SUIVEZ-NOUS

©2019 - Culture G / Les Jeunes Génération·s

  • .la rédac

[DOSSIER SANTÉ] La santé et les jeunes : quel accès au service public ?


La CPAM de Nancy, construite en 1966. Faisons évoluer l'Assurance maladie pour les besoins de la jeunesse de 2018. Crédit photo : Alexandre PRÉVOT, publiée sous licence Creative Commons

« Oh ça doit faire 6 mois que j’ai pas été voir le médecin ! », « Je dois aller chez le gynéco changer mon implant, mais ça coûte trop cher. », « Je crois que je fais une infection urinaire, ça me fait mal, mais bon… ça va passer ».

Voilà aujourd’hui les phrases qu’on entend quotidiennement chez les jeunes. Oui, le renoncement aux soins est une réalité sociale. Non, le renoncement aux soins n’est pas un choix.


Avant toute chose, il est essentiel de faire la distinction entre la prise en charge par la sécurité sociale et la prise en charge par les mutuelles. En effet, la sécurité sociale n’assume pas la prise en charge financière à 100% de nos soins, mais entre 30% et 70% (sauf lorsque le médicament est obligatoire tel que le produit anesthésiant lors d’une opération chirurgicale), en fonction de l’acte pratiqué par le médecin. Les mutuelles, selon leurs prix mensuels, vont plus ou moins bien couvrir la part restante. Toutefois, et ce malgré la création de la couverture maladie universelle (CMU-C, qui est une complémentaire santé gratuite attribuée sous certaines conditions notamment de ressources) ou encore l’obligation pour les employeurs.ses de fournir une mutuelle complémentaire, pour 32,2% des personnes qui ont renoncé aux soins, selon l’INSEE, cela est dû à un manque de moyens financiers. Parmi eux, on compte 5,8 % de jeunes (entre 20 et 29 ans). Ce taux est bien plus élevé chez les étudiant-e-s : 30,3% des étudiants ont renoncé à des soins médicaux.


La santé, ce luxe


Pourquoi est-ce que tant de jeunes renoncent à aller chez le médecin, généraliste ou spécialiste (dès lors qu’ils ont déjà fait le pas d’aller chez le médecin généraliste) ? La réponse est plutôt simple : la santé c’est cher. En effet, quand une consultation chez le médecin généraliste coûte 25 euros, on peut croire que cela n’est pas énorme. Mais quand on rapporte ce coût au nombre de jeunes qui vit sous le seuil de pauvreté (selon l’INSEE, près de 22,9% des moins de 30 ans actuellement sous le seuil de pauvreté), on se rend vite compte qu’il n’est pas si simple d’allier les charges mensuelles (loyer, électricité, transports etc.) et les charges ponctuelles relatives à la santé. Malgré un grand nombre de jeunes qui sont encore couverts par les mutuelles de leurs parents ou par leur travail (étudiant ou non), il se trouve qu’un grand nombre d’entre eux et elles renoncent à s’affilier à une mutuelle. De fait, on constate donc que le système de santé, et plus généralement le système de protection sociale, est inadapté aux besoins de la jeunesse actuelle. Il faut également ajouter à cela les coûts liés aux règles pour les jeunes femmes (protections périodiques, anti-douleurs dans certains cas) qui peuvent représenter des dépenses non négligeables quand on sait à quel point le budget d'un.e étudiant.e est parfois serré, et qui ne sont pas pris en charge dans la plupart des cas.


Un manque de confiance


Par ailleurs, on constate une défiance des jeunes envers les institutions et les médecins. Cette défiance est due, entre autres, au fait qu’il n’y ait pas de proximité de générations entre le.la patient-e et le.la praticien-ne. Il est donc compliqué pour une jeune personne de se confier et d’exprimer ses difficultés à quelqu’un qui peut (souvent inconsciemment) représenter une autorité proche de l’autorité parentale. Cette défiance se ressent d’autant plus sur des sujets qui furent pendant longtemps tabous tels que la sexualité des jeunes (contraception, infections/maladies sexuellement transmissibles etc.) ou encore les problèmes d’addictions (alcool, drogues etc.).


De plus, cette défiance se crée aussi à cause des campagnes de sensibilisation ou prévention. Bien souvent, celles-ci ne sont pas adaptées aux problématiques rencontrées par les jeunes, et dans le cas où elles le sont, elles sont basées sur des stéréotypes, des préjugés qui stigmatisent et participent d’autant plus à ne pas accorder de statut social aux jeunes. Il était intéressant, lorsque le régime de sécurité sociale étudiante existait, de voir des campagnes de préventions créées par des jeunes pour des jeunes.


Aujourd’hui, il est essentiel de revoir notre système d’aides sociales, en créant notamment un revenu universel, afin de permettre un accès égal à la santé. De plus, pour faciliter cet accès, il est indispensable de généraliser le tiers payant pour que les patient-e-s n’aient plus à avancer les frais médicaux. Il est aussi essentiel de créer des espaces de santé où ce sont de jeunes practicien-ne-s qui exercent et nous écoutent, ou au moins des personnes formées aux attentes et interrogations des jeunes. Il est également essentiel que les jeunes soient consultés par la sécurité sociale pour créer avec eux des campagnes de prévention et de sensibilisation.


Il nous semble donc nécessaire de revenir sur la suppression du régime étudiant de sécurité sociale, afin de rétablir certaines des mesures spécifiques aux jeunes qui ont été supprimées (notamment en terme de prévention) et de faciliter l'accès aux soins pour les étudiant.e.s au sein d'un parcours de soin adapté. Un régime de sécurité sociale pour et par les étudiant.e.s est essentiel pour l'émancipation de la jeunesse.


Maéva Tisserand


SOURCES


Enquête de l’INSEE, Sabine CHAUPAIN-GUILLOT, Olivier GUILLOT et Eliane


JANKELIOWITCH-LAVAL, Le renoncement aux soins médicaux et dentaires : une

analyse à partir des données de l’enquête SRCV, 2014 ;


Enquête de l'Observatoire de la Vie étudiante – Enquête Nationale des conditions de vie des étudiant·e·s, La santé des étudiants, 2016 ;


Données de l'INSEE sur la situation économique de la jeunesse, disponible sur insee.fr ;

Éducation pour la santé des jeunes : la prévention par les pairs, Cahiers de l’action 2014/3 (n° 43).