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Les Kurdes laissés à leur sort au Moyen-Orient

Le 9 octobre dernier, la Turquie lançait l’opération “Source de paix” vers le nord-est de la Syrie. C’est en réalité une invasion en bonne et due forme de régions auparavant contrôlées par les Kurdes. Le président turc Erdogan tire profit du retrait des troupes américaines, annoncé par Donald Trump au début du mois d’octobre. Nous avons rencontré Fehmi Kaplan, co-coordinateur du centre démocratique kurde de Rennes, alors que le retrait kurde du nord-est syrien vient de s’achever.


Des combattantes kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). Delil Souleiman, AFP (archives)

La lutte contre la trahison de l’Occident


La confusion règne depuis l’annonce du retrait des troupes américaines, qui s’inscrit dans une stratégie de désengagement de la part du président des États-Unis. Pourtant, comme le rappelle Fehmi Kaplan, les Kurdes sont des allié.e.s de longue date de l’Occident. “Quand on regarde la guerre du Golfe et les Américains et l’Occident, il y a eu beaucoup de mort.e.s tandis que là la coalition, dont la France et les Amériques font d’ailleurs partie, n’ont pas eu de pertes humaines ou quasiment nulles. C’était plus de la logistique de bombardements, des raids aériens ou des reconnaissance. Le corps-à-corps, ça a été les combattant.e.s kurdes et non kurdes d’ailleurs, les Arabes, les Turc.que.s qui se trouvaient dans la région. Nous, d’après les chiffres, depuis 2014, il y a eu 11000 combattants et combattantes tué.e.s dans ce combat contre Daech.”


La décision de Trump est donc d’autant plus incompréhensible qu’elle menace la sécurité des pays occidentaux eux-mêmes. Selon Fehmi Kaplan, “13 000 personnes sont détenues dans les camps surveillés par les Kurdes. 900 à 1000 membres de Daech, des femmes, des enfants, pourraient se retrouver en Europe dans quelques mois. Daech a été dispersé mais des cellules peuvent se reconstituer à tout moment, peut-être pas sous le même nom.”


Un “laboratoire démocratique”


A Rennes ou en Syrie, les Kurdes ont réussi à développer un “fonctionnement en commissions”. Fehmi Kaplan emploie les termes de “démocratie participative”, de “co-présidence” et de “gestion par la population, notamment à Kobané, où il y a une co-présidence avec un Kurde et une Arabe, selon la représentation démographique.” Sous forme d’élections cette fois, le système s’appliquait aussi au Rojava ou Kurdistan syrien, proclamé en 2013. “L’avantage de ce système est qu’il est contrôlé à tout moment. Toutes les composantes de la population sont concernées. Elle vote pour certaines personnes qui sont censées subvenir à ces besoins-là. Si une commission est par exemple censée gérer tout ce qui est linguistique, si ça ne va pas, ses membres demandent à être réuni.e.s, justement pour débattre de ce qui a été fait, de ce qui n’a pas été fait et de ce qui doit être fait.” Il ajoute : “Il y a tellement de dialectes, de cultures, de cultes différents qu’il n’y avait que cette façon-là de s’y retrouver et ça marchait bien.”


L’écroulement moral de l’Europe


“Il y a deux à trois millions de Kurdes en Syrie, vingt millions de Kurdes en Turquie. Erdogan voit dans cette expérience participative un électorat qui peut se défaire de lui, dans le sud-est de la Turquie. Il n’y a pas que ça. Quand il s’agit des Kurdes en Turquie, quelles que soient les idées politiques, ils sont contre. On a vu Erdogan et d’autres partis politiques se chamailler pour les élections, mais quand il s’est agi d’envahir le Rojava, ces partis ont voté pour que Erdogan entreprenne cette invasion.”


Pour sortir de l’impasse et de l’hypocrisie, Génération·s exhorte l’Europe à prendre l’initiative de la création d’une zone de protection au nord de la Syrie, sous l’égide de l’ONU. Contre les pouvoirs autoritaires, Fehmi Kaplan réclame plus de vigilance de la part des instances internationales qui sont restées bien silencieuses depuis le début de la crise et n’ont pas su apporter de solutions à la guerre en Syrie. “Tous les droits ont été bafoués, il y a eu des génocides, des crimes de guerre. On rappelle à l’ordre un pays qui fait partie de l’OTAN mais qui en bafoue les règles.”


L’heure est venue d’aider les Kurdes qui sont parmi nos plus proches alliés dans la région. “L’Europe, et en particulier la France, doit pas mal de choses aux combattants et combattantes kurdes. La plupart des attentats commis entre 2015 et 2017 l’ont été par des personnes qui se sont entraînées en Syrie et qui sont passées par la Turquie qui était une passoire et une base arrière pour Daech. On fait partie de la coalition, on n’a pas le droit de nous laisser comme ça, plus ou moins lâchement face à un dictateur qui veut détruire une forme d’autonomie autre qui a le nom de Kurde.”