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Domination coloniale sur les premières nations du Canada

Si on parle souvent du rêve américain, le rêve canadien est tout aussi caricatural. On pense souvent à une société sans problème, où tout le monde est accepté, où chacun vit bien en harmonie sous une neige éternelle. Pourtant la réalité est tout autre car le pays repose depuis sa création sur une domination des minorités des premières nations par la suprématie blanche.



Depuis la colonisation des terres habitées par les premières nations en 1534, peu de choses ont été remises en cause. Si le Canada s'accorde aujourd'hui à reconnaître les atrocités coloniales faites par les colonies françaises, et anglaises, sur des terres déjà occupées, les discours sur les inégalités raciales tardent à émerger malgré les actuelles prises de parole des minorités autochtones du pays.




Une domination coloniale historique




Tout commence lorsque Jacques Cartier installe ses troupes en Amérique du Nord en 1534 pour affirmer l'appartenance des terres aux français sans se préoccuper, à cette époque, des sociétés autochtones qui y vivaient. Les français décident de s'installer sur les terres fertiles qui bordent l'est du Saint-Laurent, tandis que les nations autochtones, nomades, vivaient tantôt au nord du continent, tantôt au sud, selon les saisons. En 1497, les anglais poursuivent l’expansion du Commonwealth sur les terres canadiennes, colonisant plus largement le territoire. 
Chacun de leur côté, les français comme les anglais commencent alors à se lancer dans des campagnes d’évangélisation brutales sur les premières nations, bouleversant alors l'intégralité des sociétés autochtones. Si tout le monde connaît les horreurs coloniales, les dominations et les violences, les autochtones canadiens n’en furent pas épargnés. En 1867 fut signée la Confédération Canadienne entre français et anglais. Cependant, les traités de paix entendus entre blancs et autochtones ne furent, eux, pas respectés, et les sociétés occidentales ont alors reconnu les autochtones comme sujets du roi d'Angleterre.




Une déconstruction des structures autochtones




Afin d'étendre sa domination, l'état colonial canadien repousse les sociétés autochtones dans des réserves, des espaces dont ils sont censés pouvoir disposer comme bon leur semble, en contrepartie de la construction des villes occidentales sur les terres qu'ils occupaient pourtant précédemment. Ce fut en fait, un moyen pour l'état colonial canadien de maîtriser son pouvoir, puisque les nations autochtones bien que consultées sur l’avenir de leurs terres, n’ont aucun pouvoir de décision sur ces espaces. Celui-ci revient entièrement au gouvernement fédéral.. Ainsi, récemment, le gouvernement de Justin Trudeau a décidé de ne pas écouter les revendications des premières nations, et a planifié de faire passer son immense projet de pipeline au cœur même des réserves. Promettant ainsi de longs travaux, une modification territoriale, une perte de liberté d'accès au territoire, à bon nombre de sociétés autochtones. 




Les gouvernements provincial et fédéral mirent en place des pensionnats. Prétextant juridiquement que les enfants autochtones ne pouvaient pas atteindre leurs besoins au sein des réserves, les autorités les enlevèrent au fur et à mesure à leurs familles pour les placer dans des pensionnats où on leur enseignait le français ou l'anglais en fonction des provinces, au détriment de leur langue autochtone native. Tout au long de ces années de pensionnat, on leur expliqua à quel point leurs ancêtres étaient retardés et que pour évoluer ils devaient aller vivre en ville, à Montréal ou à Toronto. Les enseignants déconstruisaient tous leurs repères et anéantissaient l'image que les enfants avaient de leur propre famille. On coupait les cheveux des filles pour qu'elles ressemblent à des occidentales, et on interdisait aux enfants de parler leurs langues natales. Plus violent encore, les récents témoignages de ces dernières années affirment que les enfants étaient battus, menacés, violés. 




Pendant ce temps, les familles restées dans les réserves ont subi les occupations blanches et ont vu leurs sociétés complètement déstructurées. Avec la colonisation, les occidentaux n'ont pas amené que du racisme. Ils ont aussi fait apparaître le sexisme, la domination, la violence au sein même des sociétés. Les femmes subissent les viols des blancs, et les hommes subissent les menaces permanentes. 




Aujourd'hui, depuis très peu d'années, les pensionnats sont fermés au Québec, et dans le reste du Canada, mais les parents de mes amis me racontent aujourd'hui que tout le monde connaissait leur existence, que les pensionnats étaient établis tout autour de Montréal, et que la suprématie blanche était si banalisée que personne ne s'en alarmait.



Un Canada moderne, entre réconciliation et discriminations persistantes 




Depuis quelques années, les politiques de réconciliation ont lieu entre le Canada et les sociétés des premières nations se multiplient. Exemptions de taxes pour répondre aux inégalités, priorité sur les emplois gouvernementaux qui concernent directement les sociétés autochtones, bourses d'aide à l'entrée à l'université, meilleure représentation culturelle autochtone dans le pays, reconnaissance du statut d'indien... Mais cela est loin d'être suffisant.


