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Pour le monde d'après, soyons à la hauteur !

Mis à jour : mai 15



Depuis le mois de mars, nous vivons une situation inédite de confinement et de crise sanitaire, économique et sociale. Si certain·es n’y voient que la fin d’un monde, nous y voyons l’opportunité de construire une société plus juste, plus humaine et plus écologique. C’est à nous de le faire, soyons à la hauteur.


Depuis le 17 mars, la France est confinée. Le pays vit au ralenti, rythmé par les applaudissements quotidiens, où chacun·e semble découvrir l’utilité de travailleur·ses auparavant invisibles, sous-payé·es et dévalorisé·es. Crise sanitaire, crise économique, crise sociale ; au fur et à mesure que les jours de confinement passent, le diagnostic se fait plus sévère. Les rares sorties ont un goût de fin du monde. Et c’est peut-être la fin d’un monde, celui du capitalisme dérégulé et de l’ultra libéralisme. C’est à nous, la gauche et les écologistes, de proposer une alternative à cette organisation qui ne nous promet rien de plus que la destruction de notre planète et l’individualisme le plus primaire. Portons ensemble un projet de société meilleur.


La pandémie : révélateur de nos insuffisances


Cette crise, aussi inédite et dramatique qu’elle soit, était inéluctable. Depuis les années 1980, rentabilité et dérégulation se sont peu à peu imposées pour dicter nos choix de politiques publiques. Privatisations d’entreprises publiques, confiance absolue en la main invisible du marché, ce modèle économique, basé sur la concurrence libre et non faussée, nous le dénoncions bien avant la pandémie. Ce sont précisément les failles de ce système que la situation sanitaire révèle aujourd’hui.


La pandémie nous le montre, les métiers de « ceux qui ne sont rien », sont en réalité la colonne vertébrale de nos sociétés. Mal payé·es, mal reconnu·es, méprisé·es, ils et elles sont la force vive sans laquelle nous ne tenons pas debout. Ces travailleur·ses, qui risquent leur santé, réclamaient depuis des années une meilleure rémunération, plus de moyens et une plus grande reconnaissance. Mais ils et elles ont été ignoré·es, accueilli·es par les gaz lacrymogènes et le silence des gouvernements successifs.


La pandémie révèle que notre modèle économique valorise les comportements égoïstes de quelques-un·es. De grandes entreprises ont été portées aux nues car elles fabriquaient des gels hydro alcooliques et des masques. Ces mêmes entreprises qui pratiquent massivement et depuis des années l’évasion fiscale la plus agressive, privant ainsi l’État de moyens colossaux.


Nos services publics de santé, d’éducation, nos administrations, nos infrastructures, notre protection sociale nous permettent de tenir en ces temps de crise. Ce sont pourtant eux qui ont été scrupuleusement démantelés. Réduction du nombre de fonctionnaires, gel du point d’indice, remise en cause du système de retraites, toutes ces mesures ont détricoté le tissu de notre solidarité nationale.


La pandémie fait tomber les masques et expose au grand jour le réel visage de la mondialisation dérégulée. Les délocalisations et privatisations d’entreprises stratégiques ont fragilisé notre tissu productif. Les pratiques de dumping ont conduit à une course au moins-disant fiscal et social et des accords de libre-échange comme le TAFTA à des aberrations écologiques. Ce système qui met les territoires en concurrence exacerbe les inégalités inter et intra nationales.


Notre monde sortira exsangue de cette crise, mais c’est pour nous l’occasion d’organiser le monde d’après. Celui qui met l’économie au service du bien-être et non l’inverse. Portons un projet politique qui redonne de l’espoir à nos concitoyen·nes.


Une nouvelle société à bâtir

Cette pandémie nous montre de manière criante que nos sociétés ont besoin des États. Elles ont besoin de sortir du libéralisme dérégulé et du capitalisme vorace. Pour cela, la gauche et les écologistes doivent porter un projet commun, fort des idées qu’ils et elles portent depuis longtemps et qui font partie de leur identité.


Revaloriser les métiers et réévaluer la rémunération sur l’utilité sociale du travail


Le plus grand chantier touche à notre conception et à notre valorisation du travail. Nous devons nous inspirer de ce que défend la sociologue Dominique Méda, pour qui il est urgent de « réduire l’écart entre la hiérarchie des rémunérations et celle de l’utilité sociale des métiers ». Si cette notion est ardue à définir, c’est un débat que nous devons avoir, tant la situation actuelle mène à des différences de revenus inacceptables. Nous devons poser la question, sans en avoir peur, du plafonnement des rémunérations et des écarts de salaires dans les entreprises. Nous devons également revaloriser les traitements des « petits » métiers, souvent les plus pénibles. Dans la poursuite de ce questionnement de l’utilité sociale des métiers, la gauche et les écologistes doivent continuer à exiger l’abandon de la réforme de l’assurance chômage et du système de retraites.


Instaurer une société du "care"

Notre monde d’après ne peut plus s’organiser autour de la rentabilité et de la recherche de la croissance. Ce modèle de développement méprise le bien-être des populations et l’état de l’environnement. Il nous faut tendre vers une société qui valorise et prend en compte les tâches du care, du soin apporté aux autres. Ces métiers ont longtemps été réservés aux femmes, comme prolongement de leurs « aptitudes naturelles ». Ils sont aujourd’hui dévalorisés, sous rémunérés et peu visibles, alors même qu’ils sont en première ligne dans la lutte contre le virus. Comme le proposait Martine Aubry dans les années 2010, il nous faut mieux valoriser les métiers du soin, mieux prendre en compte leur pénibilité. Ce n’est qu’en prenant soin les un·es des autres que nos sociétés parviendront à s’élever et à mieux vivre en cohésion. Cette nouvelle société, attentive à chacun·e doit être celle de l’inclusion. L’inclusion des femmes, des personnes LGBTI+, des personnes handicapées. L’inclusion de tou·tes, qu’importe leur couleur de peau, leur pays de naissance ou leur religion.


