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Jeunesse des quartiers populaires : de l'espoir à l'engagement

« Unis contre la violence ! », c’est ce que scandent les parents d’élèves en Seine-Saint-Denis. Le 04/10/19, un adolescent meurt, en pleine rue, en marge d’un cours d’EPS aux Lilas. Chaque jour, en France, 20 à 30 incidents graves ont lieu au sein des établissements scolaires. Les élèves ont peur, les parents, les professeurs n’en peuvent plus.



Crédit Photo : Philippe Lopez / AFP

En effet, les rivalités et les violences entre bandes de jeunes ne font que s’accroître depuis quelques années. Ils sont adolescent.e.s, jeunes adultes, et s’affrontent à coup de barres de fer, de couteaux et d’armes à feu. Mois après mois, nous apprenons la mort de jeunes dans ces heurts entre quartiers rivaux. Aujourd’hui, nous en sommes à attendre le prochain évènement dramatique qui réveillera enfin les pouvoirs publics.


Les inégalités, mères de toutes les violences


L’état des lieux est sans appel. Les quartiers populaires, aussi appelés zone urbaine sensible (ZUS), sont les quartiers qui concentrent les populations les plus jeunes, les plus pauvres et issues de l’immigration. Les inégalités sont présentes partout ; dans la qualité éducative, les services publics et la justice, dans les accès à la santé, à la culture et aux installations sportives ou encore, en regard des taux de chômage et de pauvreté. La Seine-Saint-Denis est le département qui détient tous les records, celui du département le plus jeune mais aussi, celui où le revenu par habitant est le plus faible. Les jeunes de ces quartiers se sentent alors abandonnés, incompris et délaissés et ce, dès le plus jeune âge.


L’Éducation nationale envoie des jeunes professeurs dans les quartiers difficiles, motivés et pleins de bonnes volontés, mais parfois trop peu formés pour gérer des situations difficiles. Alors, certain.e.s sont passionné.e.s et se battent chaque jour, sans moyens financiers et matériels, pour que leurs élèves réussissent. Néanmoins, la réalité nous montre que les enseignant.e.s sont épuisé.e.s, qu’il est beaucoup plus difficile pour les élèves d’intégrer une grande école supérieure et que le décrochage scolaire bat des records dans ces quartiers. En moyenne, un.e jeune de Seine-Saint-Denis perd un an de scolarité du au manque de professeurs. L’enjeu du moment est donc de redonner à la France, un corps enseignant désireux et désirable, en revalorisant leur salaire et leur statut au sein de la société.


Par ailleurs, et cela depuis bien trop longtemps, pour une même offre d’emploi, un jeune des quartiers populaires et issu de l’immigration, aura deux voire trois moins de chance de décrocher le poste qu’un autre jeune qui aura le même diplôme, le même âge et le même parcours. Le retour du CV anonymisé pourrait être une première solution mais les discriminations seront toujours vivaces. Le RUE, de part sa qualité universelle, apparaît aussi comme une alternative très intéressante qui permettrait réduire les inégalités.


Redonner espoir et confiance


Chaque jour, les habitant.e.s de ces quartiers font preuve d’actes de solidarité et de créativité au sein de ces cités-villages où tout le monde se connaît. En effet, la cité est souvent considérée comme un territoire refuge, d’appartenance et d’identité forte. Des tensions entre les différents quartiers sont alors exacerbés par des rivalités de trafics notamment.


La pauvreté et le délaissement est tel que la seule possibilité de s’en sortir est souvent d’entrer dans ces trafics. Les pouvoirs publics ont le devoir de donner les moyens aux jeunes d’avoir d’autres perspectives et d’autres ambitions. Pour cela, il est nécessaire de leur donner la parole, de les valoriser dans les projets qu’ils entreprennent. Ils ont besoin de reconnaissance et cela leur donnera de la légitimité et les convaincra qu’un autre avenir est possible.


Les jeunes auront ainsi davantage de modèles et pourront enfin briser ce plafond de verre, de plus en plus présent dans les quartiers populaires. Investissons largement dans les établissements scolaires pour réduire les inégalités et donner la chance, l’envie et l’espoir à la jeunesse des quartiers populaires de réussir. Plus de moyens financiers alloués aux collectivités sont nécessaires pour faire fonctionner la démocratie locale et permettre à ces jeunes de s’investir dans la vie des communes. Il est primordial d’écouter et de donner de la place aux habitant.e.s, ils ont très souvent des solutions à apporter.

L’essor du budget participatif est également une très bonne démonstration de démocratie au sein des communes. Une augmentation de sa part dans les budgets municipaux est essentielle, les citoyen.ne.s doivent aussi pouvoir suivre l’avancée des projets et les amender si nécessaire.


« Donnons aux habitant.e.s l’envie de rester et les moyens de partir »

Par ailleurs, favoriser la mixité sociale dans tous les quartiers et dans tous les milieux est un enjeu capital. Profitons des intercommunalités pour avancer dans cette direction et aider chaque citoyen.ne à aller vers l’autre. Organisons des grandes rencontres des quartiers, sollicitons l’intelligence collective et le savoir-faire des habitant.e.s.

Il est urgent de mettre en place un grand plan d’action national basé sur l’écoute, le respect de l’autre, l’égalité. Il faut réinventer totalement la politique des quartiers en engageant l’ensemble des acteur.ice.s dans la concertation. Donnons davantage de moyens aux associations, redonnons foi en la justice, aidons les médecins, les entreprises à s’installer dans ces quartiers. L’État doit mettre en place un accompagnement des jeunes dès le plus jeune âge, en donnant les mêmes moyens à un enfant banlieusard qu’à un enfant parisien de réussir. La gauche a le devoir de redonner espoir à ces milliers de jeunes de réussir.


Alors, à l’aube des élections municipales de mars 2020, jeunes des quartiers, ayez confiance en vous, engagez-vous. Engagez-vous bien sûr dans les listes électorales mais surtout, impliquez-vous dans la création des programmes, apportez vos propositions et donnez vos expériences de la vie dans ces quartiers. Saisissez cette opportunité.


Matthias Goldberg