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Le SNU ou le mépris de la jeunesse


Le mercredi 27 juin, le gouvernement a annoncé en conseil des ministres son projet de Service National Universel (SNU). Celui-ci sera structuré en deux phases, plus une période optionnelle. Lors de la première phase, les plus de 800.000 jeunes de 16 ans mobilisés de force seront répartis à travers la France pour que leur soit inculqué un « sentiment d’appartenance nationale », puis lors de la seconde phase, ils seront investis dans un projet sans pouvoir le choisir. Ces deux phases seront pour moitié réalisées durant les vacances des lycéens. La période optionnelle, elle, durera au moins trois mois et sa rémunération ne sera pas obligatoire.


Si l’idée de ce projet digne du siècle dernier n’avait pas figuré dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron, il y aurait de quoi croire à la blague ou à une « fake news ». Mais ce projet de loi anachronique est bien réel et exprime tout le mépris avec lequel Emmanuel Macron considère la jeunesse.


Une jeunesse qui selon lui n’aurait aucun sentiment d’appartenir à une collectivité, alors qu’on a vu fleurir toute l’année des assemblées générales de plusieurs milliers d’étudiants et lycéens organisées partout en France contre la loi ORE. Une jeunesse qui serait déconnectée du monde, sans valeur, au sein de laquelle il s’agirait de reconstruire une cohésion. C’est d’ailleurs l’un des objectifs affichés de la réforme : reconstruire de la cohésion sociale dans le pays.

Malheureusement pour les fantasmes du président de la République qui part chasser l’électeur de droite radicale, la cohésion sociale ne se fait pas en un mois confiné dans une caserne. La cohésion sociale qui soude un peuple, elle s’affirme dans le quotidien à travers une mixité sociale réelle et des objectifs politiques rassembleurs et porteurs d’intérêt général.

Si la cohésion sociale était si chère à Emmanuel Macron, plutôt que de dépenser 1,7 milliards d’euro d’investissement initial et 1,5 milliards de frais de fonctionnement annuel pour le SNU, il financerait un service public de qualité et une politique d’aménagement du territoire ambitieuse pour désenclaver les territoires oubliés de la République.


Mais lorsque le président évoque la cohésion sociale il pense à l’ordre, il pense à la discipline des casernes et aux claquements de bottes, il ne pense aucunement au lien qui fait de nous un collectif cheminant dans une direction commune. Alors que les coupes sombres dans les budgets sociaux se multiplient et que le président de la République exprime un mépris de classe obscène envers les plus démunis, invoquer la cohésion sociale comme un objectif du gouvernement est d’un cynisme révoltant.


Ce projet s’offre ensuite comme but d’amener les jeunes à plus d’engagement dans la vie collective afin de « faire nation ». On remarquera cet attachement marqué au terme de « nation » qui devient inquiétant chez un président qui glisse à toute allure vers les thèmes de la droite la plus dure. Nous affirmons que l’engagement de la jeunesse ne saurait être forcé ! Les jeunes s’engagent de par leur libre volonté. La jeunesse est d’ailleurs bien plus engagée que la République en marche veut bien l’avouer. Malheureusement pour eux elle n’est pas engagée à leur côté mais dans des associations humanitaires, des syndicats, des partis politiques de gauches. Son engagement, la jeunesse l’exprimera dans sa mobilisation, dans une lutte pied à pied contre ce projet infantilisant de service national. « Faire nation » n’est pas le projet de la jeunesse, la jeunesse veut faire Peuple.


Mais un peuple, cela se contrôle, d’après l’exécutif ! Ce projet de loi prévoit en effet de priver les jeunes d’une partie de leurs vacances et de les réquisitionner, ce qui nécessitera un changement dans la constitution. Il n’y a pas dans la loi fondamentale de moyen de contraindre un mineur à participer à un service national ne relevant ni de la scolarité ni du domaine militaire. C’est donc une atteinte brutale aux droits de la jeunesse qui est engagée ! Pire, c’est une brèche dans laquelle d’autres dérives pourraient s’engouffrer. Une fois la constitution modifiée, le parlement sera libre d’augmenter la durée de réquisition à loisir, de ne concentrer ce service national que sur du militaire, qui y prend déjà aujourd’hui la part belle.

En bref qu’est-ce que le SNU ? Un mépris. Un mépris générationnel, un mépris à l’intelligence des Français que l’on veut berner en recourant à un argument fallacieux vantant la cohésion sociale, et un mépris des droits fondamentaux des jeunes. Mais la jeunesse saura se faire entendre, et le mépris du pouvoir se paiera dans les urnes et dans la rue.

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