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Derrière la rhétorique martiale du Président : quelle communication de crise ?


Emmanuel Macron lors de son allocution à l'Hôpital militaire de Mulhouse, le 25 mars 2020


Depuis le 16 mars, le gouvernement a adopté une stratégie de communication martiale, à l’image du “nous sommes en guerre” d’Emmanuel Macron. Cette stratégie et l’incohérence des discours ont été responsables d’un climat d’angoisse qui n’avait pas lieu d’être. Plus que jamais, l’humanisme de la Gauche manque dans le paysage politique.


Macron, chef des armées face à la crise


Lors d’une allocution de 21 minutes, le 16 mars, c’est un Emmanuel Macron particulièrement martial qui s’est présenté. Il a appelé à une forme de “mobilisation générale” contre cet “ennemi invisible”, disant à six reprises que “nous sommes en guerre”. C’est donc sous son costume de chef des armées qu’il a annoncé ses mesures de confinement.

Par la suite, lui et ses ministres ont employé à plusieurs reprises ce langage guerrier et cette attitude martiale, en évoquant notamment “une bataille contre le pic épidémique” ou en se présentant par exemple dans un hôpital militaire monté à Mulhouse pour y faire une allocution publique le 25 mars.

Il s’agit d’un choix dans la communication du président de se présenter comme chef des armées plutôt que premier de ses pair.e.s. C’est un choix de communication qui est hors sujet et dangereux, assez ridicule par ailleurs. Hors sujet car non, “nous ne sommes pas en guerre”, nous n’avons pas d’ennemis à affronter, il s’agit d’une pandémie. Ridicule , comme l’ont souligné beaucoup d’observateur.rice.s, car il n’a échappé à personne qu’il ne s’agissait de rien d’autre que d’un exercice de communication. Dangereux également, car cette communication provoque un climat d’angoisse, ce dont nous n’avions pas besoin.


Une communication délétère et un vent de panique


Lors de la première semaine de confinement, il en a résulté une forme de panique générale, comme en ont attesté les pillages de magasins ayant eu lieu un peu partout en France, le climat délétère qui s’est mis en place, la saturation des lignes téléphoniques de la police avec 70 % des appels concernant des dénonciations de voisins ne respectant pas le confinement, les voisins demandant aux soignants de déménager pour ne pas être contaminés par eux.

Cette panique résulte également de la contradiction du discours du président. Le 12 mars, Macron maintenait le premier tour des élections municipales, assurant qu’il n’y avait aucun risque, et annonçait le lendemain du premier tour le confinement. Depuis, les ministres se contredisent en permanence, c’est un exercice de communication complètement raté de la part du gouvernement, la crise de la pénurie de masques nous démontrant encore une fois à quel point le gouvernement est incompétent en parallèle.


Communication ridicule également, car depuis il a eu de nombreuses réponses démontrant l’absurde de ces éléments de langages, à travers des tribunes, des éditos, des prises de paroles de responsables politique ou encore par la réponse du président allemand Frank-Walter Steinmeier lors d’une allocution , le 11 avril. Il a notamment déclaré "Non, cette pandémie n'est pas une guerre. Les nations ne s'opposent pas à d'autres nations, les soldats à d'autres soldats. C'est un test de notre humanité". Alors que l’Allemagne se sortait beaucoup mieux de la crise épidémique, la déclaration de Steinmeier a été beaucoup plus à la hauteur de la situation.

Le terme de “test de notre humanité” est bien choisi. Pour se débarrasser du COVID, il faut s’en débarrasser partout, ce n’est pas en se mettant en concurrence entre États qu’on s’en sortira. C’est un test d’humanité à l’échelle nationale également, sur la façon dont on traite les soignants et les patients, sur la façon dont sont mises en place des solidarités en temps de crise pour répondre à la récession, pour sauver des vies et prévenir de la misère. On ne s’en sort pas seul.e.s.


Communication de crise : un échec ?


Cette communication de crise, ces éléments de langage du gouvernement sont un nouvel échec politique. Après une forte montée de popularité, suite à cette image de “père de la nation” qu’Emmanuel Macron s’était construite, le 7 avril il n’y avait que moins de 40 % de la population qui faisait encore confiance au gouvernement concernant cette crise selon un sondage IFOP.

La communication du déconfinement est tout aussi désastreuse. Si les éléments de langage sont à l’apaisement, ils ne trompent pas, les déclarations contradictoires, l’approximatif, le manque de présence scientifique dans la prise de décision sont à l’image de cette intervention dans une école de Poissy pour parler de la rentrée scolaire, le 5 mai, peu convaincante.


L’humanisme de la Gauche manque dans cette période. Les médecins cubains s’étant rendus dans le monde entier pour lutter contre la pandémie, tout comme les réseaux associatifs et militants s’étant mobilisés partout en France, nous prouvent que nous avons plus que jamais besoin de solidarité. L’éclatement de la Gauche l'empêche d’être à la hauteur et d’être une force politique capable de porter des propositions politiques fortes.



Tristan Péglion


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