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Gilets jaunes : d’une contestation générale à la revendication d’une écologie populaire !


Qu’est-ce que le mouvement des gilets jaunes ?


Chauvines ? Individualistes ? Poujadistes ? Ou au contraire, populaires ? Progressistes ? Ce qui est sûr c’est que le succès des mobilisations successives des « gilets jaunes » et leur profond soutien populaire malgré la mise en scène des violences et dégradations par le pouvoir doit nous interpeller. Après une deuxième journée de mobilisation à succès, plusieurs organisations syndicales appellent désormais à rejoindre le mouvement pour faire converger les nombreuses victimes des politiques libérales d’Emmanuel Macron.


La spontanéité du mouvement, son ampleur inédite moins de deux ans après l’élection d’un gouvernement et sa propension à dépasser les cercles de mobilisation habituels en font nécessairement un mouvement social difficile à caractériser. Elles interrogent sur l’état des corps intermédiaires et particulièrement celui des syndicats dans leur mission historique d’organiser la colère populaire et de rationaliser ses mots d’ordres.


La mobilisation peut être alors parsemée de revendications confuses : un vent d’anti-fiscalisme, des revendications individualistes et court-termistes (« la bagnole pour tous »), voire d’une tentative palpable de récupération par l’extrême-droite, le fond du problème qu’elle soulève n’en reste pas moins la question sociale. Le manifeste récemment publié par une première ébauche de porte-parolat du mouvement en atteste.


Interroger cette colère qui vient de loin


Quarante années de politiques libérales se sont attaquées frontalement aux solidarités collectives :

Elles ont rendu l’impôt toujours plus injuste en privilégiant le recours à des taxes qui mettent davantage à contribution ceux qui ont le moins (dont la propension à consommer est la plus grande, faute de capacité à épargner) au détriment de la progressivité de l’impôt qui permettait un financement des politiques publiques et une redistribution dans la justice.

Elles ont poussé un pan croissant de la société dans la précarité, à perdre la maîtrise de leur choix de leur vie au profit de l’anxiété permanente que connaissent celles et ceux qui ne savent pas s’ils pourront boucler leurs fins de mois, s’ils ne seront pas au chômage l’année prochaine, le mois prochain ou demain.

Elles ont conduit à isoler les travailleur.ses, à mettre en concurrence les individus dans le travail comme au lycée ou à l’université, les privant de cadres de rassemblement et d’expression sans pour autant éradiquer la colère liée au profond sentiment d’injustice sociale d’une minorité qui s’est considérablement enrichie. Elles n’ont fait que le refouler et le faire grandir.


Cette colère explose alors aujourd’hui de manière brute et éruptive. A la hauteur du mépris social et de la violence symbolique dont a fait preuve Macron autant par ses politiques accentuant la sécession des élites économiques avec le reste de la population, que par leur traduction directe à travers des sorties malheureuses. La fameuse distinction entre « ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien » ; « ceux qui travaillent pour se payer un costard » et les chômeurs si paresseux alors qu’il leur suffirait de « traverser la rue » ; une jeunesse « qui devrait passer ses diplômes et apprendre à se nourrir » et qu’il faudrait faire rentrer dans le rang avec un service national avant qu’elle n’ait le droit de s’exprimer sur la crise qu’elle traverse… tout cela se paie aujourd’hui.


Peut-on être en lieu d’attendre que cette colère se traduise naturellement par une aspiration parfaite au projet de société que défend Génération-s ? Évidemment que non. Parce que les révolutionnaires qui prenaient la Bastille n’avaient pas en tête la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (et encore moins celle de la Citoyenne !) lorsqu’ils ont renversé l’Ancien Régime. Mais surtout parce l’expression de cette colère est à l’image de l’état de la bataille culturelle que se livrent les différentes forces politiques depuis des années. C’est-à-dire en proie à des attaques frontales de l’extrême-droite proliférant sur les contradictions libérales et sur les reculs historiques de la gauche du vide qui s’est illustrée lors du quinquennat de François Hollande. Lorsque la gauche abandonnait la défense d’une fiscalité juste en augmentant elle-même la TVA et sa tradition internationaliste d’accueil de ceux qui fuient la guerre et la misère en scandant comme un triomphe le raccompagnement à la frontière de davantage de sans-papiers que la droite avant elle, c’est tout autant de moments clés où elle renonçait à opposer sa vision politique à l’extrême droite et où elle laissait son discours imprégner.


