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[DOSSIER SANTÉ] Le don du sang, un droit oui, mais pas pour tous !

Mis à jour : 20 août 2019


Campagne des Jeunes Génération·s contre la discrimination face au don du sang

Le jeudi 11 octobre 2018, les député.e.s de l’Assemblée Nationale, et majoritairement celles et ceux de La République en Marche, ont refusé d’adopter un amendement qui avait pour but de mettre fin à la discrimination qui touche les Hommes ayant des relations Sexuelles avec des Hommes (ou HSH) en matière de don du sang. Le retour de cette question au sein de l’hémicycle témoignait d’une possibilité de faire changer les choses, mais la fébrilité du gouvernement et de la majorité sur les questions sociétales a très rapidement mis fin à tout espoir d’en finir avec cette mesure discriminatoire.

Ce choix témoigne, à nouveau, de la faiblesse du gouvernement dès qu’il est amené à faire face à l’extrême droite ou au retour des pressions exercées par La Manif Pour Tous, qui ont tendance à ressurgir de plus en plus fréquemment ces derniers temps. Le systématique manque de courage du président et de son entourage est de plus en plus flagrant lorsqu’il s’agirait d’adopter des mesures progressistes, notamment lorsque leur but est d’offrir de nouveaux droits à des populations discriminées, par exemple la PMA pour toutes. Mais, lorsque l’on continue à se prétendre “ni de droite, ni de gauche”, il devient forcément délicat de trancher entre progressisme et conservatisme sur des question de société relativement clivantes. À force de jouer à ce double-jeu dangereux, il semblerait qu’Emmanuel Macron lui-même finisse par ne plus savoir quel parti prendre.


Mais où en est-on exactement à l’heure actuelle ? Avant 2016, les HSH n'étaient pas autorisés du tout à donner leur sang. La situation est aujourd’hui la suivante : depuis le décret d’avril 2016, les HSH sont autorisés à donner leur sang, mais seulement sous réserve d’avoir respecté une période d’abstinence sexuelle d’un an précédant la demande de don. Ainsi, à titre d’exemple, un homme marié avec un autre homme depuis des années et n’entretenant de relations sexuelles qu’avec son époux n’a actuellement pas le droit de donner son sang. Autant dire qu’imposer cette période d’abstinence sexuelle d’un an aux HSH équivaut indirectement à leur interdire de donner leur sang. C’est cette discrimination que voulait abolir l’amendement en question, en alignant la durée d’abstinence des HSH sur celle s’appliquant aux personnes hétérosexuelles (soit quatre mois d’absence de relations avec plusieurs partenaires). Cet amendement n’a donc pas été approuvé par les député.e.s de la majorité, suite à l’application des consignes de vote données par le gouvernement.


Pourtant, selon le Dr. Paul Volberding, directeur de l’Institut de recherche sur le SIDA à l’Université de Californie, il n’existe aucun argument, aucune preuve, aucun fait scientifique justifiant cette restriction. Les risques de contamination sont effectivement aujourd’hui extrêmement faibles, car chaque don est rigoureusement testé : grâce aux nouvelles découvertes, aux progrès scientifiques et techniques, le VIH peut à présent être détecté dans les jours qui suivent l’infection, et au maximum dans un délai d’un mois. Alors même que l’Etablissement Français du Sang déclare avoir besoin de 10 000 dons par jour, des milliers d’Hommes ayant des relations Sexuelles avec des Hommes n’en ont donc pas le droit, car ils sont discriminés sur le critère de leur orientation sexuelle. Interdire ce droit aux HSH, c’est par conséquent priver des personnes dans le besoin d’une chance de survie. En effet, on estime à 21 000 par an le nombre de dons supplémentaires qui pourraient être permis par la pleine ouverture du don du sang aux HSH. Selon les études menées, un don peut permettre de sauver jusqu’à trois vies. Ainsi, 21 000 dons de plus par an, cela représenterait approximativement 60 000 vies sauvées supplémentaires.


Par ailleurs, il est important de rappeler que les personnes hétérosexuelles ayant des pratiques à risque ne sont pas soumises à cette interdiction, ce qui révèle son caractère purement discriminatoire. La connaissance de ces données aurait dû suffire à convaincre le gouvernement et les député.e.s du bon sens de cet amendement. C’est pourquoi nous pensons que la restriction ne devrait pas stigmatiser une orientation sexuelle, mais être orientée vers les pratiques sexuelles à risque (rapports homosexuels ou hétérosexuels sans protection).


Les Jeunes Génération.s revendiquent donc une reconsidération des critères utilisés pour définir si une personne peut être considérée ou non comme « individu à risque ». Selon nous, une évaluation des risques à l’échelle individuelle devrait être le seul critère de restriction, évitant ainsi la stigmatisation de tout un groupe d’individus, dont l’orientation sexuelle ne renseigne en rien sur l’adoption de comportements à risque. Nous demandons ainsi l’alignement de la durée d’abstinence des HSH sur celle s’appliquant aux personnes hétérosexuelles, comme prévu par l’amendement qui n’a pas été adopté au sein de l’Assemblée Nationale. L’égalité se doit d’être une lutte de tous les jours, c’est pourquoi les Jeunes Génération.s appellent à ne pas cesser le combat ! Nous nous engageons à remettre le sujet sur la table autant de fois que nécessaire jusqu’à obtenir gain de cause, ce qui n’est sûrement plus qu’une question de temps. Suivons l’exemple de pays comme l’Afrique du Sud, la Lettonie, le Mexique, la Bulgarie, le Portugal ou encore l’Espagne, qui ne basent pas leurs restrictions sur une orientation sexuelle, quelle qu'elle soit !

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