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Le Revenu Universel d’Activité, pauvre mesure du Plan Pauvreté


La répartition des niveaux de vie en France en 2016 Données : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2016


Le 13 septembre dernier, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’un plan pauvreté et notamment d’un Revenu Universel d’Activité pour « lutter plus efficacement contre la pauvreté ». Après une première année passée à casser des acquis sociaux et à mener une politique profondément inéquitable, il se serait finalement demandé comment éradiquer la pauvreté et aurait repris l’idée du revenu universel, portée par Benoît Hamon et Génération.s. Rapidement, l’illusion d’une mesure sociale et universelle disparaît, puisque ce revenu s’avère finalement soumis à des conditions.


Pour décrypter le plan pauvreté, un petit retour en arrière s’impose, qui nous amène à comprendre que ce plan ne sera définitivement pas bénéfique pour les plus précaires. En une année, le gouvernement a cassé le code du travail et lancé la privatisation du service public avec la réforme ferroviaire, en se débarrassant du statut des cheminots et en lançant la privatisation de la SNCF. Il a aussi imposé la sélection à l’université, légitimant de nouvelles inégalités sociales. Après avoir supprimé l’ISF, ou encore l’exit tax, le gouvernement dans le relativisme le plus total, prétend désormais équilibrer sa politique sociale avec quelques miettes.


En quoi consiste ce revenu ?


Emmanuel Macron l'a bien précisé : ce ne sera pas un cadeau, et il ne s'obtiendra pas sans contrepartie de la part du bénéficiaire. Il s’agit d’une fusion « du plus grand nombre possible de prestations ». Cette fusion pourra donc aller du RSA aux aides au logement comme les APL. Il sera financé par l’État et disponible lorsque l’on passera en dessous d’un seuil de revenu avec des conditions comme celle de s’inscrire dans un « processus de réinsertion », façon macronienne et hypocrite de désigner l’obligation d’accepter l'une des deux premières propositions de travail que l’on reçoit. Or, on ne peut pas sortir de la pauvreté sans sortir de la précarité. Accepter obligatoirement un des deux premiers emplois proposés signifie que n'importe quel CDD mal payé devra être accepté pour ne pas perdre son droit au revenu universel d'activité. C’est ce projet de société que défend Macron, un projet dans lequel on ne peut pas trouver d’emploi stable et où on pourrait enchaîner des mi-temps de trois mois, une société dans laquelle on vit dans la pauvreté mais où on ne se plaint pas pour ne pas vivre dans la misère.


De la pauvreté contre la misère


De plus, si on lutte contre la pauvreté, pourquoi ne pas annoncer tout de suite que le seuil minimum sera au moins supérieur au seuil de pauvreté ? Macron n’annonce pas le montant du revenu, mais celui-ci sera au au niveau des minimas sociaux et on annonce déjà « qu’il y aura des perdants », entre ceux qui ont 500 euros de minimas sociaux et ceux qui en ont 900 : il sera donc inférieur au seuil de pauvreté.


Ce projet de revenu universel rend enfin les salariés toujours plus dépendants de leur travail et de ses conditions, ce qui va à l'encontre de l’idée que nous défendons à Génération.s. Il ne permet pas d’inverser le rapport de force qui existe aujourd’hui entre salariés et patronat, pas plus qu’il ne permet de s’émanciper du modèle capitaliste en permettant d’explorer d’autres formes de travail.


Les jeunes, grands oubliés


Et les jeunes dans tout ça ? Un autre point de fracture entre le Revenu Universel d’Activité et le Revenu Universel d’Existence est le projet pour la jeunesse qu’il représente. Si Benoît Hamon a défendu durant les élections présidentielles l’idée d’une mise en place immédiate pour les jeunes, Emmanuel Macron n’a même pas abordé ce thème. Ce silence est éloquent. Aujourd’hui les étudiants sont toujours exclus de beaucoup d’aides sociales, y compris le RSA, et cette allocation ne changera pas ce fait.


Par ailleurs, la simple question des moyens montre que Macron se moque d’éradiquer la pauvreté. À peine 8 milliards pour le Plan Pauvreté, la précarité peut trembler ! Comment peut-on financer un revenu universel sans moyen ? Sans taxer les gains de productivité, cela ne saurait être une plus juste répartition des richesses, et ne peut donc être effectivement qu’une fusion cynique des aides sociales.


Cette fusion d’aides sociales rejoint le revenu universel historiquement défendu par les libéraux, ce rêve ultime de se débarrasser des aides sociales en les regroupant toutes en une seule allocation du même montant pour tous, faible. En l’occurrence il n’est pas universel puisqu’il sera conditionnel mais l’idée est la même : un revenu n’apportant finalement pas d’émancipation, de rapport de force, proposant juste de simplifier le calcul des allocations et d’empêcher les classes populaires de se plaindre quand elles ont des emplois précaires et mal payés.


La reprise du terme de revenu universel est malgré tout notable. C’est la preuve que nos idées avancent dans la société, qu’elles s’imposent comme des références pour la lutte contre la pauvreté et face aux transitions importantes que nous connaissons. Aujourd’hui la question n’est donc plus de savoir s’il y aura un revenu universel mais de savoir lequel. C’est autant de raisons supplémentaires pour nous de continuer à nous mobiliser pour dénoncer cette mascarade qu’est le revenu universel d’activité et pour proposer une véritable alternative sociale avec un revenu universel d'existence qui inversera le rapport de force entre les patrons et les salariés, éradiquera la pauvreté et offrira enfin une émancipation vis-à-vis du monde du travail !


Tristan Peglion


LA PAUVRETÉ EN FRANCE

  • 5 millions de personnes gagnent moins de 50 % du revenu médian et 8,8 millions moins de 60 %.

  • Seuil de pauvreté mensuel pour une personne seule : 855 € (seuil à 50 %) ou 1026 € (seuil à 60 %).

  • 6,4 années d'espérance de vie en moins entre les cadres et les ouvriers en 2013

  • En 2016, 24,1 % déclaraient ne pas pouvoir se payer une semaine de vacances par an

  • 1,83 millions de bénéficiaires du RSA et 36 % de non-recours au RSA-socle

  • Un tiers des familles monoparentales en situation de pauvreté