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Entreprise à l’heure du Covid : solidarité avec les salarié-e-s ou les actionnaires ?

Mis à jour : juil. 15




« Les entreprises qui ont besoin de trésorerie et qui demandent l’aide de l’État, elles ne peuvent pas, elles ne doivent pas, verser de dividendes » C’estpar ces mots, ceux de Bruno Lemaire sur BFM TV, le 27 mars dernier, que le gouvernement demande une restriction des dividendes aux entreprises du CAC40. Les entreprises françaises ont été touchées comme celle du monde entier par la crise sanitaire sans précédent que nous vivons. Si certaines font le choix de la solidarité et de la cohésion avec la nation et leurs salarié.e.s durement touché.e.s également, d’autres voient ici l’occasion de s’enrichir et d’enrichir leurs actionnaires.


Cela aurait dû être une année record en France, avec un score plus haut que celui de 2007, 54 ,9 milliards d’euros de dividendes. Pourtant le 25 avril, à l’heure où j’écris ces lignes, il y a 18 milliards de dividendes en moins à se mettre sous la dent pour le CAC40. En effet, le ministre de l’économie français a donné le ton : « pendant la crise, les entreprises qui bénéficient des aides de l’Etat, que cela soit par report de charges sociales ou fiscales, ou bien par un prêt garanti par l'Etat, ont interdiction de verser des dividendes ».


Certaines entreprises jouent le jeu : Airbus, JCDecaux, Safran… et d’autres non  : Total, Thalès l’Oréal,Vinci, Vivendi, Dassault. Toutes ces entreprises versent des dividendes en hausse par rapport à 2018. Pire encore certaines de ces entreprises profitent même du chômage partiel et continu pour verser de mirobolants dividendes comme l’a fait l’entreprise Publicis.


En effet, les entreprises françaises sont les plus généreuses d’Europe avec leurs actionnaires, et il serait inimaginable pour elles de ne plus verser de dividendes. Surtout sans aucunes mesures de sanctions contre les entreprises qui ne respectent pas les demandes du gouvernement...


Alors pourquoi être incitatif plutôt que coercitif ?


L’état est incitatif à cause de la position idéologique de nos gouvernants. Le principe du capitalisme est le suivant : le capitaliste pourvoit en finance les agents en besoin de financement que sont les entreprises. Les capitalistes seraient donc porteurs du risque, et sont donc rémunérés pour le risque qu’ils prennent : soit sous forme de coupon d’obligation quand le capitaliste détient de la dette, soit sous forme de dividendes quand il détient des parts de l’entreprise. Si l’on croit en cela, on ne peut alors interdire les capitalistes porteurs de risques d’être rémunérés. Pour les libéraux, qui adhèrent à cette idée, les actionnaires font des investissements risqués et c‘est donc pour cela que Bruno Lemaire n’a pas interdit le versement des dividendes.


Cependant lorsque l’on voit l’activité de l’Etat avec 300 milliards d’euros débloqués, le chômage partiel qui permet aux entreprises de ne pas payer de salaires aux travailleurs et travailleuses (car payés par l’Etat), l’absence de cotisations patronales et d’impôts sur l’entreprise nous sommes en droit de nous demander si ce sont vraiment les capitalistes qui portent le risque dans cette crise.


Ce qui flambe, c’est le patrimoine de ceux qui n’ont rien 


Les plus riches ne sont aujourd’hui pas aussi généreux que lors de l’incendie de Notre Dame de Paris. Ce n’est pas le patrimoine historique qui flambe, c’est le patrimoine de ceux qui n’ont rien : le service public.

Ce sont les services publics et les populations populaires qui se meurent du manque de moyen, du confinement, du coronavirus. Pour le même nombre de cas confirmés en Allemagne et en France (130 000 pour l’Allemagne et 137 000 pour la France) les allemands n’ont comptabilisé que 3 200 décès, contre 14 000 en France. Le coronavirus tue 2 fois plus en Seine-Saint-Denis que dans Paris. La France manque de tout : masques, lits d’hôpitaux, tests, respirateurs, gel hydroalcoolique…

Pourtant l’on ne voit pas les plus riches d’entre nous, les premiers de cordée venir tel les philanthropes américains, sauver le monde -et son image...- à travers de larges dons.

Non. Les résistants en première lignes sont les petites mains dans les usines, les caissiers, les services public de proximités, les éboueurs,... Les capitalistes au sens premier du terme ne donnent rien, et prennent leurs dividendes, sans aucune considération des demandes d’un ministre de l’économie, objectivement allié de leur classe.

