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L'apiculture française à le bourdon



Le miel français se fait rare


En France, nous consommons en moyenne 1.6 kg de miel par an et par foyer. Mais quels miels mangeons-nous réellement ? Si notre consommation est l’une des plus élevée d’Europe, la production française est bien en deçà de celle-ci.


Ainsi, pour faire face à cette consommation importante, la plupart des miels consommés en France sont importés. En menant une enquête, l’UFC Que Choisir a prouvé qu’un miel sur trois dans les rayons présentait une anomalie : soit un défaut de traçabilité, soit un mauvais étiquetage ou même une adultération constatée. Faute de moyens, les contrôles des services de la répression des fraudes ne sont pas réalisés systématiquement, ainsi une part importante de miel frelaté est laissé à la vente.

Concrètement la consommation française atteint les 40 000 tonnes de miel. Pour pallier cette forte consommation on importe donc plus de 35 000 tonnes de miel étranger. La moitié des importations provient de la Chine, de l’Espagne et de l’Ukraine. Actuellement la France compte un peu moins de 57 000 apiculteurs-trices pour 1 453 000 ruches. Néanmoins, pour être autosuffisant en miels consommés, il manquerait aujourd’hui plus de 17 000 apiculteurs-trices dans notre pays. En effet, leur nombre n’a fait que chuter ces dernières années : la France comptait en 2016 seulement 50 000 apiculteurs-trices contre quasiment 85 000 apiculteurs-trices en 1994. Sur la même période le nombre de ruches a chuté de presque 300 000. Pas étonnant, les années noires se multiplient et 2019 en fait partie.

Les abeilles disparaissent


Deux épisodes caniculaires, ainsi qu’un printemps froid et pluvieux ont mis à mal la production de miel et surtout déstabilisés l’écosystème des abeilles. Les butineuses ont manqué de nourriture car les fleurs n’ont pas suffisamment donné de nectar. Pour certains apiculteurs-trices la récolte est quasiment nulle et la France fera donc encore fortement appels aux importations de miels étrangers pour pouvoir satisfaire la consommation française.


L’Observatoire des Mortalités et des affaiblissements de l’Abeilles mellifère (OMAA) a montré que le taux de mortalité des abeilles pouvait atteindre par endroit les 30%. Ce chiffre est catastrophique pour les apiculteurs-trices mais surtout pour la nature. Durant une année « normale », ce taux oscille autour de 10 à 15%. Cette mortalité élevée est liée à plusieurs facteurs.


Le frelon asiatique, cousin du frelon européen, est une menace pour nos abeilles. En groupe, ils déploient des techniques d’attaque face auxquelles nos abeilles ne parviennent pas à se défendre. Les polluants et les pesticides sont également responsables de la mortalité des insectes pollinisateurs. Il est difficile de mesurer l’impact direct des molécules chimiques sur la santé des abeilles, mais beaucoup de scientifiques s’accordent pour dire que “l’effet cocktail” atteint le système nerveux et digestif de l’abeille. Enfin, le changement climatique n’est pas une bonne nouvelle pour nos amies. En effet, les butineuses ne peuvent faire face à des pénuries alimentaires répétitives et supportent mal les très grandes chaleurs. Lors de pénuries de nectar, les abeilles se tuent entre elles pour réduire le nombre d’habitants dans les colonies.

Les menaces qui pèsent sur les insectes pollinisateurs ont des conséquences sur l’activité humaine car ils rendent un service précieux en agriculture.


Ces dernières années, les abeilles sont en difficulté mais elles restent importantes pour notre quotidien (35% de notre alimentation dépend de la pollinisation) et elles peuvent avoir de grands bienfaits pour la nature. En effet, une étude de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) parue le 9 octobre dernier, montre que les abeilles pourraient accroître de 40% le rendement d’une parcelle par rapport à une parcelle dans laquelle on aurait épandu des insecticides. Développer un modèle d’agroécologie tirant profit de la nature serait utile à long terme pour l’agriculture et serait bénéfique pour l’environnement de tous. Investir dans des pesticides coûte de l’argent et affaiblit les colonies d’abeilles. Cependant le service rendu par les insectes pollinisateurs est lui totalement gratuit.


