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[DOSSIER SANTÉ] Menaces sur l'IVG : Mon Corps, Mon Choix, Mon Droit


Manifestation pour le droit à l'avortement aux États-Unis

Après la loi Neuwirth, le manifeste des 343, le procès de Marie-Claire, les lois Veil puis Roudy sur le remboursement, le délit d’entrave à l’IVG ou la fin de l’autorisation parentale pour les mineures, on aurait déjà tout gagné ? Pourtant, avorter aujourd’hui en France n’est toujours pas une mince affaire.


Actuellement certains hôpitaux ne pratiquent plus d’IVG par manque de moyens et de praticien.ne.s. En effet, même les médecins présent.e.s peuvent invoquer la "clause de conscience" et refuser de pratiquer une IVG sous prétexte que cela contreviendrait à leur morale personnelle ou religieuse. À l’hôpital du Bailleul, dans la Sarthe, il y a par exemple quatre gynécologues, dont trois revendiquent cette clause de conscience. Il ne reste donc qu'un seul un gynécologue : il ne peut pas prendre toutes les patientes, l'hôpital ne pratique donc plus d’IVG. Le plus proche est à 45 km, inaccessible pour beaucoup notamment pour les plus précaires.


Cette situation n’est pas un cas particulier ou une exception, mais la réalité d’un accès chaotique des français.es à la santé. Au premier janvier 2017, c’était 10 % des françaises qui habitaient à plus de 30 minutes d’un gynécologue et entre 2001 et 2011, c’est près de 130 centres IVG qui ont fermé leurs portes, accentuant encore une fois les inégalités de territoires. Quand le président du Syndicat National des Gynécologues et Obstétriciens de France défend à la télévision le fait qu’une IVG est un homicide, il est important de lutter contre ce genre de propos pour garantir le droit et l'accès à l'IVG pour toutes.


Le péril de la clause de conscience


Il est temps de mettre fin à la clause de conscience des médecins pour enfin faire de l’avortement un acte médical commun. La clause de conscience met en danger la santé et la vie des femmes comme le prouve le triste sort de l’italienne Valentina Milluzzo, morte de n’avoir pu trouver un médecin pour pratiquer une IMG (Interruption Médicale de Grossesse) dans un pays où 80% des médecins refusent de la pratiquer. La clause de conscience participe aux inégalités territoriales, en mettant en difficulté les femmes vivant en zones rurales et dans les déserts médicaux.


De plus, l’existence d’une telle clause de conscience a aussi des conséquences morales. Celle-ci tend à perpétuer une certaine moralisation de l’avortement et continue à en faire un acte médical significatif. Le rôle d’un.e gynécologue-obstétricien.ne est d’accompagner les femmes dans leur sexualité, qui parfois passe par l’avortement. Cet acte est un acte commun du parcours de gynécologue, refuser de la pratiquer c’est refuser de soigner et de s’occuper de la santé sexuelle des femmes. C’est pourquoi la clause de conscience doit disparaître afin de mettre fin aux inégalités territoriales qui entravent l’accès à l’IVG des femmes et au jugement moral qu’encourent les femmes qui pratiquent une IVG, et qui permet à certains politicien.ne.s de qualifier cet acte d’acte de confort.



Manifestation de soutien au Planning familial de Toulouse, menacé de fermeture par manque de moyens, en janvier 2015 Crédit photo : mateo971, publiée sous licence Creative Commons


La contraception aussi


Enfin, il est important de ne pas relancer le débat sur la clause de conscience des pharmacien.ne.s. Si celle-ci était mise en place, elle permettrait aux pharmacien.ne.s de pouvoir refuser de délivrer une contraception d’urgence, la pilule, le stérilet ou même des préservatifs. Cette clause de conscience entraînerait la possibilité pour les pharmacien.ne.s d’émettre un jugement moral sur les choix de leurs client.e.s, et de mettre en danger certains publics vulnérables.


La clause de conscience est donc un véritable affront aux droits des femmes, et met dans une situation de détresse toutes les femmes souhaitant avoir accès à une IVG, ou une contraception d’urgence après un rapport sexuel à risque pour la clause de consciences des pharmacien.ne.s.


Il est aujourd'hui de notre devoir de garantir à tou.te.s une sexualité libre et éclairée, c’est pourquoi nous nous devons de demander l’abolition de la clause de conscience mais aussi la constitutionnalisation du droit à la contraception et à l’IVG.


Face aux menaces de toutes parts visant à limiter l’accès à l’avortement et à l’information, il est important de rappeler que le droit à l’avortement appartient au droit fondamental des femmes à disposer de leur corps. Face aux propositions de certains groupes de lobbying et même de certaines personnalités politiques, il est nécessaire de constitutionnaliser ce droit à l’avortement afin d'empêcher définitivement sa remise en cause permanente et de permettre à toutes les femmes un accès égal à leurs droits.


Mathilde Lagadu

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