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F. Hocquard : “Les politiques publiques sont en retard par rapport aux évolutions de la société"



Dans la perspective des élections municipales du 15 et 22 mars, nous avions publié un numéro spécial de La Coopérative: "En 2020 changeons nos villes !". A l'occasion du report du second tour, chaque jour jusqu'au 28 juin, nous vous proposons de retrouver sur Culture-G des articles pour mieux comprendre les enjeux de cette élection primordiale pour le monde d'après !

L'autonomie de la Jeunesse passe aussi par la prise en compte par les élus.e.s des problématiques liées à la vie nocturne. Nous sommes allés à la rencontre de Frédéric Hocquard, Adjoint à la Maire de Paris en charge de la vie nocturne. Pour nous, il dresse le bilan de l'action de la majorité municipale parisienne en matière de prise en compte de la vie nocturne dans les politiques publiques, de l'autonomie de la jeunesse la nuit et de la question de la prévention et de la réduction des risques.



Tu es adjoint à la mairie de Paris pour toutes les questions relatives à la vie nocturne et à la diversité de l’économie culturelle, en quoi cela consiste exactement ?


Frédéric Hocquard : Nous avons développé trois axes concernant la vie nocturne en terme de politiques publiques. La première question, c'est comment on la dynamise. Ensuite, la question de la médiation et de la régulation, c’est-à-dire comment on trouve un point d'équilibre entre la vie nocturne qui est un moment de fête et de sortie et les riverains qui veulent dormir. Tout en sachant que dans toutes les métropoles qui ont été confrontées à ce problème et qui n’ont pas trouvé cet équilibre, la vie nocturne a perdu face aux riverains. La troisième chose, c’est la diversité, la diversification de la vie nocturne et son inclusion. Cela signifie avoir une vie nocturne qui soit ouverte à tous et toutes, qui soit diversifiée quant à ce qu’elle propose et qui ne soit pas que tournée sur des questions de consumérisme et de consommation. Que la vie nocturne reste un temps différent de celui de la nuit qui inclut tout le monde.


Et la diversité de l’économie culturelle, c’est la question de la diversité de la culture, c’est à dire comment aujourd'hui, par rapport à l’intervention publique qu’on a dans la culture, on garantit la diversité de ce qui est proposé comme contenu de création culturelle. Ce n’est pas la gestion des équipements culturels (musées, bibliothèques...). Mais en ce qui concerne les librairies, comment est qu’on soutient les librairies indépendantes pour qu’il y ait encore des librairies indépendantes à Paris, et qu’Amazon ne détruise pas tout le système du commerce de proximité. Ce sont les salles de concert, les petites salles de café-concert, comment on les soutient pour qu’elles continuent à faire exister toutes les musiques actuelles. C'est tous les arts de la rue, les métiers du cirque, c’est les métiers d’arts, comment on fait en sorte que les artisans d’art, les métiers de la mode soient présents sur le territoire, qu’ils continuent à fabriquer à Paris.


En août, tu déclarais à la Dépêche “Les politiques publiques doivent prendre en compte la nuit”, en quoi cela n’est pas forcément toujours le cas aujourd’hui ?


FH : Les politiques publiques sont comme souvent en retard par rapport aux évolutions de la société. L’évolution de la société c’est que pour de bonnes ou de mauvaises raisons on se couche plus tard. Toutes les statistiques montrent que les gens rentrent plus tard chez eux. Il y a des mauvaises raisons qui sont qu’on est dans un système économique qui veut que les individus ne soient pas producteurs 24h sur 24, mais soient consommateurs 24h sur 24. Il y a un excellent livre la dessus de Jonathan Crary, qui s’appelle 24/7: Le capitalisme à l'assaut du sommeil.


Une fois ceci dit, les politiques publiques ont à investir le milieu de la nuit. Pas en disant: “très bien, être de gauche c’est se coucher à 20h00 et se lever à 08h00”, parce que sinon c’est le capitalisme qui vous dévore, mais c’est de dire “comment est-ce-que sur le temps où on ne dort pas, sur ce temps qu’est le temps de la vie nocturne, on va réguler, proposer des choses, pour que la nuit reste un temps socialement différent de celui du jour : convivialité, repos, culture ...”.


C’est pour ça que les politiques doivent investir le temps de la vie nocturne parce que si les politiques ne le font pas, qui le fera ? L’économie privée ?


Entre 2006 et 2010, il y a eu une étude assez intéressante à Paris qui montrait que les parisiens se couchaient une demi-heure plus tard mais en contrepartie de ça, qu’est ce qui s’était développé à Paris la nuit ? Et bien tous les supermarchés Monoprix qui s’étaient mis à ouvrir jusqu’à 21h ou 22h. Donc face au fait que les gens se couchaient plus tard, le seul truc qu’on leur proposait c’était de faire leurs courses plus tard, c’est horrible.


