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Les oublié.e.s, qui sont celles et ceux en première ligne ?





Ce sont eux les héro.ïne.s de cette crise du coronavirus, ils et elles ont été en première ligne, ils/elles sont personnels soignants, caissier.es, agent.e.s de propreté, livreur.euses.s… Alors que la plupart des français étaient confiné.e.s, ils et elles ont continué de travailler durant le confinement pour maintenir les services essentiels à notre nation. Ils/elles ont mis leur santé et celle de leurs proches en danger pour nous. 


En première ligne, les femmes d’abord


Dans le cadre de cette épidémie, nous avons constaté une fois de plus que les  classes populaires et les classes moyennes sont les premières à subir les crises. Du fait de leurs activités professionnelles ce sont elles qui se sont retrouvés les plus exposées au coronavirus.  Grâce à une enquête conduite par le Cevipof, nous apprenons que les cadres supérieurs ne sont que 10 % à travailler hors de leur domicile, quand ce sont 36 % des professions intermédiaires, 24 % des employé.e.s, 35 % des ouvrier.e.s et 42% des travailleur.euse.s indépendant.e.s (commerçant.e.s, taxi, livreur.euse.s…)  qui doivent quitter leurs habitations pour accomplir leurs tâches professionnelles.


Parmi ces travailleur.euse.s ayant continué leurs activités, ce sont les femmes qui ont été les plus exposées. En effet, elles exercent beaucoup de métiers essentiels au bon fonctionnement de la nation et se sont donc retrouvées davantage exposées que les hommes au coronavirus.  Les femmes représentent 78% du personnel de la fonction publique hospitalière, et le ratio grimpe à 90% pour les infirmières et aides-soignantes. Les femmes représentent également 97% du des aides-soignantes à domicile. Même constat du côté des personnels en caisse des magasins où les femmes représentent 90% du personnel. Selon France Inter, 135 000 caissier.es seraient en première ligne. Moins visibles que les agent.e.s de caisse et le personnel soignant, on peut également citer les agent.e.s d’entretien, les femmes représentant 7 personnes sur 10 au sein de la profession selon l’INSEE.


Si les femmes sont en première ligne du fait de leurs professions, les prises de décisions restent quant à elles très masculines, que ce soit dans le monde politique ou scientifique. Le chef de l'Etat, le Premier ministre, le ministre de la Santé et son directeur général sont tous des hommes. Le premier conseil scientifique installé pour les épauler est lui composé de neuf hommes pour deux femmes. Les femmes qui sont pourtant au cœur de cette crise ne sont pas conviées aux décisions. On constate une fois de plus qu’elles sont éloignées de la prise de décision.


Un manque de protections des salarié.e.s


Cette épidémie a souligné l’impréparation du gouvernement qui a été incapable de fournir du matériel ( masques, blouses, gels) aux travailleur.euse.s du pays. 


En premier lieu, le personnel soignant a dû faire face à un manque de masques, de blouses et de matériel. Une infirmière de Brest, venue prêter main forte aux hôpitaux parisiens témoigne : “Dans le service, il n’y a qu’un seul thermomètre, un seul tensiomètre, un seul ordinateur ! C’est fou ! Avec si peu de matériel, on avance très lentement. Les masques sont rationnés, distribués au compte-gouttes. On nous demande de mettre des masques chirurgicaux alors qu’il nous faudrait des FFP2. On commence à être en rupture de surblouses”.

“Je travaille pour l’hôpital public, donc j’irai toujours mais on a le sentiment d’aller au front, d’être un peu l’infanterie - et l'infanterie, on s’en fiche toujours un peu...” confie à l’AFP une infirmière d’un hôpital de Lyon. 

C’est avant tout la dévotion du personnel hospitalier qui a permis au pays de faire face à cette crise. 


