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La société inclusive : où en sommes-nous ?

Une véritable société inclusive doit pouvoir permettre à toutes les personnes quelles soient âgées et/ou en situation de handicap, de pouvoir accéder à tout ce qui constitue notre société. C’est-à-dire que chaque personne doit pouvoir parcourir l’espace public, accéder à l’emploi, aux soins et plus largement lui permettre de vivre comme tout le monde. Ainsi, aucun individu ne doit être mis à l’écart et toutes les difficultés doivent être prises en compte afin d’y palier. Pourtant, aujourd’hui nous en sommes encore loin.



L’accès à l’emploi, un constat loin de nos espérances




Pouvoir vivre pleinement dans la société passe dans un premier temps par l’accès à l’emploi. Le fait de pouvoir travailler normalement et de gagner son propre salaire est essentiel pour les personnes en situation de handicap. En effet, ne pas travailler et vivre des ressources de son ou sa conjoint.e, ou encore des aides que l’Etat veut bien leur octroyer, peut être difficilement vécu par ces personnes qui ont le sentiment de toujours devoir dépendre des autres. Il est important pour l’épanouissement des individus de se sentir autonome. L’accès à l’emploi est un des critères de cette autonomie. D’autant plus qu’avoir un emploi peut parfois augmenter significativement la qualité de vie, que ce soit financièrement ou socialement. Il permet de sortir de l’isolement ainsi que de l’impression d’être différent.e. Pourtant, les personnes en situation de handicap sont aujourd’hui très loin de pouvoir accéder librement au marché du travail. Selon l’IPSOS, 81% des personnes en situation de handicap considèrent que celles-ci sont fortement discriminées lors de l’accès à l’emploi. 




Ainsi les inégalités entre personnes atteintes d’un handicap et personnes valides sont importantes. Le handicap est en effet perçu comme un frein à l’emploi, que ce soit par les demandeur.euses d’emploi en situation de handicap ou par leur employeur, mais également par leurs potentiel.le.s collègues. Il ne s’agit en réalité que d’une perception de la société, ce qui met en lumière les difficultés à être une société inclusive. L’institut de sondage IPSOS souligne également que les individus travaillant avec une personne en situation de handicap trouvent moins difficile de travailler avec celle-ci qu’avec celles et ceux n’ayant jamais été confronté.e.s au handicap. Il est donc évident que les réels freins à l’emploi de ces personnes sont les préjugés que portent aujourd’hui la société.




Aujourd’hui, des réponses à ces problèmes sont partiellement mis en place. Effectivement, une société du secteur privé doit, à partir de 20 employé.e.s, comptabiliser 6% des employé.e.s en situation de handicap. Toutefois, nous sommes loin de ce qui pourrait être fait. Les entreprises peuvent par exemple s’acquitter de cette obligation en versant des fonds à l’Association pour la gestion du fond pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH). Beaucoup de ces entreprises préfèrent donc s’en acquitter plutôt que d’adapter convenablement les postes afin qu’une personne en situation de handicap puisse travailler dans leur entreprise.



Pourtant des solutions existent, comme l’accompagnement de ces entreprises, une aide financière de l’État constante ou encore une taxation plus importante pour celles et ceux qui ne jouent pas le jeu. Certaines personnes et associations mettent également en avant la possibilité de partenariats entre les entreprises et les structures associatives afin d’accompagner l’insertion de toutes et tous.



La mise en abyme des inégalités




Une des solutions également mise en avant par un grand nombre d’associations est l’augmentation de la sensibilisation d’une part auprès de la société en général, et d’autre part auprès de l’entreprise et de ses équipes. En effet, comme nous l’avons vu les préjugés accentuent les difficultés d’accès à l’emploi. Mais ces difficultés sont démultipliées dans certaines catégories de handicap.



En effet, en plus d’une inégalité entre les personnes porteuses d’un handicap et les personnes valides, il existe une large inégalité selon le type de handicap. Ainsi, les personnes atteintes de surdité ou d’une invalidité accèdent beaucoup plus facilement à un emploi que les personnes atteintes de cécité ou de troubles mentaux. Selon la gravité de la cécité ou des troubles mentaux, cette inégalité est à nouveau accentuée. Une personne malvoyante trouvera plus facilement un emploi qu’une personne non-voyante. À nouveau, les préjugés sont une des causes empêchant l’accès à l’emploi, il est nécessaire d’expliquer et d’accompagner les entreprises afin qu’elles puissent se rendre compte des capacités du demandeur d’emploi.