C’est le même principe que le travail le dimanche, si on a le dimanche c’est pas pour que celui-ci se transforme en un jour de la semaine comme les autres où l’on bosse et l’on consomme, c’est pour que ça soit autre chose. La nuit c’est pareil. Il faut que la nuit soit un temps varié et surtout un temps socialement différent qui échappe à la logique économique, au capitalisme. Et si on veut ça, il faut que les politiques s’investissent là dedans. Il faut que les politiques considèrent le temps de la nuit, non pas comme un temps où on va laisser les autres faire, les boîtes de nuit, les supermarchés qui veulent ouvrir mais on va l’investir.

Donc on va l’investir sur un plan urbain, en terme social, de tout point de vue. La nuit ce n’est pas que les bars et les clubs. Par exemple, la nuit à Paris, c’est les équipements sportifs qui ouvrent, c’est les parcs et jardins qui ouvrent, c’est nuit debout, c’est la nuit des débats... Ce n’est pas simplement dire “il ne se passe rien, du coup il y a juste le pouvoir régalien de l’Etat, s’il y a une bagarre on envoie la police”.


Il faut poser les choses différemment, car nous sommes dans une société où encore une fois, le capitalisme est à l’assaut de notre sommeil, donc nous cherchons aussi à ce que ce soit un temps qui soit le même temps que le jour. Moi, par exemple, je ne me bats pas pour que la nuit on ait une ville qui fonctionne H24. Il y a maintenant 3 ou 4 supermarchés qui sont ouverts la nuit à Paris, je suis contre.


Du coup, il faut que les politiques publiques investissent la nuit, concrètement aujourd’hui, qu’est ce qu’il y a comme réalisation sur le mandat qui s'achève sur la question de la vie nocturne notamment et l’investissement de l’espace public ?


D’abord on a créé un écosystème favorable au développement de la vie nocturne. À plusieurs endroits, on a rendu possible la régulation et la médiation entre les riverains et les bars, avec la préfecture, avec les commissions de régulations des débits de boissons, avec le conseil de la nuit. Deuxième chose, nous avons aussi eu toute une bagarre sur le foncier. A Paris, il y a une pression du foncier. "La concrète" par exemple, club phare, n’est pas renouvelé sur sa barge et expulsé par son propriétaire comme n’importe quel locataire alors qu’il accueille des milliers de personnes par semaine. On a pu trouver une solution avec l’équipe d’exploitation pour ouvrir Dehors Brut sur une friche SNCF.

Donc il y a aussi l’idée qu’on veut que les lieux de vie nocturne restent dans Paris. Pour les petites salles de concerts qui ont besoin de faire des travaux pour lutter contre les nuisances sonores ou pour la mise aux normes, on les a aidées à financer des travaux. C’est justement pour garder ces petites salles de concert, alternatives, ouvertes sur le quartier, etc à l'intérieur de Paris : la mécanique ondulatoire par exemple.


Après, sur la diversification de ce qui pouvait y avoir sur la nuit, on a ouvert les équipements sportifs jusqu'à minuit, on a ouvert les parcs et jardins l’été. A partir du mois de juin jusqu'au mois de septembre, les gens viennent y faire ce qu’ils ont envie de faire, profiter d’un îlot de fraîcheur ou regarder les étoiles avec “Paris sous les étoiles” (que nous avons mis en place avec l’Association Française d’Astronomie par exemple).


Après on a aussi travaillé sur toutes les campagnes de prévention, sur la question bien évidemment des produits stupéfiants. On a commencé aussi, même si c’est pas satisfaisant, à faire et à inclure des campagnes sur les questions de harcèlement la nuit qui sont là aussi un vrai sujet. Iil faut que la nuit soit mixte. C’est une ville où on veut que les femmes comme les hommes se sentent à l’aise.


Maintenant, la vie nocturne est devenue un élément des politiques publiques. Quand j’ai commencé à cette délégation, j’ai entendu “le mec a trouvé le bon plan, il est adjoint à la vie nocturne, donc en fait c’est le mec qui sort en boite de nuit”. Maintenant c’est intégré, la vie la nuit est une dimension de la politique publique : transport, prévention, médiation, sécurité, culture ...


Quand on a refait les places, par exemple, à Bastille, à Nation, on a intégré le fait que quand on refaisait ces places elles allaient avoir une utilisation nocturne. Quand on a refait la place de la République, les travaux ont été faits sous l’ancienne mandature, on ne s’est pas demandé ce qu’il allait se passer à trois heures du matin sur cette place. Résultat des courses, on a été obligé de refaire des travaux d'éclairage parce que les gens se plaignent que ce n'était pas assez éclairé. (...)


