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Les jeunes dans le printemps arabe

Mis à jour : 20 août 2019


Manifestation place Tahrir pour la chute du président MOUBARAK, le 1er février 2011 Crédit photo : Mohamed ABED/AFP, publiée sous licence Creative Commons.

Le renouveau des pratiques militantes au coeur de la révolution égyptienne

"Pain, liberté, justice sociale"

Ces mots scandés place Tahrir au Caire le 25 janvier 2011 évoquent l’espoir d’une société plus juste et plus transparente. Des dizaines de milliers de manifestants se réunissent en ce jour de fête nationale de la police pour exprimer leur colère face à une situation politique, économique et sociale toujours plus dégradée. Ce « Jour de la colère » est suivi d’un « vendredi de la colère », le 28 janvier 2011, après la coupure des services de télécommunications ordonnée par le président, Hosni Moubarak. Cette nouvelle manifestation, qui a pour mot d’ordre la chute du régime (« al-cha‘ab yurîd isqât al-nizâm » soit « le peuple veut la chute du régime ») fait l’objet d’une répression violente, avec un bilan d’au moins 850 morts et d’un millier de blessés. Après de nombreuses manœuvres politiques pour rester au pouvoir, Hosni Moubarak se voit finalement contraint de démissionner le 11 février 2011.


La révolution égyptienne est le résultat de mobilisations très organisées et même innovantes, tant par leur méthode de rassemblement que par les canaux de communication choisis par les activistes. Il convient aussi de noter le rôle de la jeunesse égyptienne, comme force motrice du mouvement.


En effet, il faut savoir qu’en Égypte, en 2012, 54% de la population est âgée de moins de 24 ans. Cette population est celle qui souffre le plus du chômage et de la précarité. Les détenteurs d’un diplôme d’études supérieures, soit 25% de la population égyptienne, sont les plus touchés, et sont dix fois plus susceptibles d’être au chômage que ceux qui prétendent à un emploi peu qualifié. Cette situation contraste avec une économie en pleine croissance depuis les années 1990. Les jeunes ont donc eu le sentiment d’être exclus de la vie politique de leur pays ainsi que des retombées économiques de la croissance. Après un long sentiment d’attente, s’est installé celui de frustration qui peut être envisagé comme point de départ des contestations. Force est de constater que la jeunesse a tenu un rôle essentiel dans la conquête et la défense des droits et libertés dans la région, et que les réseaux sociaux ont un impact non négligeable sur les stratégies militantes.


Les revendications égyptiennes ont en effet été portées et amplifiées par une organisation aussi structurée qu’innovante et par une utilisation astucieuse des réseaux sociaux. Les manifestations ont réuni un nombre considérable d’individus, du fait d’une planification extrêmement habile. Les activistes ont été en mesure de fournir des informations, notamment à l’aide de plans, sur les groupes les plus proches à rejoindre, ainsi que sur les itinéraires à emprunter pour chacun d’eux jusqu’à la place Tahrir, et ce de façon quotidienne ou hebdomadaire. Le fait de donner un nom aux journées de mobilisations (Jour de la colère, vendredi de la colère), et de le diffuser par le biais des réseaux sociaux a également participé à mobiliser de façon plus large. Facebook et Twitter permettent non seulement de relayer les informations militantes, mais aussi de donner de la visibilité au mouvement autant au niveau régional qu’international.


L’occupation de la place demeure la caractéristique principale de cette révolution et devient même un modèle qui s’est exporté dans les pays de la région : les activistes les plus engagés occupent la place de façon permanente et sont rejoints régulièrement par des individus plus « modérés » lors des jours de manifestation.


Plus généralement, les printemps arabes montrent une volonté des peuples d’être pleinement impliqués dans la vie politique de leur pays, avec pour mots d’ordre la transparence et la justice sociale.


Nawel Kanari


Pour aller plus loin

Ghanem, H. (2016). Roots of the Arab Spring. In The Arab Spring Five Years Later: Toward Greater Inclusiveness (pp. 39-64). Washington, D.C.: Brookings Institution Press.

Lynch, M. (2014). Diffusion and Demonstration. In The Arab Spring Explained: New Contentious Politics in the Middle East (pp. 57-74). New York: Columbia University Press.

LaGraffe, D. (2012). The Youth Bulge in Egypt: An Intersection of Demographics, Security, and the Arab Spring. Journal of Strategic Security, 5(2), 65-80.

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