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Liberté de la presse, thermomètre de la démocratie

À l’échelle du monde, seul 24% des pays affichent une « bonne » situation concernant la liberté de la presse. Si cette liberté est un pilier de nos démocraties, que signifie cette fragilité sur nos systèmes politiques ?


La situation est très préoccupante aujourd’hui. On observe un recul général de la liberté de la presse dans le monde. Même si nous ne sommes pas surpris par certains pays connus pour être des dictatures où la liberté de la presse est inexistante (Turkménistan, Corée du Nord), d’autres en pays en développement contrôlent la presse en se cachant derrière une image de croissance économique, et d’ouverture sur le monde. Comme si le système capitaliste ne pouvait laisser parler ses journalistes.


Sur le continent américain la situation est de plus en plus inquiétante. En Amérique du sud, la monté du populisme et de l’extrême-droite au pouvoir n’a pas arrangé les choses. Le plus marquant est la violence, non dissimulée, envers les journalistes. On relève de nombreux meurtres, notamment au Mexique.


Le discours porté par Donald Trump aux Etats-Unies est dangereux pour la liberté de la presse, mais aussi pour la démocratie. En juin 2018, un homme a ouvert le feu sur la rédaction du journal Capital Gazette, dans le Maryland, tuant quatre journalistes et un autre employé. Depuis ce drame, Donald Trump a continué de fustiger la presse comme étant « l’ennemie du peuple américain », accusant les journalistes de propager de fausses informations lorsqu’elles sont critiques à son égard. Preuve d’un environnement d’une hostilité sans précédent, des rédactions ainsi que certains professionnels de l’information ont dû mettre en place des mesures de sécurité accrues. Au moins un correspondant de la Maison-Blanche a été contraint d’engager des agents de sécurité privés après avoir été la cible de menaces de mort. L’administration Trump a tenté, à plusieurs reprises, de restreindre l’accès de journalistes à des événements d’intérêt public. Elle a par ailleurs laissé passer des délais records entre deux conférences de presse, et a privé le reporter de CNN Jim Accosta de son accréditation à la Maison-Blanche (avant que celle-ci ne lui soit restituée sur décision de justice).


L’Europe était présenté comme l’eldorado des journalistes et par conséquent de la liberté de la presse. Mais ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, bien que le continent Européen reste le plus sûr du monde. En 2019, il y a eu 3 meurtres de journalistes en 18 mois sur le sol européen. Les discours anti-journaliste pullulent, et cette parole libérée, notamment des leader politiques, entraîne des violences.


La République Tchèque est l’exemple même du recul de la liberté de la presse en Europe. La vidéo du président tchèque brandissant un fusil kalachnikov factice portant la mention « Pour les journalistes » en pleine conférence de presse en octobre 2017 restera sans doute dans les annales comme l’une des plus emblématiques manifestations de haine contre cette profession.


Un caméraman a été violemment agressé par un membre de l’équipe du QG de campagne le soir même de la réélection de Miloš Zeman. Lors de son discours d’investiture en mars 2018, il s’en est violemment pris aux médias, et notamment à la télévision publique tchèque, l’accusant de « manipuler l’opinion publique ». Des manifestations en soutien aux médias publics ont suivi ces déclarations inédites pour un chef d’Etat.


Et la France dans tout ça ?


Seulement 32/180, la France pays des lumières et de droits de l’Homme ne figure pas parmi les exemples à suivre. Ces dernières années le nombre des attaques et des pressions contre les médias d’information et contre les journalistes croître dangereusement. Insultés, menacés, agressés, voire blessés par des manifestants ou par les balles de défense des forces de l’ordre, des journalistes ont été confrontés pendant le mouvement des Gilets jaunes en novembre 2018 à un niveau de violence inédit en France.