Le gouvernement arrivera-t-il à éteindre le mouvement ?


Emmanuel Macron a les mains liées : élu sur le projet de démantèlement méthodique de l’État social, un recul marquerait son échec. Les annonces minimalistes du gouvernement en font largement douter. Quand bien même elles le permettraient, elles ne feraient que repousser le problème à plus tard. Car derrière la grogne sociale et les fins de mois difficiles, c’est tout le modèle libéral et ses contradictions qui sont en cause.


Macron peut-il continuer à stigmatiser le chômage dans une société qui n’est plus capable d’offrir à chacun un emploi digne ? Peut-il exiger toujours davantage de la majorité qu’elle se serre la ceinture et renonce aux services publics alors que les dividendes flambent (+23% en France cette année) et que les riches sont de plus en plus riches ? Peut-il s’enfoncer dans la défense d’un modèle productiviste qui place l’impératif de production devant celui du bien-être et celui de l’urgence écologiste ? Peut-il conserver son rapport jupitérien au pouvoir en pleine crise de la représentativité ?


La crise sociale que nous connaissons rencontre la crise d’un régime politique. "Sans la République, le socialisme est impuissant et [surtout ici] sans le socialisme, la République est vide" disait Jaurès. La République bourgeoise n'est pas stable, elle est en crise de légitimité permanente et ne peut la trouver que dans son effort continuel vers le progrès social. La Vème va-t-elle faire répondre au mouvement par la force, perdre ce qui lui reste de légitimité populaire, et donc ouvrir la voie à l'autoritarisme ? Ou bien retrouver un chemin d'intérêt général ?


Pour toutes ces raisons, la colère ne risque pas de redescendre et peut-être faut-il s’en réjouir. Depuis combien de temps n’a-t-on pas vu une telle mobilisation sociale porter haut et fort une augmentation des bas salaires, une meilleure répartition des richesses et davantage de démocratie directe ?


D’autant plus que ce rejet d’une écologie élitiste donne raison à Génération-s sur la jonction indispensable entre les questions sociale et écologiste. Une écologie qui se ferait contre le peuple, en culpabilisant les comportements individuels d’une majorité qui a déjà du mal à boucler ses fins de moi est vouée à l’échec. Elle serait non seulement rejetée mais surtout largement insuffisante. Seule une écologie populaire qui accepte de s’en prendre aux gros pollueurs et aux rouages même de notre mode de production pourra amorcer la transition énergétique, car elle se fera au bénéfice du plus grand nombre.


Que faire ?


Le mouvement peut-il basculer à l’extrême droite ? Oui, et il ne faut pas fermer les yeux sur ses tentatives d’infiltration et de pousser ses revendications identitaires. Mais rejeter le mouvement d’un bloc au prétexte de débordements - certes inacceptables, mais isolés - aurait pour effet de lui laisser un boulevard. Nous avons vu comment la gauche américaine s’est pincé le nez en méprisant les red-necks et toute une frange déclassée de la population au profit de l’élection d’un président fasciste.


Il y a un enjeu très fort dans l’orientation que cette colère va prendre. La question n’est donc pas de savoir si oui ou non nous investissons ce mouvement. Il s’impose à la classe politique comme le signal d’alarme d’un contrat social au bord de la rupture. Il s’agit alors pour le mouvement de pousser ses solutions pour un nouvel horizon commun.


A nous, jeunes militant.es, de pousser à la convergence des nombreux mouvements sociaux qui revendiquent davantage de droits et d’égalité. La jeunesse a été l’une des principales cibles des politiques d’Emmanuel Macron et depuis une dizaine d’année les jeunes n’ont pas été aussi pauvres, leur autonomie et la maîtrise de leurs choix de vie n’ont pas été autant fragiles et ils n’ont probablement jamais été autant méprisés. A nous de ne pas laisser l'extrême-droite transformer ce soulèvement populaire spontanée en une vague poujadiste, de rentrer dans la bataille pour transformer une contestation globale en la revendication d’une écologie populaire !


Thibaud Eychenne et Claire Jacquin, coordinateur et coordinatrice nationaux des Jeunes Génération-s.

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