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Agriculture : Le gouvernement cultive l’immobilisme et l’indifférence

Si le 4 octobre dernier, Emmanuel Macron se rendait au sommet de l'élevage à Clermont-Ferrand dans un contexte plus que difficile, aucune annonce fracassante n’a été faite. Le gouvernement continue de labourer dans le vide.



Crédit Photo : SEBASTIEN BOZON / AFP


La situation est tendue pour des agriculteurs qui ont subi de plein fouet la sécheresse cet été et qui n'entrevoient toujours pas les "effets positifs" de la loi Egalim votée à l’automne dernier qui pourtant devait mieux répartir la valeur ajoutée entre les acteurs des filières. Sauf que voilà, quand on ne souhaite pas contraindre les industriels et la grande distribution et qu'on fait appel à leur bonne volonté, généralement il ne se passe pas grand-chose.


Le sommet de l’élevage fut marqué également par l'expulsion de deux députés LREM venus débattre du CETA et plus largement des traités de libre-échange. Si il était évidemment préférable que le débat se tienne normalement, on peut comprendre l'agacement d'éleveurs qui ne souhaitaient pas entendre défendre l'indéfendable. C'est incontestable et largement documenté, le CETA est un désastre écologique et une concurrence déloyale dont vont souffrir nos paysan-ne-s.


Une intervention du gouvernement qui se fait attendre


Dans ce contexte peu réjouissant, qu'est-ce qu'a bien pu annoncer Emmanuel Macron ?

Pas grand-chose, mise à part vouloir transmettre son amitié à des agriculteurs qui travaillent dur et leur conseiller de mieux s'organiser pour faire face aux mastodontes de l'agro-alimentaire. Pour qu’ils y parviennent, encore faudrait t-il les aider à mieux s'organiser et à cesser de dépenser de l'argent public pour une agriculture exportatrice qui de toute manière profitera toujours aux plus gros acteurs des filières.

Quant à lui, le Ministre de l’Agriculture, fin octobre sur France Inter annonçait rien de particulier non plus, mise à part des inexactitudes concernant l’utilisation de la chimie en agriculture et jouer de nouveau la vieille mélodie du "les urbains sont déconnectés, la responsabilité repose sur eux, ils doivent mieux consommer".


Au cinéma, la triste réalité du monde paysan


Quelques jours plus tard sortait le film "Au nom de la terre". Poignant. Pas de cliché sur le monde agricole au contraire, une triste vérité y est révélée. Quand vous avez eu l'occasion de travailler dans le secteur agricole, vous connaissez forcément à minima une ou plusieurs familles qui ont été touchées par le drame du suicide.


Dans ce film, je n'y vois pas un agriculteur qui se donne la mort parce qu'il ne supporte plus "l'agri-bashing" mais bien parce qu'il est pris à la gorge par un endettement devenu incontrôlable, et qu'il ne trouve plus de sens à ce qu'il fait. Un système qui vous pousse à investir, qui vous pousse à produire, qui vous pousse à vous déconnecter de la nature et du rapport entre celui qui produit et celui qui consomme, c'est un système qui vous broie et qui s'appelle le productivisme.


Se poser en victime et invoquer l’agri-bashing ne permettra pas d’améliorer la condition des agriculteurs et agricultrices. Bien sûr, il existe quelques mauvaises personnes qui insultent à longueur de temps les paysan-ne-s mais je crois au contraire que la grande majorité des français et des françaises sont sensibles au désarroi qui existe dans nos campagnes et sont attaché-e-s à l’agriculture. Ils/Elles comprennent que la plupart des agriculteurs-rices subissent eux aussi un modèle productiviste construit et défendu depuis des dizaines d'années par les pouvoirs publics et ce avec la complicité des industriels. Consommateurs, militants écologistes, paysan-ne-s ont finalement beaucoup d’intérêts en commun : ceux de vivre dignement, de se nourrir sainement et de protéger une Nature qui est à la fois compagnonne de travail mais aussi maison commune de l’humanité.


Ne nous voilons pas la face : il y a dans l'alimentation des traces de produits phytosanitaires, le réchauffement climatique impose de revoir très rapidement nos modèles de production, la biodiversité s'effondre et les agriculteurs ne vivent pas correctement de leur métier.


Alors que fait-on ?


J’ai toujours pensé que les deux leviers principaux d’une transition agricole réussie étaient l’enseignement agricole et l’orientation des politiques publiques vers l’agroécologie en accompagnant et en aidant les agriculteurs-rices à se former et à transformer leurs outils de production.


Mettons également tout en œuvre pour influer sur la nouvelle PAC 2020 et redéfinir les critères d'obtention des aides. Terminé l'époque où je touche plus quand je deviens de plus en plus gros. Les subventions doivent être plafonnées au-delà d'un certain seuil, et surtout octroyées selon le nombre d'emplois à l'hectare, la valeur ajoutée créée sur la ferme et les services rendus à l'environnement.


Enfin, si la PAC est un outil qui peut sembler nous échapper, son deuxième pilier lui est géré par les Régions. Elles formulent ainsi leurs propres programmes septennaux de développement rural. Les leviers permettant de soutenir la transition vers l'agroécologie et/ou le bio, de structurer les filières et de permettre de relocaliser la production, la transformation et la consommation sont considérables. Encore faut-il vouloir les actionner dans ce sens.


Bien d'autres mesures seraient à prendre et à détailler mais en tout cas la volonté du gouvernement n'est pas celle d'accompagner les agriculteurs dans une transition profitable à tous.


Consommateurs, agriculteurs, transformateurs, pouvoirs publics, les responsabilités sont partagées et toutes et tous doivent revoir leur manière de travailler et/ou de consommer. Mais c'est bel et bien à l’État d'orchestrer cela. Redonner du pouvoir d'achat et du temps aux ménages pour qu'ils consomment des produits de qualité. Donner les outils aux paysans et paysannes pour qu'ils/elles puissent transformer leur modèle de production, cesser de compter sur la bonne volonté des industriels et leur mettre réellement la pression pour mieux rémunérer les producteurs et ne pas le faire payer aux consommateurs. Tout cela est possible, c'est une question de volonté politique.


Le métier de paysan et paysanne est admirable. Ils et elles nous sont indispensables et ne méritent qu'une chose, un travail qui ait du sens et des rémunérations qui soient à la hauteur des heures passées à soigner les animaux et à cultiver les terres.


Grégoire Verrière