Sauver l’abeille et les apiculteurs


Il est possible de sauver nos abeilles et l’apiculture française si on agit aujourd’hui et certain.e.s n’hésitent pas à s’engager avec les moyens dont ils/elles disposent. Pour lutter contre l’importation de miel , le 27 septembre, Arnaud Montebourg, Président et co-fondateur de Bleu Blanc Ruche et ancien Ministre de l’Economie et du Redressement Productif, soutenu par David Besacier, Président du Syndicat Français des Miels, a adressé une lettre au Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères. Il réclame : « Le soutien du Gouvernement français dans l’objectif d‘obtenir soit la levée immédiate des mesures protectionnistes chinoises dans le cadre de la relation bilatérale franco-chinoise, soit de la Commission Européenne des mesures de réciprocité d’interdiction à l’encontre des miels chinois entrant sur le territoire du Marché Unique de l’Union Européenne.». En effet, il n’y aucune norme qui empêche actuellement d’importer du miel chinois. Cela représentait 10% des miels consommées en 2017. En revanche, le miel exporté vers la Chine a chuté de 91% entre 2017 et 2018. Ceci est dû à des mesures protectionnistes mises en place par la Chine déguisées en fausses mesures de protection sanitaire. Arnaud Montebourg demande donc la mise en place d’une réciprocité d’interdiction à l’encontre des miels chinois entrant sur le Marché Unique de l’Union Européenne.


Il est également nécessaire de réduire notre utilisation de pesticides (rappelons que la France est le 1er pays européen à en utiliser, et le 3ème pays mondiale) principalement en interdisant l’application de produits nocifs pour les abeilles pendant la période de floraison. L’interdiction des néonicotinoïdes a été voté en 2016 et appliqué dès 2018 avec des dérogations jusqu’en 2020. Aujourd’hui les lobbyistes ont attaqué la loi devant le Conseil d’Etat et la Cour Européenne de Justice. Il est nécessaire de continuer le combat !


Depuis toujours, il a été question de l’impact des OGM sur l’abeille. Certes interdit en France, la culture des OGM est grandement présente dans de nombreux pays européens. Il est nécessaire d’interdire la culture des OGM en plein champ ainsi que réaliser une évaluation rigoureuse sur l’impact de ces plantes transgéniques sur les colonies d’abeilles.


Enfin, face aux ravages du frelon asiatique, l’Etat doit mettre en place un plan de lutte en collaboration avec les apiculteurs-trices et les soutenir financièrement. Ce plan doit s’accompagner d’une autorisation du piégeage des reines fécondées au printemps. Cette mesure de lutte a déjà largement démontré son efficacité. Les résultats montrent une diminution de l’impact du frelon sur les ruches. Cependant ce moyen est écarté des solutions reconnues par l'administration.


Antoine Morland

Pour redonner goût à l’apiculture et permettre de former le plus d’apiculteur, une l’Ecole des Hautes Études en Apiculture (EHEA) est née. Il existe peu de formation professionnelle pour devenir apiculteurs-trices. Cette école a été créé par la Société d’Elevage et de Repeuplement des Abeilles de France (SERAF), société privée à bénéfice public. L’objectif de l’école est de développer l’apiculture professionnelle française et contribuer à l’augmentation de la production de miels, d’essaims et de reines. En transmettant des savoir techniques et innovants, les apiculteurs-trices auront toute les clés pour prendre soin des abeilles et permettre de créer leur propre exploitation. L’EHEA développe en parallèle des projets de recherches et de sensibilisation pour faire avancer les connaissances sur l’abeille, les produits de la ruche et la protection des insectes pollinisateurs à destination du grand public. Cette école est ouverte actuellement étant apiculteurs-trices en loisirs ou ayant des connaissances sur le monde apicole. Ce modèle doit être soutenu et développé pour permettre l’ouverture d’une formation à toutes personnes de tout horizon et ouvrir l’apiculture comme toute formations professionnelles.



La Société d’Elevage et de Repeuplement des Abeilles de France (SERAF) a également lancé la marque Bleu Blanc Ruche. La marque a été créée pour agir face au constat alarmant sur les abeilles françaises. La marque vend des miels de repeuplement qui aujourd’hui sont les seuls à être certifié 100% origine France garantie. La marque achète des miels aux apiculteurs-trices français à un prix supérieur aux cours et en contrepartie ceux-ci s’engagent à investir pour accroître leurs nombres de ruches. Chaque consommateur pourra donc agir sur le repeuplement de la France en abeilles. Le second objectif de la marque était de pouvoir réapprendre le vrai goût du miel en ne vendant aucun miels mélangés ni édulcoré en redécouvrant les pouvoirs sucrés du miels.


Le développement de modèle commerciaux comme celui-ci permet d’être en total transparence vis-à-vis des consommateurs. Il permet également de soutenir les filière française et de soutenir l’économie du pays mais aussi les acteurs qui participent activement à développer le Made In France.

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