• .la rédac

L’agroécologie : un nouveau souffle pour l’agriculture française !

Les agriculteurs et agricultrices souffrent aujourd’hui d’une situation économique et sociale désastreuse. L’impact négatif de notre modèle agricole sur l’environnement est également important. Heureusement, des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, de la terre et des Hommes, existent et ne demandent qu’à être généralisées. Focus sur l’agroécologie, un nouveau souffle pour l’agriculture française !

Petit tour du propriétaire


L’agriculture française représente environ 3,5% du PIB français en 2017 selon les données de l’Insee-Agreste. La France est la première nation de l’Union Européenne en matière de production agricole d’après les chiffres du ministère de l’agriculture. Cette même année, le salaire moyen annuel d’un agriculteur est seulement de 18 300€ avant impôt, en incluant les subventions reçues (sans ces dernières, 60% des exploitations aurait eu un résultat courant avant impôt négatif) d’après les données de la Commission des comptes de l’agriculture et de la nation. Par sa diversité de climats et de reliefs, la France présente une forte diversité de production agricole dominée notamment par les céréales et la production fourragère pour le bétail (Statistiques Agricoles Annuelles, 2018).

Néanmoins, les pratiques intensives, gourmandes en intrants (engrais et produits phytosanitaires) ainsi que l’élevage industriel ont de forts impacts environnementaux. Ils sont en partie responsables de la pollution des eaux et de l’air, par les produits phytosanitaires et les nitrates. En outre, par sa participation à hauteur de 19% en 2018 de l’émission globale de GES en France, selon le Haut Conseil pour le Climat, l’agriculture française a une forte responsabilité vis à vis du dérèglement climatique. De plus, certaines pratiques agricoles non respectueuses des sols, les laissant à nu une certaine partie de l’année par exemple, provoquent une érosion importante de ces derniers et donc une perte de fertilité. Enfin, l’agriculture a aussi un impact sur la biodiversité, positif ou négatif selon les pratiques, qu’elle soit « sauvage » ou « cultivée ».


De la malnutrition en France


En parallèle, de nombreux français souffre de malnutrition en France. En 2018, 21 % des personnes déclarant qu’elles n’ont pas les moyens de faire trois repas par jour et 27% d’entre elles déclarant qu’elles ont des difficultés pour consommer des légumes et des fruits frais tous les jours d’après les données du baromètre Ipsos-Secours populaire de 2018. De plus, en 2015, 54% des hommes et 44% des femmes sont en surpoids ou obèse chez les adultes (18-75 ans) avec une prévalence de l’obésité de 17% d’après l’étude ESTEBAN 2014-2016. D’après cette même étude, cette même année, 17% des 6-17 ans sont en surpoids dont 4% obèses.


Les causes sont multiples mais pour simplifier, en France, cette malnutrition n’est pas due à un manque de production agricole mais plutôt à une accessibilité économique insuffisante du fait du pouvoir d’achat trop faible des ménages et à des pratiques nutritionnelles caractéristiques des systèmes alimentaires modernes comme définis dans le rapport HLPE en 2018 sur la sécurité alimentaire et la nutrition. Il est donc urgent d’agir !


L’agroécologie, la solution ?


Ce système agricole dit « conventionnel » intensif en produits phytosanitaires, en engrais, mécanisation et en sélection génétique, destructeur des sols et de la biodiversité, ne permet plus de répondre aux besoins d’une population toujours plus éclairée et exigeante en matière d’alimentation. Stéphane Le Foll a donc, en 2012, mis l’agroécologie à l’agenda de l’Etat français. Elle est actuellement définie sur le site Alim’agri comme « une façon de concevoir des systèmes de production qui s’appuient sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. Elle les amplifie tout en visant à diminuer les pressions sur l’environnement (ex : réduire les émissions de gaz à effet de serre, limiter le recours aux produits phytosanitaires) et à préserver les ressources naturelles. Il s’agit d’utiliser au maximum la nature comme facteur de production en maintenant ses capacités de renouvellement. Les résultats techniques et économiques peuvent être maintenus ou améliorés tout en améliorant les performances environnementales. »


Cette définition est incomplète et ne comporte pas de changement de paradigme comme le demande l’agroécologie. De cette définition ressort une vision toujours de l’Homme extérieur à son environnement et qui l’exploite - « utiliser au maximum la nature » - comme s’il n’était qu’une ressource. L’esprit même de l’agroécologie est l’intégration de l’Homme et de ses activités dans son environnement. La production agricole constitue alors des agro-écosystèmes en interactions avec les autres écosystèmes autour de lui. Il doit être à l’équilibre avec eux pour permettre alors une production répondant aux besoins d’une alimentation saine des populations et rendre les nombreux autres services écosystémiques en son pouvoir : services de support, de régulation, culturels et d’approvisionnement.


