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L'horreur des violences policières : le bras armé du racisme d'État




Le 14 septembre 2018, une quatrième expertise assombrit les espoirs de justice pour Adama Traoré. Celle-ci disculpe les gendarmes en déclarant qu’il n’y a pas eu d’oppression physique, Adama Traoré serait décédé après avoir couru 500m en trente minutes…


Le 19 juillet 2016, Adama Traoré, 24 ans, décédait d’étouffement durant son interpellation par la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise. Le 2 février 2017, Théo Luhaka, 22 ans, se voyait enfoncer un matraque télescopique dans l’anus sur plus de 10 cm, soit un viol par des fonctionnaires de police durant un contrôle d’identité à Aulnay-sous-Bois. Le 3 juillet 2018, Aboubakar Fofana, 21 ans, était tué de plusieurs balles dans le corps à cause d’une marche arrière, à Nantes.


Toutes ces affaires se ressemblent. Les victimes ont le même profil, des hommes jeunes, racisés, habitants des quartiers “populaires”. À travers le collectif Justice et Vérité pour Adama Traoré, la famille Traoré porte cette indignation accumulée et la transforme en mobilisation politique. Ces crimes n’appartiennent plus à la sphère privée mais deviennent l'affaire de toutes et tous : il s'agit de dénoncer un système public et étatique. Dorénavant, ce collectif permet de fédérer les familles de victimes, et de créer autour de lui un réel engouement populaire. Sont présent•e•s dans ce collectif des politiques, des artistes, des familles d’autres victimes, et surtout des habitant•e•s des quartiers populaires. Soucieux•ses de l’affaire Adama, la plupart d’entre elles et eux se sentent concerné•e•s, car tou.te•s touché•e•s de près ou de loin par les violences policières. De manière inédite dans l’histoire des luttes des quartiers populaires, une voix audible médiatiquement mène un combat citoyen contre les violences policières.


La philosophe française Elsa Dorlin rappelle dans son livre Se Défendre : une philosophie de la violence (2017) que puisque que les corps rendus minoritaires sont une menace, puisqu’ils sont sources d’un danger, agents de toute violence possible, la violence qui s’exerce en continu sur eux, à commencer par celle de la police et de l’Etat, ne peut jamais être vue comme la violence crasse qu’elle est : elle est seconde, protectrice, défensive - une réaction, une réponse toujours déjà légitimée.” Ainsi, lorsque le contrôle de police débute, Adama Traoré est déjà perçu comme dangereux, les policiers ont intériorisé qu’ils peuvent user de tous les moyens pour le neutraliser. Assa Traoré, dans un entretien pour La Poudre déclare: Si mon frère est mort, c’est parce qu’il est noir, parce qu’il s’appelle Adama Traoré et qu’il vient d’un quartier populaire.


Le contrôle au faciès comme outil


Le système et le fonctionnement raciste de la police est intériorisé et s’exprime donc par différentes pratiques. Le contrôle au faciès en est une, pratique visant à maintenir une oppression sur des publics spécifiques et recréer des formes d’emprisonnement “hors les murs”. En effet, en 2017, le Défenseur des Droits Jacques Toubon publiait une enquête montrant que le contrôle au faciès visait surtout les jeunes hommes noirs ou maghrébins: « 80 % des personnes correspondant au profil de “jeune homme perçu comme noir ou arabe" déclarent avoir été contrôlées dans les cinq dernières années (contre 16 % pour le reste des enquêté•e•s) ». Cette enquête prouve donc par les chiffres que les jeunes hommes issus des “minorités visibles” sont cinq fois plus sujets au contrôle au faciès. Or la pratique des contrôles d'identité ne fait l’objet d’aucune traçabilité, ce qui empêche d’en déterminer précisément les contours, ou même d'en évaluer sa supposée efficacité. Nous sommes donc en droit de nous interroger sur la légitimité du contrôle au faciès.