Mécontents de la couverture du mouvement, certains groupes de Gilets jaunes ont cherché à bloquer des imprimeries pour empêcher la distribution de médias. Adoptée en juin 2018, la loi sur le secret des affaires a prévu une exception journalistique et heureusement (à la suite de nombreuses négociations). Néanmoins, dans l’enquête des «Implants files», des journalistes se sont vus refuser l’accès à des documents. Le groupe Bolloré a multiplié les procédures judiciaires abusives, dites « procédures bâillons » - quitte à les abandonner en cours de route - et en a fait une mesure de rétorsion automatique contre les journalistes d’investigation dès lors qu’étaient évoquées publiquement certaines de ses activités.


Si la critique des médias est toujours légitime, elle a parfois été supplantée par la mise en cause haineuse du travail des médias d’information (media-bashing) de la part de personnalités politiques. En France aussi, les journalistes n’échappent pas au harcèlement en ligne et deviennent une cible privilégiée des trolls en tout genre dissimulés derrière leurs écrans et leurs pseudos.


Pour lutter contre la désinformation massive et délibérée en période électorale, le gouvernement a fait voter une loi sur les « manipulations de l’information ». Certains mécanismes comme le référé judiciaire ont été largement critiqués car extrêmement difficiles à mettre en pratique, et le cas échéant contre-productifs.


Ce dernier point résume bien la situation actuelle aujourd’hui. Des pays qui se disent « progressistes » comme la France ou les Etats-Unis utilisent les nouvelles menaces technologiques comme moyen de réduire la liberté de la presse. De plus, les journalistes d’investigations sont de plus en plus visés dans le monde et notamment en France et Europe. En effet, ils dérangent beaucoup les grands groupes et le patronat en général.


Nous devons tous veiller à ce que les journalistes puissent toujours s’exprimer. La liberté de la presse est plus qu’un pilier de la démocratie, c’est une condition sine qua non. Là où la liberté de la presse recule, la démocratie recule.


Paul Bondot


LE FLOP - Le Turkménistan : 180/180


Le Turkménistan chute de deux places et se retrouve derrière la Corée du Nord, jusque-là dernier du classement. En effet, au Turkménistan l’ensemble des médias est contrôlé par l’État et les rares internautes n’ont accès qu’à une version ultra-censurée du Web. Mais cela ne suffit pas au président Gourbangouly Berdymoukhamedov, alias « Père protecteur » : la répression contre les derniers correspondants clandestins de médias en exil ne cesse de s’intensifier. Ces dernières années, plusieurs d’entre eux ont été arrêtés, torturés, agressés ou contraints de mettre un terme à leurs activités. Sous prétexte « d’embellir les villes », les autorités relancent régulièrement leur campagne d’éradication des antennes paraboliques, privant la population de l’un des derniers accès à une information non contrôlée. La nouvelle loi sur l’audiovisuel autorise théoriquement les chaînes privées… à condition qu’elles promeuvent elles aussi une « image positive du Turkménistan ».


LE TOP - La Norvège : 1/180


Aujourd’hui, les médias du pays sont libres, et les journalistes ne subissent ni censure ni pressions politiques. Mais comme tous les pays Européens, la liberté de la presse se restreint de jour en jour. Jugé trop peu dynamique au regard de l’évolution rapide du paysage médiatique, le Media Ownership Act, loi anti-concentration adoptée en 1997 qui interdisait aux grands groupes de presse de posséder plus de 40 % des capitaux de chaque chaîne de télévision, radio ou journal, a été aboli en 2016 au profit d’un texte sur la transparence de la propriété des médias, moins restrictif en matière de concentration et régi par la loi sur la concurrence. L’autorité norvégienne des médias et l’autorité de la concurrence doivent travailler de concert afin de s’assurer de la diversité du paysage médiatique norvégien. Le nouveau gouvernement de coalition, dirigé par les conservateurs, a réduit les subventions globales à la presse lorsqu’il a présenté son nouveau budget en octobre 2017 : un manque à gagner crucial pour les journaux à faible tirage ou les titres régionaux dans un environnement de plus en plus concurrentiel. L’Institut national norvégien pour les droits de l’homme a critiqué le nouveau code de procédure pénale du gouvernement, estimant qu’au lieu de renforcer la protection des sources, il ne précisait pas assez clairement dans quelles conditions la police pouvait porter atteinte au secret des sources.