Aujourd'hui encore l'hypocrisie persiste. 
Le pourcentage de représentation des autochtones en milieu carcéral explose. Pour cause : un grand nombre de mesures inadaptées qui ne permettent pas aux autochtones de comprendre et s'adapter aux lois canadiennes. Le taux de SDF autochtones en ville est impressionnant, de même pour la prostitution, les travaux exploités et la pauvreté. 




Le concept de « minorité visible » mis en place par le gouvernement pour accentuer les décisions multiculturelles au Canada de représentations dans tous les domaines de la société, visant à réduire les inégalités raciales, ne comprend pas la minorité autochtone. De ce fait, le gouvernement canadien ignore totalement les inégalités subies par les premières nations et s'autorise de ce fait à ne pas se pencher sur la question dans un certain nombre de domaines. 

La reconnaissance du statut d'indien est hypocrite et perpétue une domination raciste et sexiste également. En effet, ce statut n'est pas transmissible par la mère. C'est à dire que si une femme autochtone se marie avec un homme blanc, ses enfants (qui peuvent subir des inégalités racistes) ne seront pas considérés comme indiens. Seul un homme peut transmettre son statut d'indien. De plus, il est extrêmement compliqué pour les personnes autochtones de demander la carte d'indien car vivant généralement dans le grand nord (plusieurs heures d'avion des écoumènes canadiennes), ne parlant ni français, ni anglais. Il est donc quasiment impossible pour eux de comprendre les lois occidentales, leurs droits, de se rendre dans une ville administrative, et de s'exprimer dans une langue officielle pour accéder à la reconnaissance de son statut. Pourtant, aucune initiative fédérale n'est mise en œuvre pour répondre à ces problèmes. 




Pire encore, alors qu’une carte à destination des autochtones permet l'exonération de taxes sur tous les produits vendus en magasins, on estime qu'environ 200 000 canadiens et américains blancs la possèdent aujourd'hui cette carte de façon illégale, pour profiter de mesures de réduction des inégalités. Comme si, l'occupation coloniale blanche ne suffisait pas à user des privilèges auxquels ils ont déjà droit.



Mais ces usurpations vont plus loin. Pas plus tard que le mois dernier, une de mes professeure de l'université se présentant comme Atikawekw de par sa mère, a fait l'objet d'un scandale récurrent au Québec. La réalité était que l'histoire de ses origines était montée de toutes pièces et qu'aucun de ses ancêtre n'était autochtone. Ainsi elle a pu occuper un poste réservé aux autochtones et profiter de bourses d'études réservées. 




Au delà même des questions d'inégalités et de suprématie blanche, le racisme permanent envers les autochtones dans la société canadienne est frappant. Plusieurs rapports font lieu d'un constat irritant : si les pensionnats sont aujourd'hui fermés, le gouvernement fédéral continue ses méthodes d'endoctrinement des enfants autochtones d'une nouvelle façon. La majorité d'entre eux, considérés illégitimement en danger, sont placés dans des familles d'accueil. Le fait frappant est que la majorité de celles-ci ne cachent même pas leur racisme et évoquent ne pas souhaiter accueillir un enfant non blanc au sein de leur famille. 
Les cas de discriminations infondées se multiplient aussi. Longtemps vues comme des sociétés de débauche, aujourd'hui encore de nombreux caissiers et propriétaires de magasins refusent de vendre de l'alcool et du tabac à des minorités autochtones visibles.


J'ai moi-même été spectateur de plusieurs événements racistes envers des personnes autochtones. Parmi elles, une de mes professeure d'origine Anicinape et Atikamekw s'est vue refuser l'accord de reconnaissance de ses capacités à enseigner sa discipline par les autorités universitaires, car elle était considérée, à cause de ses origines autochtones, inapte à enseigner à l'université. Si cet événement a révolté toute la classe, il n'y a dans la loi, aucun moyen de révoquer ce genre de comportement.




En somme, aujourd'hui le Canada est très loin d'être un pays où les inégalités sont combattues. Si ici aussi le racisme demeure, la suprématie blanche sur les premières nations est frappante. Elle s'illustre dans la vie de tous les jours et il est pas difficile d'en être le témoin. L'hypocrisie des gouvernements entache les politiques de réconciliation et le Canada manque cruellement d'un vrai débat, d'une réelle mise en valeur de la culture autochtone, et d'une remise en question de la société occidentale sur les fondements de sa position en Amérique. Aujourd'hui il est évident que ce sont de réelles décisions politiques qui feront bouger les choses bien au delà de la pensée libérale canadienne qui préfère faire jouer le pays sur son image multiculturelle que rompre radicalement avec la domination blanche. Quelques partis politiques provinciaux comme Québec Solidaire souhaitent repenser totalement la légitimité blanche, mais ces discours sont aujourd'hui toujours trop peu entendus. 




Mathieu Collet


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