Retrouver une souveraineté industrielle et une agriculture locale

Les délocalisations massives de nos industries et les privatisations des entreprises nationales stratégiques ont mis à mal notre modèle industriel français et européen. L’urgence écologique nous pousse à remettre en question la mondialisation, la division internationale du travail et les chaînes d’approvisionnement telles qu’elles existent aujourd’hui. Ainsi, nous devons mener une politique industrielle ambitieuse, relocaliser les industries et les entreprises stratégiques, quitte à pénaliser les firmes qui délocalisent. En quelques mots, prôner une sorte de Made in France, à la manière d’Arnaud Montebourg. Nous devons également suspendre tous les projets de privatisation amorcés par ce gouvernement et renationaliser les entreprises et les activités vitales comme la production d’énergie ou le transport ferroviaire et aérien. Au-delà d’une politique industrielle ambitieuse, il faut rompre avec le modèle agricole productiviste, qui ne respecte ni les écosystèmes, ni les être humains. Pour cela, il faut rendre la consommation de produits locaux accessible au plus grand nombre, généraliser les circuits de proximité et imaginer un système de rémunération plus juste des agriculteur·ices. Notre économie et nos modes de production ont détruit notre planète. En sortir est urgent car ils nous mènent à une catastrophe écologique sans précédent dont nous pourrions ne pas nous relever.


Instaurer une véritable coopération européenne et mondiale sur la justice fiscale

La coopération des pays européens lors de cette pandémie fait cruellement défaut. Pas de mutualisation des dettes, débats tendus entre pays du Nord et pays du Sud, l’unité du vieux continent est mise à mal. La construction européenne, bien achevée sur le plan économique et commercial, laisse à désirer sur le plan politique. Le combat à mener pour une Europe plus fédérale sera long et difficile mais il est nécessaire aujourd’hui. Cela passe par la renégociation des traités qui placent la concurrence libre et non faussée au centre de la coopération européenne et laissent les pays les plus fragiles sur le côté, ainsi que par la mise en place d’institutions plus démocratiques. Il faut instaurer, au moins au niveau européen, une politique fiscale ambitieuse. La lutte contre les paradis fiscaux doit être érigée en priorité absolue car l’évasion fiscale prive les États de ressources dont ils ont cruellement besoin. La crise de l’accueil des exilé·es qui a lieu depuis les années 2010 n’est plus tolérable. Reprenons les accords de Dublin et menons une réelle politique de l’accueil. L’entraide des pays européens entre eux est un préalable à cela. La coopération est incontournable, chaque pays seul ne peut mener les politiques nécessaires au changement de paradigme qui s’impose.


Défendre nos services publics et leur maillage territorial

Les services publics sont le patrimoine de ceux et celles qui n’en ont pas. Ce sont eux qui assurent la cohésion de notre société. Il faut donc mener une politique ambitieuse d’investissement dans ceux-ci et porter une attention toute particulière à leur maillage. Réinvestir dans l’hôpital public, rouvrir des maternités, embaucher des professeur·es, rétablir les déséquilibres d’investissement entre les départements les plus riches et les plus pauvres, assurer une offre de transports publics équilibrée sur le territoire, la liste est longue et le budget conséquent. Les partisan·es de l’austérité et de la rigueur budgétaire diront que l’argent n’est pas là. Ils et elles ont tort, nos services publics peuvent être financés par une politique fiscale ambitieuse et coordonnée. Il s’agit de s’appuyer sur la solidarité nationale en rétablissant l’impôt sur la fortune, par exemple. Il s’agit également de lutter de manière active et efficace contre l’évasion et l’optimisation fiscales. Nous devons réévaluer notre modèle de solidarité nationale, renforcer nos dispositifs d’aide aux plus précaires et mener une véritable bataille culturelle contre le dogme de la méritocratie. Sans justice sociale, le monde d’après ne sera qu’une copie du monde d’avant.


A nous de jouer, soyons à la hauteur

Le projet est ambitieux, plein de bonnes intentions, mais l’urgence est grande et la situation est inédite. La gauche et les écologistes ont une responsabilité et un rôle central à jouer dans la construction du monde d’après. Ne nous laissons pas convaincre par les discours des libéraux, des « pragmatiques », qui nous taxent d’idéalistes. Revendiquons notre capacité à imaginer et à mettre en œuvre un projet pour un monde meilleur. Nous ne voulons plus de leur société capitaliste, patriarcale et hétéronormée qui laisse le plus grand nombre sur le côté de la route pour ne favoriser que quelques-un·es. Nous croyons profondément aux idéaux de solidarité, de fraternité, de liberté. Nous voulons une société ou chacun·e, peu importe son identité de genre, son orientation sexuelle, sa religion, son arbre généalogique, sa condition physique, se sente accepté·e et valide. En nous unissant autour d’un programme commun et ambitieux, nous avons le pouvoir d’amorcer la transition qui s’impose. Si la politique déçoit aujourd’hui, nous devons montrer aux déçu·es qu’elle a toujours un sens noble. La politique, c’est le seul outil pour redonner espoir et construire le monde que l’on veut. C’est dans la politique et dans celles et ceux qui la portent et croient en elle que se trouve la solution. Jeunes, écologistes, de gauche, c’est à nous d’agir, soyons à la hauteur.


Mathilde Nutarelli

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