En effet dans cette crise nous pouvons voir deux choses : l'État sous Macron n’est respecté par personne, même pas par ses amis. Nous ne pouvons que constater que face aux crises qui touchent le monde, ce n’est pas la start-up nation, les multinationales, qui défendent la population. Ce n’est pas Bernard Arnaud ou Bolloré qui protègent, garantissent les salaires, s’occupent des malades. C’est l’Etat providence.


Cet Etat protecteur, honni, sali par les libéraux, Macron à leur tête. L’Etat providence que l’on affaiblit, qu’on a détruit depuis le tournant monétariste et néolibéral des années 80, et encore plus depuis la crise de 2008. La sécurité sociale que l’on voulait faire disparaître de la constitution prend soin de la population. C’est pour cela qu’après cette crise il faudra tous se lever et clamer en chœur.


« Oui à l’Etat investisseur, oui à l’Etat protecteur ». La France n’a pas été à la hauteur de l’enjeux en ce début de cette crise, par mépris des élites en premier lieu, et aussi par manque de moyen. Les politiques des libéraux depuis les années 80 portent leurs fruits, l’Etat manque d’entrée d’argent -et bien entendu de volonté politique- pour maintenir des services publics de grandes qualités.


L’Etat-providence, la solution du XXIème siècle ?


Nous devons penser le monde, et la nation, de demain. Un Etat plus fort, plus démocratique, plus résilient, plus égalitaire. Pour cela il faudra de nouveaux moyens de financement. Le premier moyen, qui n’est pas nouveau est un impôt réellement progressif, couplé à l’impôt sur la fortune. Les états Unis de 1930 à 1980 ont appliqué un taux supérieur de l’impôt sur le revenu oscillant entre 70% et 94%. Cela signifie que même dans le pays étendard du capitalisme mondialisé, l’Etat a compris que la fiscalité était le premier moyen de redistribution et de justice sociale. Cette manne financière pourrait rapporter énormément à l’Etat, argent qui sera redistribué à la population à travers la sécurité sociale, plus de profs, plus de médecins, de lits d’hôpitaux. De justice.


Pour des services publics efficaces, dignes et humains, nous devons aussi innover : nous portons dans notre cœur l’idée que l’entreprise ne cotise pas car elle possède des travailleur.euses, mais parce qu’elle créée de la valeur ajoutée. Nous devons taxer la valeur ajoutée, peut importe qu’elle soit créée par l’humain ou par la machine. Là encore, cela n’existe pas en France, mais le monde nous donne des exemples. Le pays le plus automatisé au monde, la Corée du Sud, utilise ce système.

Pour une justice fiscale, il faut un impôt sur le capital. Nous ne pouvons au 21ème siècle et dans un monde où la bourse est déconnecté de la valeur du travail, ne pas taxer la manne financière échangée sur les marchés financiers.

Nous devrons aussi faire des choix, différents des mandatures précédentes. Non au CICE qui coûte 40 milliards d’euros par an et qui a prouvé son inefficacité. Non à la baisse d’APL qui permet à l’état de faire des économies en fragilisant les plus précaires. Non à la suppression de l’ISF pour plaire à l’élite capitaliste. Et enfin non, dans une crise, l’état ne demande pas le respect de règles aux entreprises qui survivent sous perfusion. L’état l’exige.

Enfin, la gestion catastrophique, impréparée et, improvisée de cette crise est assez terrifiante me terrifie. Nos gouvernants n’ont pas su gérer le coronavirus, comment seront-ils capable de gérer la crise écologique ? Ils privatisent, autorisent les dividendes en temps de crises, payent les salaires avec le chômage partiel ou bien la recherche avec le crédit impôt recherche et le CICE. Au lieu de privatiser les profits et mutualiser les pertes, la France devrait nationaliser les secteurs stratégiques de notre nation, secteurs dont on aura besoin pour faire face au prochain défi. Il nous faut nationaliser la SNCF, le secteur de l’énergie, la médecine et les laboratoires pharmaceutiques. Face aux multiples crises qui viennent, nous ne survivrons pas collectivement en demandant gentiment aux multinationales d’être un peu responsables, de ne pas verser de dividendes, de ne pas prendre l’argent de l’état, de ne pas frauder le fisc. Nous survivrons collectivement avec une planification de notre production, par les entreprises locales qui répondent au besoin de la population. Bref en un mot : un Etat providence.


Maxime Pédebosq


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