Sur la question de la prévention parce que ça reste un sujet assez important et qu’une affaire a fait beaucoup de bruit ces derniers temps : un jeune homme est mort suite à une prise d’extasie dans le club Dehors Brut qui a été sous le coup d'une fermeture administrative de 30 jours par la Préfecture de Police. Aujourd'hui, il y a pas mal de noctambules qui déjà n'arrivent pas à faire la différence entre Ville de Paris et Préfecture de Police. Je pense qu'on est d'accord pour dire que les méthodes de répression ne fonctionnent pas, alors qu'est-ce que la ville met en place sur les questions de prévention, je pense notamment aux drogues truck, aux actions menées avec certaines associations lors de la Techno Parade notamment, mais quel levier a concrètement une ville ou une commune sur ce sujet là ?


D'abord, on retrouve avec ce gouvernement des politiques répressives vis-à-vis de la nuit. Ca commence avec Dehors Brut, ça commence avec Steve à Nantes. C'est la première fois qu’on en arrive là. Que des mecs qui, parce qu'ils n'ont pas coupé la musique un soir de la fête de la musique sur un quai, soient chargés et qu'on les pousse à se jeter à l’eau. C'est symptomatique. C'est la première fois depuis que la Fête de la Musique existe qu'il y a une histoire comme ça.


Donc on est sur une tendance répressive du point de vue du gouvernement qui ne s’arrête pas aux gilets jaunes. C'est une brutalité policière qui se joue aussi à cet endroit-là et qui se joue aussi sur un autre sujet : le Sénat a adopté un texte qui vise à alourdir les peines pour les organisateurs de free parties.


J'ai vu passer ça à travers un communiqué de la mairie d'Aubervilliers qui m'a sidéré. Des mecs qui avaient organisé une free party il y a 6 mois ou un an à Aubervilliers, sans autorisation, ont été condamnés après un dépôt de plainte de la mairie d’Aubervilliers. La mairie d'Aubervilliers fait un communiqué de victoire. Les organisateurs de la free party ont quand même pris 5000 € d'amende et 10 mois de prison avec sursis pour avoir organisé une fête non légale. Il y a pas eu de morts, de blessés, rien du tout. On nage en plein délire.


Une partie répressive sur la jeunesse puisque c'est principalement la jeunesse qui fréquente ce genre d'endroits.


Evidemment, tout ça va ensemble. Il y a une hypocrisie terrible depuis maintenant 1970, c'est qu'on est dans le système le plus répressif du point de vue de la législation sur les stupéfiants et avec des résultats qui sont les plus mauvais de toute l'Europe. On est quand même avec, en France, le plus haut taux de fumeurs de cannabis d’Europe chez les 15/25 ans alors que c'est illégal. On marche sur la tête. Sur les questions de vie nocturne, il y a évidemment des consommations de stupéfiants. La question c'est que ces produits sont facilement accessibles, achetables sur internet. Est-ce que cette politique du tout répressif est vraiment utile ? Efficace ? Dissuasive ? Parque la consommation se poursuit les mises en danger sont nombreuses quand on ne communique aucun message de réduction des risques. Moi j'ai des gamins, j'ai une fille de 19 ans et un fils de 17 ans, ils sortent, ils sont du coup confrontés à la circulation de produits stupéfiants. Ce qu'on leur raconte à l'école, en 3e, quand il y a un flic qui vient leur parler 2h, c'est scandaleux. Le mec il vient leur dire que du cannabis à l'héroïne, tout ça c'est illégal, n'en prenez pas. Bon très bien, donc que tu fumes un joint ou que tu te fasses une piqûre d’héroïne, tout ça c'est pareil ? Non c’est pas tout à fait pareil ! C’est évidemment interdit mais la question c’est de dire quel est l’effet que ça te fait ? Si jamais t’en prends qu’est-ce qu’il faut pas prendre avec ? A quelle dose ?


Et c’est ce qui a causé le drame à Dehors Brut ?


F.H : Nous sommes en train de faire de la prévention des risques par deux biais. Un travail avec des institutions publiques : l’APHP, l’ARS, la mildéca, Fêtez Clair (...) Nous l’avons renforcé avec un dispositif qui fonctionne bien, qui est l’analyse de produits. Pourquoi ça fonctionne bien ? Parce que l’analyse de produits, tu vas dans une petite camionnette avec ton produit, on te l’analyse et on te dit, écoute dans ton cachet là il y avait ça, ça et ça, il est dosé comme cela donc ne l’absorbe pas en une fois. Et un dialogue est entamé avec le consommateur? Ce qui permet que dans ⅔ des cas, il ne va pas forcément consommer ce produit.


C’est légal ou pas ?


F.H : C’est légal bien sûr, c’est fait avec l’autorisation de la Préfecture. Mais c’est marrant que tu poses la question de savoir si c’est légal. Les drug trucks c’est légal !


