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Covid-19 : NON, nous ne sommes pas le virus !

Mis à jour : juil. 15


En quelques semaines, le COVID-19 a, à l'échelle mondiale, éclipsé les récents événements climatiques catastrophiques comme les incendies en Australie. Cependant, ce virus, au même titre que d'autres épidémies majeures, n'est pas sans rapport avec la crise de la biodiversité et du climat que nous traversons.




Le COVID-19 a temporairement réduit les émissions : il est question partout de poster des vidéos et photos des villes avant et après où “la nature reprend ses droits”, comme la vidéo des eaux claires de Venise, de l’amélioration significative de la qualité de l’air à Paris, New York, ou encore les animaux sauvages qui réinvestissent les centre-villes



Nombreuses alors, sont les personnes/personnalités qui se sont empressé.e.s de poster, partager, décliner une version de : “les êtres humains sont le virus, la planète se défend”. Au vu des faits, l’absence d’activité humaine semble avoir des effets positifs sur la “nature”. L’idée semble donc au premier abord valide et séduisante. Mais creusons un peu plus le sujet :


Ne faisons nous pas, l’espèce humaine, partie intégrante de cette nature ? N’est ce pas l’oubli de cette notion, l’oubli de notre place au sein de la biodiversité qui a conduit à la dégradation de notre environnement ?



Qu’est ce que la justice climatique ?


La justice climatique consiste à prévenir et éviter la souffrance, présente et future de l’espèce humaine face à la crise climatique. Une réduction de la pollution qui tirerait son origine ou qui aurait pour conséquence la souffrance humaine, implique qu’une perte massive de vies serait acceptable (ou pire, nécessaire) pour le bien être de la planète.


Ceci va à l’encontre de ce pourquoi nous nous battons et n’a pas sa place dans notre lutte pour la justice climatique.


Les plus vulnérables : en première ligne d’un système économique mais aussi premières victimes de ses répercussions.


Le facteur déterminant outre le facteur santé (avec une fragilité accrue des personnes âgées, immunodéprimées, souffrant de comorbiditées, etc) est le facteur économique. Ne nous méprenons pas le virus ne fait pas de distinction entre riches et pauvres, mais à l’échelle mondiale, c’est auprès de la classe populaire, des sans-abris, de la population carcérale, des racisé.e.s, des pays du Sud qu’on dénombrera le plus de victimes.


Ceux qui sont en situation de fragilité économique ont effectivement plus de difficultés à se confiner dans de bonnes conditions. Particulièrement, si il leur faut travailler pendant cette période de crise : hôte(sses) de caisse, routier.e.s, livreu.r.se.s, agent.e.s d’entretien, etc. La situation carcérale est aussi alarmante, les gestes barrières sont souvent difficile à respecter il en est de même pour les sans abris n’ayant pas accès à l’équipement nécessaire pour assurer leur protection face au virus : points d’eau, gants, masques etc


Sous-entendre que la planète guérit via cette pandémie qui fera payer aux plus précaires un lourd tribu sert souvent une rhétorique raciste et anti-classe populaire : c’est de l’éco-fascisme.



Qu’est ce que l’éco-fascisme ?


L'éco-fascisme s’appuie sur la théorie de “l’écologie profonde” qui veut que, pour sauver la planète et la vie sur terre il faille drastiquement, et par la force si nécessaire, réduire la population mondiale.


C’est la soit disant prépondérance de la préservation de la “nature” au détriment de la vie humaine derrière laquelle se cache souvent le racisme, le validisme et le classisme, puisqu’il détermine qui peut être sacrifié ou non pour le bien de la société.

Vous l’aurez compris, ce sont d’abord les populations les plus vulnérables qui en sont victimes, cette théorie flirte avec l’eugénisme puisqu’elle assume la responsabilité de définir quelles vies peuvent être préservées.


L'Éco-fascisme à l’oeuvre


Crédit photo : NBC News


En août 2019, l’auteur de la tuerie d’El Paso aux Etats-unis a fait 22 morts et une trentaine de blessés - la grande majorité d’origine hispanique - a écrit dans son manifeste :

“L’anéantissement de l’environnement crée un fardeau conséquent pour les générations futures. Les compagnies sont responsable de la destruction de notre environnement en surexploitant sans vergogne les ressources.” il ajoute “Si nous pouvons nous débarrasser d’assez d’individus, notre mode de vie sera davantage viable”


Dans ce même manifeste on y retrouve un hommage à l’attaque terroriste de Christchurch en Nouvelle Zélande, une fusillade qui avait fait 50 morts de confession musulmane dans une mosquée en mars 2019 dont le tueur se revendiquait ouvertement de l’éco-fascisme.


Éco-fascisme et Capitalisme : les 2 faces d’une même pièce.


L’éco-fascisme est un non sens puisqu’au lieu de s’attaquer à ce système qui exploite, fonde les disparités socio-économiques et fait passer le profit avant les vies humaines, il oublie, lui aussi, de prendre en compte le fait que la race humaine fait partie intégrante de la nature et de la biodiversité. Il ne résout pas le problème structurel à l’origine de la crise environnementale : le capitalisme.


