• .la rédac

La pollution numérique, pollution du XXIème siècle

Avez-vous déjà compté le nombre de mails conservés dans votre boîte mail ? En sachant que 22.7 millions de français.e.s se connectent tous les jours sur cette dernière, notre génération doit faire face à un défi nouveau, un défi à la fois de société et environnemental. Aujourd’hui, 51 à 52% de la population mondiale utilise internet, et cette part augmente de jour en jour. Ainsi, l’augmentation incessante des nouvelles technologies a un coût pour l’environnement et la biodiversité.

Le cloud, stockage immatériel mais effets bien réel


Un des nouveaux défis auxquels doit faire face notre génération est le développement extrêmement rapide des nouvelles technologies, la dépendance à celles-ci et la multiplication des serveurs informatiques. Pour illustrer ces propos, quelques chiffres : l’envoi d’un mail d’un mégaoctet équivaut à la consommation électrique d’un PC portable en veille pendant 8 heures ; chaque envoi de mail émet environ 10g de CO2. La part des émissions mondiales de CO2 augmente de jour en jour et actuellement, la pollution numérique représente 2% de ces émissions. Sachant que 10 milliards d’emails sont envoyés chaque heure dans le monde et que chaque envoi émet 10g de CO2, l’impact environnemental n’est pas négligeable. De plus, le développement constant des nouvelles technologies, la multiplication des emails, des recherches internet ou encore des publications de vidéos Youtube participent à cette nouvelle forme de pollution.

Matérialiser cette émission de CO2 est compliqué, étant donné que nous parlons ici de pollution numérique, donc d’une pollution immatérielle. Mais cette pollution se caractérise aussi par l’utilisation et la multiplication des datacenters. Un datacenter est un centre de données qui regroupe des équipements informatiques nécessaires au stockage de données informatiques.


Quand un mail est envoyé, le mail se duplique sur différents serveurs à travers le monde.

Dans le dernier rapport Clicking Clean, publié par Greenpeace le 10 Janvier 2017, le collectif dresse un tableau comparatif des sources d’énergie d’entreprises de taille mondiale. Dans ce rapport, nous apprenons que Google utilise 56% d’énergie verte, à l’inverse de Twitter qui n’en utilise que 10%, ce qui fait de ce dernier le mauvais élève en termes de ressources énergétiques. Avec un barème allant de A à F, les sociétés multinationales sont notées par Greenpeace dans l’objectif de situer leur utilisation énergétique. La consommation des datacenters représentait 4% de la consommation énergétique mondiale en 2015. En 2013, les datacenters américains et européens ont consommé 147 milliards de kWh et cette consommation ne cesse de croître.


Avec l’apparition du cloud, le stockage dématérialisé a pris de plus en plus de place dans nos vies. Dernièrement, un nouveau concept est arrivé sur le devant de la scène : le gaming dématérialisé. Shadow, une firme française de cloud gaming propose à l’utilisateur.rice qui adhère à un abonnement de jouer à un jeu sur n’importe quel PC. Cela est rendu possible car le système informatique se trouve dans le cloud. Jérôme Arnaud, responsable de Shadow a déclaré en avril dernier : « Nous voulons changer d’échelle en passant à quelques centaines de milliers d’abonné.e.s en 2020 puis quelques millions en 2022 ». La multiplication des joueur.se.s est en corrélation avec la multiplication des datacenters.


Un autre problème soulevé par les nouvelles technologies et la pollution numérique est celui de l’impact social et écologique de l’extraction des minerais rares et pourtant nécessaires à l’élaboration de nouveaux outils numériques. Les besoins en métaux rares comme le Cobalt, avec les mines au Congo, ou encore l’étain ne cessent d’augmenter. En limitant et en réglementant l’obtention de ces ressources, les Etats peuvent avoir un poids réel dans l’impact de ces extractions.


Avec la problématique de stockage dans les datacenters que nous connaissons et des l’émissions de CO2 qui en découlent, nous pouvons imaginer le désastre écologique que serait la multiplication de stockages dans le cloud. Tout cela, additionné à des pratiques comme l’extraction de minerais rares, ne fait qu’accélérer la détérioration du vivant.