Vers une nouvelle définition de l’agroécologie


Une nouvelle définition de l’agroécologie doit donc être embrassée par l’Etat français pour donner un nouvel élan à notre agriculture, secteur qui souffre d’un manque de reconnaissance social et économique, qui doit retrouver son côté primaire bien au-delà de la considération économique. L’agriculture est la base de toute société humaine et elle est le garant de l’alimentation des populations. Le système agricole français actuel mis en place à la sortie de la Seconde Guerre mondiale est aujourd’hui à bout de souffle.

Il convient de changer de paradigme afin de nourrir la population de manière saine et durable dans le respect de l’Homme et de l’environnement. L’agroécologie mise en place en France doit donc être environnementale mais aussi économique et sociale, basée sur un savant mélange de savoir-faire et de références scientifiques, une économie circulaire - pour limiter les quelques 137 kg de gaspillage alimentaire par personne et par an en France d’après Zéro-Gachis - et locale, afin d’avoir non plus une production de marchandises destinées à la vente mais une production d’aliments sains répondant aux besoins alimentaires diversifiés des populations suivant les recommandations de l’OMS.


L’agroécologie et les territoires


L’agroécologie est synonyme de territorialité. En effet, les techniques agroécologiques ne peuvent être standardisées, car, par définition, elles doivent s’adapter au contexte local. L’agriculture française doit donc faire sa transition vers une production régionalisée avec des chaînes de valeur intégrées aux territoires. Autrement dit, la production agricole dans chaque région doit fournir l’alimentation nécessaire à la population de cette même région en matière de quantité mais aussi de diversité. Il convient donc, pour l’Etat, d’intervenir par l’intermédiaire des régions pour organiser les cultures du territoire en fonction des potentialités agronomiques et aux besoins alimentaires des populations plutôt qu’en fonction des prix du marché mondial. En effet, la commercialisation des produits agricoles se fera par des circuits les plus courts possibles avec une combinaison de voies : vente directe, grandes surfaces, circuits courts, etc. Les unités de transformation nécessaires seront relocalisées sur le territoire mais seront orientées vers la production d’aliments peu transformés tels que la farine et l’huile par exemple.


L’élevage industriel sera aboli laissant la place à un élevage respectueux des animaux – existant mais sous-médiatisé - indispensable à l’équilibre des agrosystèmes et aux pratiques agroécologiques. En effet, l’intégration de l’élevage dans les différents systèmes agricoles est nécessaire pour apporter la circularité nécessaire à la mise en place de l’agroécologie. Il en va de même pour l’augmentation de notre production de protéagineux (fortes teneurs en protéines végétales et en fibres) d’un point de vue aussi bien agronomique que de santé publique. En effet, selon l’ANSES, il apparaît que nous consommons trop de protéines, principalement composées de protéines animales, et trop peu de fibres, carburant de nos microbiotes intestinaux, artisans importants de notre état de santé. La production de protéines végétales en France est insuffisante pour l’alimentation du bétail. D’importantes quantités de soja sont alors importées en provenance d’Amérique du Sud, ce même soja dont la production est une des responsables de la déforestation.


Or, les légumineuses (des protéagineux) contiennent protéines et fibres indispensables à l’alimentation humaine et animale. De plus l’association de l’élevage et des légumineuses apporte une fertilisation complémentaire des sols sans faire appel à des apports externes. Il conviendrait donc d’intégrer un élevage respectueux des animaux et de l’environnement ainsi que la culture de légumineuses dans les exploitations agricoles françaises et d’orienter la consommation des ménages vers une réduction de la quantité de protéines globale – notamment animales et en particulier celles issues de la viande rouge ayant le plus grand impact environnemental en matière de GES émis (Poore, J., & Nemecek, T., 2018) – couplé à une augmentation de la consommation de légumineuses à laquelle doit répondre l’offre locale permettant ainsi l’intégration nécessaire des légumineuses dans les systèmes de culture.


