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Lutter contre la désertification médicale en milieu urbain : rencontre avec Sandrine Runel


Les déserts médicaux semblent se développer en France, même au sein des zones urbaines. C’est dans cette optique que nous sommes allé·e·s rencontrer Sandrine Runel, élue du 8e arrondissement de Lyon où elle est adjointe en charge des questions de santé, pour en apprendre plus sur la lutte contre la désertification médicale.


La désertification médicale, qu’est ce que c’est ?


La désertification médicale est un phénomène que la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) quantifie depuis des années. C’est notamment en se basant sur ces analyses que Xavier Molénat explique que même si l’impact reste pour l’heure “limité” le départ à la retraite d’une part de généraliste de plus de 60 ans est importante dans les zones en sous-densité. La lutte contre la désertification médicale s’annonce donc comme un enjeu important des années à venir.


La notion de désert médical est une notion qui revient assez souvent sur la scène médiatique. Dans leur article « « Désert médicaux » en France : état des lieux et perspective de recherches », Guillaume Chevillard, Véronique Lucas-Gabrielli et Julien Mousques définissent le désert médical comme « un espace sans médecin ou manquant de médecin » lorsqu’il est « appliqué aux questions d’accessibilité aux soins et aux médecins généralistes en particulier ». De plus, elle·ils rappellent que « l’utilisation du terme « désert » semble miser sur le pouvoir communicant de ce concept géographique fort qui renvoie initialement à un espace hostile et inhabité ». Dans l’imaginaire collectif le phénomène de désertification médicale se retrouve quasiment exclusivement dans les zones rurales. Cependant ce phénomène peut-il aussi toucher des zones urbaines ? Pour en savoir plus sur la question nous avons rencontré Sandrine Runel.


Sandrine Runel est conseillère métropolitaine de Lyon et présidente du groupe « socialistes et apparentés » à la métropole. Elle est membre de la commission « Urbanisme, habitat, logement et politique de la ville » et présidente de la commission « Développement solidaire et action sociale ». C’est aussi une élue du 8e arrondissement de Lyon où elle est adjointe en charge des questions de santé. Enfin Sandrine Runel est la tête de la liste d’union de la Gauche dans le 8e arrondissement et la candidate de la Gauche Unie à la mairie de Lyon (liste fusionnée avec la liste "Maintenant Lyon au second tour des élections municipales et métropolitaines).




Des déserts médicaux en territoire urbain ?


Sandrine Runel défend l’idée que les espaces urbains n’échappent pas forcément à la désertification médicale. Ce phénomène se manifeste surtout dans les arrondissements populaires. Il faut savoir que l’absence de médecins traitants entraîne une exclusion du processus de parcours du soin coordonné. Or c’est ce processus qui conditionne le taux de remboursement de l’Assurance maladie. La Drees dans son rapport de mai 2017 précisé que 8 % de la population vivait dans une commune en sous-densité de médecins généralistes. C’est-à-dire que 8 % de la population ne se voit pas correctement remboursée, ce qui peut avoir comme conséquence l’évitement d’un suivi médical pour raison financière par les populations populaires.


Lutter contre les déserts médicaux dans les quartiers populaires


Pour réduire cet impact sur les quartiers populaires, Sandrine Runel prône la mise en place d’un travail, à effectuer en lien avec l’ARS (Agence Régionale de Santé), autour d’ouvertures de Maison de santé pluridisciplinaire. Le 8e arrondissement a d’ailleurs vu l’ouverture de deux maisons médicales au sein du quartier « États-Unis » et une troisième est en projet dans le quartier « Mermoz ».


De son point de vue, la mise en place de maison de santé pluridisciplinaire doit se faire autour d’un·e médecin qui met en place un projet de santé global pour la maison médicale, un médecin conventionné·e secteur 1 le plus souvent, afin d’éviter les frais supplémentaires lors des consultations. Autour des cabinets des médecins généralistes se regroupent un cabinet d’infirmier·ière·s, un·e orthophoniste et d’autres spécialistes avec comme objectif de réunir en un seul lieu à la fois la fonction de diagnostique et celle de soin. La mise en place d’une maison médicale permet aussi de lutter contre le non-remplacement des médecins qui partent à la retraite qui est l’une des causes de la désertification médicale. Le placement en rez-de-chaussée de logement sociaux permet d’offrir à la fois un service à proximité des habitant·e·s tout en conjuguant des loyers de salles très attrayants pour les praticien·ne·s. Cette implantation au sein des quartiers populaires est un moyen de lutter efficacement contre la pénurie de médecin. Elle peut être facilitée par une politique favorable de la métropole qui peut appuyer la création d’une maison médicale par la mise en place d’aide financière et la mise à disposition de locaux réhabilités sur du bâti déjà existant.


Une variété de dispositifs


Il faut également savoir que les pôles de santé et des maisons de santé pluriprofessionnelles se sont beaucoup développés. Leur conception prend de plus en plus en compte les besoins en offre de soins des patients et les aspirations des professionnel·le·s de santé libéraux, avec pour objectif la création d’un environnement le plus adapté possible. Les objectifs de ces cadres d’exercice et à la fois d’améliorer la prise en charge des patients, l’attractivité des zones sous-denses tout en participant au maintien des services publics de santé de proximité.

Il est également possible d’envisager la création de communautés professionnelles territoriales de santé. Elles visent à fournir aux professionnel·le·s un panel d’aides et de services pour « trouver des hospitalisations et des rendez-vous », via notamment un·e assistant·e sociale et un accompagnement pour l’utilisation de la téléconsultation. Du point de vue des patients l’idée est de faciliter l’accès aux professionnel·le·s de santé qui leur sont nécessaires, d’obtenir plus facilement et rapidement un médecin traitant, d’être accompagné lors d’une hospitalisation par des infirmier·ière·s de la communauté qui permettront une meilleure coordination entre le médecin traitant et l’équipe hospitalière. Il s’agit donc d’allier à la fois la prévention et la pédagogie dans le cadre de la santé.


Un impact bien réel


Cette politique a l’avantage d’avoir un réel impact. Elle permet aux habitant·e·s des quartiers populaires d’avoir un médecin traitant et donc un vrai suivi de leur traitement. Le fait de réunir plusieurs généralistes sur un même lieu offre aussi plus facilement des solutions de remplacement lorsque le médecin traitant est indisponible, ce qui rend possible une approche plus sereine des soins par les habitant·e·s.

La création d’une maison médicale est donc une solution de lutte contre la désertification médicale. Elle permet de réunir dans un espace très proche une grande diversité de praticien·ne·s et donc d’offrir aux habitant·e·s un panel d’accès aux soins importants, se trouvant donc « au carrefour des besoins des professionnel·le·s de santé, de la population et des pouvoirs publics ». La communauté professionnelle de santé quant à elle permet une meilleure coordination entre les professionnel·le·s qui prendront successivement en charge le patient, du cabinet à la pharmacie. La désertification médicale n’est donc pas une fatalité et avec la volonté des pouvoirs publics il est tout à fait possible de faire remonter la densité médicale d’un territoire, qu’il soit rural ou urbain.


Constantin Bacher


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