L’aménagement des locaux et du matériel mis à disposition peut être une solution envisagée. La technologie peut d’ailleurs en faire partie. De nombreux outils existent aujourd’hui pour permettre aux personnes de dépasser leur handicap, c’est le cas par exemple des synthèses vocales sur les ordinateurs. Encore faut-il que l’entreprise en soit équipée. 



Des catégories d’emploi plus accessibles que d’autres




Certains emplois sont plus adaptés à certaines formes de handicap. Il faut donc pouvoir les mettre en valeur mais également les préserver. Il existe par exemple des associations permettant l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap mental ou cognitif. Il est indispensable d’augmenter les moyens dont elles disposent financièrement et matériellement. Encourager les entreprises qui emploient principalement les personnes en situation de handicap parce-qu’elles disposent de postes adaptés est également essentiel. 



De plus, il est important de rappeler que certains emplois disparaissent de plus en plus, très souvent au profit de la technologie qui à la fois sont des avancées mais des menaces pour les personnes en situation de handicap. Pour les personnes atteintes de cécité, la disparition de certains métiers comme ceux de standardiste ou encore de cannage et paillage en ameublement sont un véritable problème. Il s’agissait de types d’emploi dans lesquels il était beaucoup plus simple pour elles de s’insérer. Les préserver permet de préserver l’inclusion de ces personnes dans la société. 




Ainsi, l’accès à l’emploi pour les personnes en situation de handicap est semé d'embûches, qui pourtant ne sont pas insurmontables dans une société véritablement inclusive. Les pouvoirs publics peuvent être en mesure d’y pallier en apportant l’aide nécessaire et demandée.



Le choix de son logement 




L’accès au logement peut également être une difficulté pour les personnes âgées et/ou en situation de handicap lorsque la société n’est pas inclusive. Plus encore, le logement peut devenir un véritable parcours du combattant et peut contraindre la personne à accepter un logement qui ne correspondait pas aux attentes premières. 



Il est important qu’une personne malgré son handicap puisse choisir où elle souhaite vivre au même titre que les valides, pourtant c’est rarement le cas et cela pour différentes raisons. Tout d’abord, certaines personnes en situation de handicap perçoivent des aides, elles sont alors en capacité de payer leur loyer mais se retrouvent confrontées à des propriétaires qui exigent le fait d’avoir un garant. Elles doivent donc demander à leurs proches, parfois à leurs parents de se porter garants. Cette situation est alors infantilisante pour les personnes en situation de handicap ayant déjà parfois le sentiment d’être une charge pour leurs proches. Pour éviter cela, certain.e.s préfèrent alors se diriger vers d’autres logements qui ne correspondent pourtant pas toujours à leurs critères mais qui restent toutefois accessibles à leurs handicaps. 



L’accessibilité ne devrait pourtant pas être le seul critère possible pour une personne en situation de handicap. En effet, une véritable société inclusive doit permettre à ces personnes de choisir librement un logement sans devoir se préoccuper encore et toujours de son handicap. Et pourtant, nous en sommes encore très loin. 




Des logements toujours inadaptés et une législation qui avance à reculons




En effet, le parc immobilier est aujourd’hui très peu accessible aux personnes en situation de handicap. Pire encore, alors que nous connaissions des avancées législatives avec l’obligation pour les nouveaux logements d’être accessibles, nous faisons face à un véritable retour en arrière en 2018. 



La loi ELAN validée le 3 octobre 2018 modifie considérablement l’accès au logement des personnes en situation de handicap. Pour de nombreuses associations il s’agit d’un véritable retour en arrière. Pour les nouveaux bâtiments à partir de 4 étages, seuls 10% des logements ont maintenant l’obligation d’être accessibles et non plus la totalité. Pour les 90% restants, il s’agit de logements dit « évolutifs ». Ainsi les bailleurs doivent pouvoir transformer les baignoires en douche par exemple ou enlever une cloison à la demande du futur locataire. Ces travaux bénéficient d’aides, ce qui n’est pas le cas de la remise en état souvent demandée par les bailleurs. Il s’agit d’une démarche stigmatisante pour les personnes en situation de handicap et/ou âgées. 



De plus, réduire à 10% les logements adaptés d’un immeuble ne fait qu’augmenter les listes d’attentes qui sont pourtant de plus en plus longues avec notamment le vieillissement de la population. Alors que le nombre de personnes à mobilité réduite et de personnes âgées s'accroît de jour en jour, le nombre de logements adaptés lui ne fait que diminuer. 