Ce qui s’est passé dans les années 1980, c'est les free parties. Médecins du monde commence à développer ça, ça fonctionne très bien comme réduction des risques et en 2003, le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, rend ça illégal. Mais c’est pas pour ça que la came dans les free parties s'arrête. Et à partir des années 2010/2015, il y a de nouveau des dispositifs qui sont mis en place avec des protocoles qui sont des protocoles différents. On a repris un fil qui a été cassé par Sarkozy. Et du coup les gens pensent que c’est illégal mais c’est tout à fait légal de pouvoir le faire. Pourquoi ?


Parce que c’est pas un truc dans lequel t’arrives comme une machine à café, tu mets ton produit, tu mets une pièce de un euro et puis à la fin ton produit va ressortir. Il y a un protocole d’entretien avec la personne qui dure quelques minutes : “où est-ce que tu l’as acheté ? tu en prends souvent ?” Tu es dans un cadre de confiance puisque la personne que tu as en face de toi va te redonner le cachet, c’est juste qu’elle te rend un service pour analyser ce que tu as dedans. Et du coup, ça permet de faire passer des messages. Depuis des années, les cachets d’extasy par exemple sont de plus en plus purs, de plus en plus concentrés. Donc quand tu prenais un cachet avant et que tu avais 150 milligrammes dedans ça te faisait tel effet donc tu es habitué à prendre un cachet sur ta soirée. Quatre ans plus tard le cachet, il est à 300, bon bah tu le coupes en deux, ou même tu le coupes en quatre. Tu fractionnes tes prises. Ca n’est pas de l'incitation c’est juste un conseil. Et peut-être que ce jeune à Dehors Brut, s’il avait eu conscience de la trop forte concentration de son cachet, il aurait fractionné les doses et il ne serait pas mort.

La question de la prévention des risques c’est comment on sauve des vies et c’est comment aussi on fait de la prévention et de la réduction des risques et on fait aussi baisser la consommation. C’est ça le sujet. (...) Et dernière chose, c’est que, qu’est ce qu’ils disent tous les professionnels de santé sur cette question là ? Ils disent que “grâce à ça, on peut savoir ce qui circule”. Parce que sinon comment peux-tu savoir ce qui circule ? Par les flics ? Les flics te disent, on prend 10%, 90% passent à travers les mailles du filet. (...)


Restons la nuit, mais parlons maintenant de mobilités. Aujourd’hui c’est un véritable enjeu, la ville ne dispose pas des compétences transports qui sont détenues par la Région, mais en Ile-de-France, Valérie Pécresse (la Présidente de Région, ndlr) a souhaité une expérimentation des transports souterrains (métros) la nuit, un week end par mois de septembre 2019 à mars 2020. Comment la ville se positionne t-elle vis-à-vis de cette expérimentation ?


F.H : Je suis interloqué, car quand elle a décidé cette expérimentation, elle l’a décidé seule, sans aucune concertation et en prenant des dates qui sont prises au hasard du calendrier. La ville a essayé de jouer et de faire changer les dates. Prenons les exemples les plus caricaturaux. La date choisie en octobre, n’est pas celle de “Nuit Blanche”, mais le week-end qui suit la Nuit Blanche... Au mois de décembre, qui est le mois de sortie, le mois où les clubs, les cabarets fonctionnent à mort : pas de date... La date choisie a été le 11 janvier, date où pas un seul club n’est ouvert dans Paris. Pas de concertation avec la Préfecture de Police non plus, donc pas d’autorisation pour les bars, qui auraient pu ouvrir exceptionnellement après 2 heures… Résultat des courses, la première nuit, celle de septembre, 15000 personnes prennent le métro entre 2h et 5h du matin. Ce n’est rien. On est dans une agglomération de 10 000 000 d'habitants. Sachant que l’expérimentation coûte 600 000 euros, ça fait 40 euros par personne transportée. Le problème qu’on va rencontrer c’est au moment de faire l’addition, on va dire, “ça ne sert à rien le métro la nuit”. Nous dirons que vous l’avez fait n’importe comment. Ca va hurler à la RATP, les syndicats vont hurler, les usagers aussi. Je suis furieux, car “Nuit Blanche”, c’est 1 000 000 de personnes dans la rue et 200 000 personnes transportées.

Paris est en retard, à l'âge de pierre sur le transport nocturne. Nous avions réussi à avancer, même à être en pointe avec la précédente majorité régionale en ouvrant jusqu’à 2h le weekend. Mais depuis Pécresse, c’est le coup de frein, notamment pour les jeunes et les gens qui travaillent la nuit. Là, c’est fait à l’envers. J’espère que ce sera prolongé. Car sur la période d’été, ce n’est pas une nuit par mois qu’il va falloir. Quand je vois tout ce qu’il y a sur le mois de juin, entre la fête de la musique, les festivals et le reste, il va falloir le prolonger tous les week-end.




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