Intégrée au territoire mais pas autarcique !


Cependant l’agroécologie ne prône pas l’autarcie. Des échanges entre les régions sont évidemment possibles et nécessaires, de même à l’international. Ces échanges interrégionaux et internationaux garantiront, à tout moment, une disponibilité d’aliments diversifiés et sains aux populations grâce à une répartition optimale de la production agricole aux différentes échelles. En outre, le marketing et la régulation des prix, par les taxes ou les subventions notamment, devront inciter les ménages à consommer, en premier lieu, les aliments produits et transformés localement. De plus, les exportations à l’international ne doivent en aucun cas empêcher les pays importateurs de développer leur agriculture suivant les principes de l’agroécologie afin d’atteindre leur souveraineté alimentaire. En effet, le fait d’inonder les marchés des pays en développement de nos produits agricoles entraînent une concurrence à la production locale de ces pays, fatale aux petits producteurs qui en sont les premières victimes.


Pour une PAC vraiment favorable à l’agroécologie


La PAC (Politique Agricole Commune) doit donc donner une autre orientation à l’agriculture européenne par un investissement massif dans les changements de pratiques, la formation et la rémunération des agriculteurs pour les externalités positives de l’agroécologie. Cette politique est en effet nécessaire pour cette transition agroécologique car les systèmes agricoles qui seront mis en place nécessitent des investissements initiaux importants et leurs rendements sont très variables durant leur première phase d’installation. Cette phase correspond à la construction d’un équilibre de l’agrosystème comme partie intégrante de son environnement, reflétant sa résilience face aux aléas. L’agrosystème pourra alors, par exemple, se défendre contre une attaque de ravageurs, une maladie, ou encore compenser les pertes sur une production par des gains sur une autre production associée.


Ainsi, l’atteinte de cet équilibre correspond à une stabilisation de la production globale, réduisant ainsi les risques pour l’exploitant. En parallèle, la PAC devrait protéger les agriculteurs qui adoptent des pratiques agroécologiques face à une agriculture industrielle qui ne disparaîtra pas de la face du monde dans les prochaines décennies.


De plus, la PAC aurait pour mission d’assurer les agriculteurs face à l’incertitude grandissante liée au dérèglement climatique, par ailleurs, elle-même diminuée par la forte résilience de ces systèmes agricoles.


De plus, un certain pourcentage de ce fond serait dirigé vers l’aide au développement agricole des pays dans le besoin afin d’encourager le développement d’un système alimentaire sain et durable mondial, abolissant la malnutrition sous toutes ses formes.


A très long terme, on pourrait même imaginer une PAC réduit à cette seule dernière casquette, celle d’une assurance face aux catastrophes. Les revenus de l’exploitation suffiraient à la rémunération des actifs vivant de la production et à la vie économique de l’exploitation.


L’agroécologie garante de systèmes alimentaires mondiaux sains et durables


Ainsi, une alimentation saine sera alors accessible à toute la population à un prix rémunérateur pour les producteurs et abordable pour le consommateur tout en réduisant l’impact sur l’environnement par des pratiques agricoles respectueuses, une faible transformation des produits et la réduction drastique de leur transport (la réduction des intermédiaires atténuera la hausse des prix nécessaire à une bonne rémunération des producteurs).


Cette possible hausse des prix pour le consommateur devra être compensée par une augmentation de la part du budget des ménages alloué à l’alimentation passant par une sobriété énergétique, une réduction de la consommation superflue de biens et services ou encore l’augmentation des salaires et une réduction du montant des loyers. De plus, ce nouveau système alimentaire (de la production à la consommation) créera de l’emploi par un retour des actifs à la ferme, la relocalisation des unités de transformation et la diversification des points de commercialisation. L’agroécologie est l’essence même de la souveraineté des territoires et la garante de systèmes alimentaires mondiaux sains et durables.


Adrien Trouvadis

Pour aller plus loin :

Poore, J. & Nemecek, T., 2018, Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers. Science, 992(6392), 987–992



SUIVEZ-NOUS

©2019 - Culture G / Les Jeunes Génération·s