Face à ce problème immatériel, des solutions existent


Mais alors comment faire face à cette nouvelle forme de pollution ? En nous adaptant aux nouvelles technologies. Stymergie, entreprise française, a, à la piscine de la Butte aux Cailles, instauré une solution de chauffage du bassin innovante fondée sur la récupération de chaleur de serveurs informatiques, de datacenter. Avec cette chaudière numérique, 30% des besoins en eau chaude de la piscine viennent de cette chaudière et la piscine réalise une économie de 50 tonnes de CO2 par an. Des serveurs d’entreprises sont plongés dans un bassin et la chaleur qui est dégagée par ceux-ci est récupérée et transformée par un transformateur énergétique qui l’exploite pour chauffer la piscine parisienne. Mais cette innovation comporte des limites. Il s’agit aujourd’hui de transformer la chaleur émise par ces serveurs, mais l’avenir des datacenters et des serveurs informatiques doit s’inscrire dans une démarche durable et responsable et répondre à des objectifs de neutralité en matière d’émission carbone, en instaurant par exemple un cahier des charges pour les entreprises informatiques pour limiter l’impact environnemental des serveurs.


En plus de ces alternatives concrètes, on trouve des alternatives du quotidien. Des solutions existent, des changements d’habitudes simples et pourtant peu connus sont possibles. Prenons l’exemple d’Ecosia. Ce moteur de recherche substitue parfaitement Google dans les demandes des utilisateur.rice.s. Chaque recherche effectuée via ce moteur de recherche contribue à une alternative qui consiste à convertir un certain nombre de recherches en arbres plantés. 80% de ses bénéfices sont reversés à un programme de reforestation aux quatre coins du monde, au Burkina Faso, au Pérou ou encore en Tanzanie.


La société allemande travaille avec de nombreuses ONG à travers le monde. En Novembre 2019, on comptait plus de 75 millions d’arbres plantés grâce au reversement des bénéfices d’Ecosia. En se basant sur les chiffres annoncés par l’entreprise, on estime que 45 recherches en moyenne permettent de planter un arbre. Ecosia est une alternative écologique qui permet à chacun.e d’avoir une empreinte carbone moins importante sur le net. Le changement de moteur de recherche par défaut sur notre navigateur est une action simple à réaliser.


Concernant l’engorgement de nos boîtes mails, qui s’intensifie de jours en jours, une solution existe également. Des logiciels comme ClearFox permettent à l’utilisateur.rice de connecter le logiciel à sa boîte mail, afin de nettoyer cette dernière. Ce logiciel, d’origine française, permet de supprimer des mails indésirables, de se désabonner de newsletters anciennes et non-lues. Comme nous l’avons vu précédemment, la multiplication et le stockage intempestifs de nos mails participent à un développement des centres de stockage.


Diminuer l’espace de stockage de nos boîtes mail permet de désengorger les datacenters. Nos mails conservés étant copiés sur différents serveurs à travers la planète, la suppression des courriels « inutiles » participe à ce changement d’habitude et permet aussi, d’un côté pratique, d’avoir une boite mail organisée et fonctionnelle. Mais ce genre d’habitudes doit être imposé aux entreprises et aux institutions. Les serveurs d’entreprises sont souvent saturés de mails souvent non supprimés.


Mais ce changement d’habitude et de paradigme passe forcément par une prise de conscience collective et par des réflexes à acquérir au quotidien de la part de l’utilisateur.rice. Cet article n’a pas pour but de faire diminuer notre utilisation d’internet, mais justement d’en avoir une utilisation intelligente et fondée sur une approche responsable. Une réponse politique est nécessaire pour déclencher cette prise de conscience. Cela passe tout d’abord par une transparence de la part des GAFA dans leur utilisation des ressources énergétiques mais aussi par des accord entre les Etats et les entreprises.


En sensibilisant la population et en revalorisant la collecte de nos anciens smartphones, ordinateurs portables ou tablettes, en réduisant le volume de nos données ou en privilégiant le reconditionnement de nos appareils, notre impact serait moindre. Des démarches ont été prises par des géants du numérique comme Apple et Samsung, qui ont fait la démarche d’une traçabilité de leurs matériaux, mais ces démarches doivent être étendues à tous les GAFA pour enfin avoir une idée précise de l’impact environnemental de la pollution numérique.


Thibaut Ols

SUIVEZ-NOUS

  • Noir Icône Instagram

©2019 - Culture G / Les Jeunes Génération·s