Apartheid et contrôle social


Aujourd’hui la police se permet des pratiques plus que contestables, basées sur des critères ethniques, ce qui s’apparente plus à un apartheid social qu’à une mission de maintien de l’ordre.


Il est donc essentiel d’analyser le refus des pouvoirs publics d’assumer les pratiques racistes des personnes dépositaires de l’autorité publique lorsqu'un fait divers impliquant des violences policières se produit.


Le dispositif alors mis en place est toujours le même : tout d’abord une volonté de criminalisation de la victime et de sa famille afin de déstabiliser l’opinion publique. Ces campagnes calomnieuses servent aussi à extraire les policiers mis en cause. Par exemple les cinq frères d’Adama Traoré sont en prison, lorsque les policiers mis en cause ont été mutés et n’ont jamais été entendus par les services de l’IGPN. Ensuite les syndicats de police prennent d’assaut les plateaux télés et tentent de légitimer l’ultra-violence par une supposée dureté de ce qu’ils appellent “la réalité du terrain”. Le système d'oppression raciste est alors institutionnalisé par une police qui étouffe ces affaires de violence.


Cependant il semble évident que certaines mesures doivent être prises, afin que ces drames ne soit plus pour les générations futures que de sombres pages dans les manuels d’histoire. La formation des policier•e•s doit être revue dans son ensemble : il est impensable qu’aujourd’hui l’ultra-violence, à travers des méthodes comme le plaquage ventral, puisse être enseignée dans les écoles de police. En effet, cette pratique met en grave danger les citoyen•ne•s qui la subissent, car hautement dangereuse pour le système respiratoire. Les agents de police doivent pouvoir être en mesure de se défendre, cependant nous ne pouvons nous résigner à ce qu’ils emploient des techniques potentiellement mortelles, surtout lorsque leur intégrité physique n’est pas menacée. Pour aller plus loin dans le contrôle du travail des dépositaires de l’autorité publique, des embauches de fonctionnaires au sein de l’Inspection Générale de la Police Nationale sont nécessaires afin d’assurer un cadre sûr pour les policier•e•s et les citoyen•ne•s, mais aussi une réactivité plus importante lorsque des cas dits “suspects” se produisent, ou sont signalés. Afin d’enrayer des pratiques abusives comme le contrôle au faciès, le récépicé du contrôle d’identité permettrait alors à nombre de nos concitoyen•ne•s de ne plus subir un système discriminant. Il assurera aussi une traçabilité à ces opérations sur lesquels nous ne connaissons rien aujourd’hui, et permettra enfin de prouver que celui-ci ne résout rien aux “problèmes de délinquance”.


Une exclusion générale


Au-delà ces violences policières en elles-même, ces affaires sont l’illustration d’un système raciste exécuté par l’Etat, et il est important de concevoir cette systématisation d’un point de vu global. Celui-ci s’exprime dans les différents services publics, par exemple dans l’éducation avec récemment Parcoursup où en Ile-de-France de nombreuses•eux lycéen•ne•s issu•e•s de “ZEP” se sont vu•e•s refuser l’accès aux universités parisiennes malgré des dossiers brillants. Les habitant•e•s des “quartiers populaires” sont donc aujourd’hui coincé•e en bas d’une échelle sociétale poussant à l’exclusion et à la précarité. La création d’une brigade spécifique contre les discriminations permettrait d’accompagner et de renforcer le travail du défenseur des droits. En effet aujourd’hui encore beaucoup trop de français•es sont discriminé•e•s, que cela soit lors d’un entretien d’embauche, devant l’entrée d’une boîte de nuit ou encore lors d’un rendez-vous avec le ou la propriétaire d’un logement qu’ils ou elles souhaitent louer. Une situation inacceptable, surtout lorsque l’on sait que dans ce genre de cas les chances sont minimes pour que ces actes soit condamnés par la justice.


Nous devons nous interroger sur la notion d’égalité au sein de notre République. Il est important de mener un travail critique vis-à-vis du fonctionnement de celle-ci, pour dénouer jusqu’au dernier rouage d'oppression qui sévit encore.


César Martin

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