Concernant les logements, nous nous éloignons donc de plus en plus de la société inclusive. Aujourd’hui, se loger est devenu un parcours du combattant et une grande source d’anxiété pour beaucoup d’individus alors qu’il devrait être un droit. Pour cela, 100% des nouveaux logements devaient être accessibles, il s’agit d’une évidence. Construire un logement selon les normes d’accessibilité est moins coûteux que d’en réhabiliter un. De plus, une sensibilisation auprès des bailleurs semblent également nécessaire. Ces derniers sont souvent très discriminants envers les personnes en situation de handicap. 



Le manque d’accès à un logement adéquat est une des formes d’inégalités auxquelles les personnes atteintes d’un handicap sont confrontées. Être contraint.e d’accepter un logement à l’étage d’un immeuble dont l’ascenseur est la majorité du temps en panne ne fait qu’accentuer l’isolement des personnes à mobilité réduite et les empêche même d’accéder au reste de la société. 



Une société finalement encore très peu adaptée




Alors que la société devrait s’adapter à tous les individus qui la compose, c’est finalement les personnes qui connaissent un grand nombre d’inégalités qui doivent encore et toujours s’adapter à elle. En effet, nous avons vu que l’accès à l’emploi et au logement était d’une grande difficulté pour certain.e.s. Mais finalement c’est la société entière qui n’est pas inclusive. Que ce soit pouvoir traverser l’espace public, faire ses démarches administratives ou encore faire ses achats, toutes ces activités demandent beaucoup d’efforts de la part des personnes en situation de handicap et/ou personnes âgées. 
Pour l’espace public par exemple, la suppression du mobilier urbain tels que les bancs empêche les personnes à mobilités réduites de pouvoir se reposer. Beaucoup d’arrêts de bus n’ont aujourd’hui plus aucun banc permettant d’attendre sereinement le transport. D’ailleurs, beaucoup de ces transports sont encore en circulation alors qu’ils ne permettent pas à tous d’y monter et d’y prendre place. Il ne s’agit là que d’un exemple pris dans une multitude de difficultés rencontrées.




Lorsque le sujet du handicap est traité, il l’est souvent par le biais du handicap moteur mais beaucoup d’autres handicaps existent et font face à de fortes inégalités. Certains handicaps sont même dit « invisibles ». Lorsqu’une personne valide rencontre une personne atteinte d’un handicap « invisible » elle peut parfois être maladroite. C’est souvent le cas dans les magasins lorsqu’une personne demande à être prioritaire lors du règlement de ses achats, parfois la personne semble en parfaite santé, ce qui pousse certain.e.s à faire quelques remarques qui blessent et stigmatisent d’autant plus la personne porteuse de handicap. 
Dans le même registre, le handicap psychique est très souvent oublié dans l’accessibilité des lieux recevant du public. Faire ses courses peut être une grande source d’angoisse pour les personnes qui en sont atteintes. La musique, les jeux de lumières et les bruits environnants sont un frein au bon déroulement d’un acte qui paraît pourtant si simple pour d’autres. Moins d’une dizaine de magasins en France ont mis en place des plages horaires où la musique est éteinte, les lumières diminuées et les bruits réduits au maximum pour permettre à tous, et notamment aux personnes avec des troubles du spectre autistique de pouvoir faire leurs achats plus sereinement.




Finalement c’est toute la société qui doit être adaptée pour être réellement inclusive. Plus que adaptée elle doit être surtout sensibilisée et ce à tous les niveaux. À l’heure des nouvelles technologies et du tout numérique, les personnes en situation de handicap et/ou âgées se sentent souvent oubliées et mises à l’écart quand les administrations décident de passer l’intégralité de leurs démarches par des démarches en ligne. Le passage de la déclaration d’impôts du format papier au format numérique a été une véritable source d’anxiété pour un grand nombre de personnes et notamment les personnes atteintes de cécité. Elles peuvent encore faire la demande pour remplir au format papier, mais chaque nouveauté leur crée une nouvelle source d’angoisse. Elles vivent ainsi constamment dans la peur que la société soit en réalité de moins en moins inclusive.




Ainsi, lorsque nous nous penchons sur le retard de notre société face à l’inclusion de tous les individus qui la composent, nous pouvons remarquer rapidement que le principal problème est le manque de sensibilisation. Le manque d’accessibilité est le résultat d’un manque de connaissance face au handicap. Le plus souvent, les personnes qui cherchent à agir de façon inclusive dans leur profession ou tout simplement dans leur vie quotidienne sont des personnes qui sont soit confrontées elles-mêmes au handicap ou qui connaissent une personne qui en est atteint. 




La question des aidant.e.s est aujourd’hui de plus en plus évoquée, mais il s’agit du même sujet. Lorsque la société sera réellement inclusive, les aidant.e.s pourront connaître un peu de répit et n’auront plus à pallier le retard de la société française. 




Céline Jeanneson


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