Pour répondre au manque de matériel, les salarié.e.s ont dû s’auto-organiser afin de trouver des solutions. Lucie, caissière, témoigne : “J’ai été obligée de confectionner des protections moi-même en carton”. Une collègue de son équipe a elle-même confectionner des masques pour pouvoir fournir l’ensemble des salarié.e.s.  De nombreux salarié.e.s en veulent au gouvernement pour son impréparation, comme Joana, hôtesse de caisse depuis 15 ans dans le même supermarché : “Pour le gouvernement, je ne dis pas merci car ils savaient ce qui allait arriver et ils n'ont pas pris les devants. Et surtout, ils disent tout et son contraire : “Restez à la maison, mais n'oubliez pas d'aller travailler””.

Dans les commerces alimentaires, de nombreux biens non-essentiels ont continué d’être vendus, une des solutions pour diminuer leurs activités aurait été d’établir une liste de produits indispensables qui doivent continuer d’être vendus. Cela aurait permis de mobiliser moins de salarié.e.s et de mieux les protéger.


Marc* est livreur chez Deliveroo : “Je n’ai pas d’autre choix que de continuer mes livraisons. On se met en danger, j'ai trois petites filles à la maison. Ma femme ne veut pas que je sorte mais financièrement on ne peut faire autrement”


Les mesures de protection sanitaire mises en place par les plateformes sont jugées “parfaitement hypocrites” par Slimane* livreur à Nice. Ce dernier juge que les consignes visent avant tout à protéger les clients et non les livreurs. “Lorsqu'on va chez un client, on touche les interphones, les boutons d'ascenseurs, les portes. Tous ces espaces peuvent être contaminés ou je peux moi-même les contaminer si je suis malade”, souligne le trentenaire. “Quand je peux, je demande alors aux clients de descendre. Lui, il peut très bien se laver les mains en rentrant, pas moi”.


On peut s’interroger sur le maintien de certaines professions, comme les livreurs des plateformes, telle que Deliveroo. En effet, livrer des repas n’est pas une activité essentielle pour la nation. Ces activités font prendre des risques aux salarié.e.s, aux restaurateur.rice.s ainsi qu’aux client.e.s. En réalité, ces travailleur.euse.s sont dans l’obligation de continuer leurs activités du fait de l’absence de protection sociale leur permettant de stopper leur activité durant le confinement.

Face à la pénurie de matériel et pour se protéger, de nombreux salarié.e.s ont donc décidé d’utiliser leur droit de retrait. Comme par exemple Alain*, qui travaille dans une entreprise de cartonnerie, où aucun masque n’était à disposition des employé.e.s. Il a tenté d’utiliser son droit de retrait, cependant, il se l’est vu refuser par son employeur car, selon ce dernier, ce droit de retrait était “abusif”, son absence “injustifiée” engendreraient une suspension de sa rémunération. Ce sera donc à la justice de trancher. On voit donc ici que des salarié.e.s ont dû choisir entre leur santé et leur rémunération.

Propositions pour l’après crise

Cette crise souligne une fois de plus que dans notre société, ce ne sont pas les métiers essentiels qui sont les mieux rémunérés. Il est urgent de revaloriser les salaires de l’ensemble des travailleur.euse.s en  revalorisant le smic net actuel à hauteur de 1500 euros.

La pandémie de coronavirus met également en lumière les angles morts de notre système social concernant les travailleur.euse.s indépendant.e.s qui pour beaucoup se retrouvent dans une situation extrêmement délicate du fait de la baisse importante d’activité. Pour eux, pas de chômage partiel et les minima sociaux ne permettent pas de vivre dignement. Un revenu minimum garanti comme le Revenu Universel d’Existence assurerait à chaque citoyen un minimum vital leur permettant de faire face à ce genre de situation à l’avenir tout en leur garantissant un niveau de vie digne et toute la sécurité nécessaire..

Il est également urgent de  mettre en place une grande loi de lutte contre l’ ubérisation et la précarisation du marché du travail.

Concernant la santé  il est fondamental de changer de philosophie : la santé n’est pas un coût. Depuis des dizaines années des économies sont réalisées dans l’hôpital public et les établissements de santé en général. La réduction du nombre de personnels soignants, les économies sur le matériel médical, les fermetures de lits ont conduits aux difficultés que les soignants ont subi durant cette crise. Il est urgent de mettre en place un grand plan d’investissement dans notre système de santé.


Julien Layan


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