En effet, à l'origine de la crise actuelle de la biodiversité il y a des choix humains : surexploitation des ressources naturelles, pollution, colonialisme, déforestation, chasse d’espèces en voie de disparition, etc dans le seul but d’en extraire le plus de richesse possible.


Au Brésil Bolsonaro poursuit la politique de déforestation, de déplacement et meurtre des populations indigènes amorcées depuis des décennies visant à accéder aux ressources pétrolières ou minérales (or, cuivre, fer etc). Il est l’illustration parfaite du capitalisme ravageur qui a pour seul but de monétiser chaque cm2 de notre planète.


La notion que les ressources sont infinies est un mythe sur lequel se fonde le capitalisme. Ce fantasme économique d’une croissance infinie sur une planète dont les ressources sont finies conduira inévitablement à l’augmentation des conflits en rapport avec la raréfaction de nos ressources naturelles, l’accroissement des inégalités parmi les populations déjà extrêmement appauvries à la disparition de la biodiversité et donc à la disparition de notre espèce.


Aujourd’hui, les personnes les plus dangereuses ne sont pas tant les éco-fascistes mais l'élite capitaliste (qui assure la sauvegarde de leur capital) en maintenant activement ce système conduisant à la crise environnementale tout en amoindrissant l’ampleur de la crise ainsi que l’urgence de prendre des mesures drastiques.


Il y a un second aspect qui incrimine le capitalisme, un bon nombre de décès aurait sûrement pu être évité. Nous payons aujourd’hui les conséquences du libéralisme économique sur lequel se fonde les décisions prises depuis plus d’une décennie : délocalisation, coupes budgétaires pour les hôpitaux, destruction du service public, absence de stocks, etc des économies réalisées au détriment de notre sécurité.


En France, à Mulhouse le personnel soignant, faute de respirateurs, est contraint de choisir quel.le.s patient.e.s ont le plus de chance de survie. Aux Etats-unis, un jeune adolescent de 17 ans s’est vu refusé l’accès au soin car il ne disposait pas d’assurance. En Alabama, une directive préconise d’économiser les fournitures médicales ainsi que le matériel en déclarant que “les personnes atteintes d’un sévère handicap mental, atteinte de démence avancée, d’atteinte cérébrale sévère” ne sont pas prioritaires.

La même directive a été prise à Washington et en Arizona, les personnes atteintes de trisomie 21 et les autistes sont aussi concernés par cette directive


Le capitalisme et l’éco-fascisme sont les faces opposées d’une même pièce l’un valorise la nature au détriment de vies humaines l’autre valorise le profit au détriment de la nature. Les deux dissocient l’espèce humaine de la nature et s’octroient le droit de choisir qui peut être sauvé ou non.


L’argument de la surpopulation utilisé par les éco-fasciste est un mythe dangereux, non seulement parce qu’il légitime l’élimination d’une certaine population mais aussi parce qu’il empêche toute remise en question de notre modèle économique et permet donc au capitalisme de se maintenir. C’est le capitalisme qui détruit notre planète et non l’humanité toute entière.


Au lieu de poursuivre le projet insensé de réduire la population, nous pouvons résoudre cette crise environnementale et obtenir la justice climatique en construisant une économie post-croissance qui pallie aux disparités économiques : en soutenant les salarié.e.s plutôt que le CAC40, en repensant notre rapport à au travail et à la productivité, en décarbonnant notre économie, et en se reposant sur le savoir faire des populations indigènes qui pendant des siècles ont vécu en harmonie avec la nature.


Pour Finir ...


Non, l’être humain n’est pas le virus. Célébrer l’impact positif du covid-19 sur nos émissions nourrit le discours éco-fasciste de la surpopulation et ne s’attaque pas à la source de la crise climatique.


Notre écosystème est parfaitement apte à répondre aux besoins de l’espèce humaine, qui est partie intégrante de la biodiversité. Le changement climatique est le résultat d’un système économique, organisé par une minorité, qui a pour seul but d’accumuler de la richesse. Pointer du doigt une “surpopulation” fait porter le chapeau non pas aux entreprises et à l’industrie qui causent ce chaos mais à des milliards d’êtres humains qui essaient en dépit des conséquences dramatiques, de survivre.


Alors lorsque nous postons ou partageons une variation de “les êtres humains sont le virus”, nous participons - pour beaucoup sans le vouloir - à la propagation d’une une idéologie raciste tout en offrant une échappatoire aux véritables responsables.


Pointons plutôt du doigt le système capitaliste, et cette dangereuse minorité qui met en péril la pérennité de notre espèce. Je vous propose dorénavant comme caption :


“Pendant que le système capitaliste tourne au ralenti, la Planète guérit”




Merci à Melissa Oswald d’avoir attiré mon attention sur ce sujet

Sabrina BENMOKHTAR


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