité a ainsi été adopté en 2017 au Tchad. Les peines restent également très fortes en Ouganda, en Tanzanie, en Gambie... Certains pays africains appliquent également les lois islamiques qui prévoient la peine de mort pour les personnes reconnues « coupables » d'homosexualité. C'est le cas en Mauritanie, au Soudan, en Tanzanie ou encore dans le nord du Nigéria aux mains de groupes islamistes radicaux. Ainsi, 27 pays d'Afrique subsaharienne sur 49 condamnent toujours à des degrés divers les relations homosexuelles. On peut donc aisément voir que les législations africaines sont très décousues à ce sujet. Un exemple avec la Namibie, au sud-ouest de l'Afrique, où l'homosexualité féminine est légale, où les personnes transgenres sont autorisées à changer d'état civil mais où l'homosexualité masculine est interdite et répréhensible. 
Cette « contradiction » entre une homosexualité féminine autorisée et une homosexualité masculine réprimandée se retrouve d'ailleurs dans d'autres pays africains comme au Ghana.




Les droits des personnes LGBT+ sont donc un cas bien particulier des politiques africaines. Les grands ensembles, les principales coopérations déjà difficiles et nuancées sur ce continent se dessinent encore moins quand on évoque les droits LGBT. Comme dans beaucoup d'autres domaines, la République sud-africaine est en pointe puisque c'est le premier pays africain à avoir dépénalisé l'homosexualité et même à avoir inscrit dans ses lois, l'interdiction et le caractère répréhensible de menaces ou d'actes homophobes. C'est donc bien une majeur partie nord et est du continent africain qui demeure résistant au changement dans ce domaine-là. 




Le poids culturel et religieux n'est pas à omettre quand on évoque ce sujet. La charia qui comme nous l'avons vu est appliquée dans certains pays africains prévoit la lapidation comme sanction pour les personnes condamnées pour actes homosexuels. Dans le sud de l'Afrique notamment, des viols collectifs sont pratiqués sur des femmes lesbiennes par de nombreuses communautés pour les éloigner de ce qu'elles considèrent comme un « mal ». Par ailleurs, la thématique de la sexualité dans la culture africaine peut rapidement devenir quelque chose d'obscène ou tout du moins de tabou. Le mythe occidental d'une Afrique qui n'aurait jamais connu l'homosexualité a longtemps été de mise et continue d'être véhiculé par une classe politique africaine très conservatrice et hostile au progrès social. Un vide historique et conceptuel, marqué par une absence totale de travaux sur l'homosexualité en Afrique fait son apparition depuis quelques années maintenant. L'anthropologie prouve pourtant que l'homosexualité a bien existé au cours de l'histoire africaine, sous des formes occasionnelles ou identitaires. C'est surtout la période coloniale et post-coloniale qui a vu apparaître ce déni et ce rejet d'une homosexualité en Afrique. Les indépendances de nombreux pays africains, notamment au cours des années 60, se sont suivies d'une copie des législations des anciennes puissances coloniales, notamment anglaises et françaises. 




Le changement en matière de droit des LGBT+ en Afrique dépend surtout des Hautes Cours de justice. Fait plutôt encourageant, ces Hautes Cours sont de plus en plus influencées par le droit et les conventions internationales et le corps de la magistrature de beaucoup de pays africains est plus libéral, indépendant et sensible à ce sujet de société. Ces changements, même s'ils peuvent sembler minimes, sont aussi le résultat de la luttes d'associations et d'organisations politiques progressistes comme Afrique Arc en Ciel en Guinée, Espoir-Vie au Togo ou encore ARCAD-SIDA au Mali. Leur visibilité s'est accrue dans les années 80 et 90 avec les premières Pride en Afrique du Sud, les débuts de l'épidémie du Sida qui a été particulièrement forte et qui l'est toujours sur le continent africain ainsi que la relative démocratisation de certains pays d'Afrique francophone. 




On observe également un phénomène de cristallisation de l'image d'une Afrique homophobe tant de la part des conservateurs locaux que des observateurs internationaux. C'est ce phénomène qui d'une part renforce les politiques homophobes adoptées par certains pays africains et qui d'autre part rend difficile toute avancée sociale dans ce domaine. Les leaders politiques de ces pays décrivent souvent l'homosexualité comme un vice importé d'Occident. Et l'influence des médias occidentaux, les interventions d'organisations ou d'ONG étrangères s'avèrent parfois contre-productives. Pour aborder ce sujet avec clairvoyance, il s'agit donc de prendre en considération les nombreuses divergences locales du continent africain et d'interagir avec des associations locales sans faire preuve d'ethnocentrisme et d'un jugement trop rapide et généralisé. 




On peut donc voir que ce sujet est complexe et qu'un peu d'anthropologie est nécessaire pour comprendre des phénomènes propres à l'Afrique et aux pays de ce continent. La situation actuelle et instable de certains pays africains comme le Mali renforcent cette nécessité d'information et de compréhension de la question des droits LGBT en Afrique. Le soutien aux minorités opprimées reste un combat permanent. Ce combat n'est malheureusement pas le même partout en Afrique, l'action des ONG comme des associations est bien trop souvent soumis au bon vouloir des autorités locales. Mais des différences culturelles ne peuvent en aucun cas justifier une quelconque inaction à ce sujet. Nous pourrions ainsi, à notre échelle, proposer un droit d'asile systématiques, à l'échelle nationale comme européenne, aux personnes personnes LGBT+ victimes de violence et/ou de harcèlement. 





Deux liens pour vous renseigner si jamais ce sujet vous intéresse. Tout d'abord un lien vers le site d'Arte qui propose une carte virtuelle très intéressante par rapport aux différentes législations LGBT en Afrique. Et un second lien vers le site du journal Jeune Afrique qui contient de nombreux articles sérieux, de fond, de terrain (puisque écrits par des journalistes locaux) sur la situation et les droits des personnes LGBT+ en Afrique. 




Alexis Halperin

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