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Pandémie du Covid19 : de la crise migratoire à la crise humanitaire

Mis à jour : août 18

Depuis le début de l’année, au moins 179 migrant.e.s sont morts dans la Méditerranée. La pandémie mondiale du Covid19 réduit mais n’arrête pas les voyages à risque de centaines de personnes vers l’Europe. La crise sanitaire actuelle pourrait conduire à une crise humanitaire.

Des migrant.e.s sont sauvés des eaux méditerranéennes. (Photo Anne CHAON, AFP)


Les pays européens de la façade méditerranéenne représentent autant de portes d’entrée vers l’Union Européenne. L’Italie reste un accès majeur pour les demandeurs.euses d’asile. Pourtant, ces dernières années, avec le renforcement des répressions sur les passeurs en Libye et notamment par des missions européennes et la politique anti-immigration du gouvernement italien, les traversées ont considérablement baissé. L’arrivée de migrant.e.s en Italie a chuté en 2019 de près de 50% par rapport à 2018. Cette baisse se précise également pour les jeunes mineurs isolés avec près de mille arrivées en moins. Pour autant, cette année l’immigration repart. Près de 4 069 personnes ont atteint l’Italie jusqu'à présent contre 842 à la même époque l’année dernière.




L’impossible arrêt des conflits



Cette situation s’explique notamment par une intensification des conflits en Libye et ce, malgré une pandémie mondiale. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU avait appelé en mars dernier à cesser les conflits dans cette période sanitaire à risque. « La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie. C’est la raison pour laquelle j’appelle aujourd’hui à un cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde ». Son appel n’a pourtant pas été assez écouté. Les conflits ont pu se réduire mais ne se sont pas arrêtés pour autant.




En proie à une guerre civile depuis six ans, deux gouvernements se déchirent le pouvoir en Libye au détriment des populations meurtries ou contraintes à fuir vers l’Europe. Fin avril, le Maréchal Haftar s’est auto-proclamé dans un discours à la télévision comme l’unique dirigeant. Cette prise de pouvoir a de nouveau créé de vives tensions. Suite à cet évènement, de nouveaux migrant.e.s ont fui et emprunté des locomotions de fortunes. Le week-end de Pâques a particulièrement été inquiétant avec quatre bateaux repérés au large de Malte dont un aurait fait naufrage après avoir disparu des radars, sans que les autorités ne réagissent, créant l’indignation des ONG. Début mai, 78 personnes ont été secourues par un bateau commercial, peu après Malte annonce que 120 personnes ont été secourues. Ces sauvetages n'apaisent pas les tensions entre les pays méditerranéens puisque aucun d’entre eux ne souhaitent faire accoster les bateaux. Avec la crise sanitaire, les ports se ferment.




L’accès se resserre



Avec la crise sanitaire du Covid-19, l’Union Européenne a fermé ses frontières extérieures depuis le 17 mars et ce initialement prévu jusqu’au 15 mai. Cette fermeture joue un rôle sur le sauvetage dans les eaux méditerranéennes. Début avril, l’Italie et Malte ont choisi de fermer leurs ports. Le gouvernement maltais se justifie en expliquant qu’«il n’est actuellement pas possible d’assurer la disponibilité d’une zone sûre sur le territoire maltais sans mettre en danger l’efficacité des structures nationales de santé et de logistique». Il incite même les demandeurs.euses d’asile à ne pas chercher à prendre le large. «Il est de leur intérêt et de leur responsabilité de ne pas se mettre en danger en tentant un voyage risqué vers un pays qui n’est pas en mesure de leur offrir un abri sûr». Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme regrette ce choix. Il estime que « les opérations doivent être maintenues, mais le débarquement des migrants dans un port sûr, tout en veillant à ce qu’elles soient compatibles avec des mesures de santé publique ».




Autre préoccupation, l’immobilisation de navires qui venaient en aide aux migrants. Il n’y aurait à l’heure actuelle plus aucun bateau de sauvetage et de recherche disponible dans les eaux de la Méditerranée centrale. Cette situation grave arrive après la saisie des navires Alan Kurdi et Aita Mari en Italie. La justification des autorités italiennes porte sur des défauts techniques des navires. Les ONG s’alarment face à ces restrictions mais elle ne sont pas les seules. Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme s’inquiète « des règlements et des mesures administratives utilisés pour entraver le travail des ONG humanitaires ». Après l’Italie, c’est Malte qui tenterait des actions de non-sauvetage en repoussant des bateaux de migrants vers la haute mer à l’aide de navires commerciaux. Le conseil de l’UE a adopté le 31 mars la réalisation de l’opération IRINI. Signifiant « paix » en grec, cette nouvelle mesure européenne a pour but de faire respecter l’embargo sur les armes à la Libye. De même, cette nouvelle opération développera la formation des gardes-côtes libyens au démantèlement des réseaux de trafic de migrants.




L’impossible sécurité d’accueil



Les camps deviendront-ils de nouveaux cluster? Les gestes barrières qui sont demandés en temps de pandémie ne sont pas réalisables partout et notamment dans les camps où des milliers de personnes doivent partager les mêmes espaces, sans protection. La Grèce est considérée comme bonne élève sur la gestion de la crise du Covid-19 mais l’inquiétude se tourne désormais vers les centres d’accueil de migrant.e.s et de réfugié.e.s, nombreux sur le territoire. Début avril, le camp de Malakasa et celui de Ritsona à proximité d’Athènes ont été placés en quarantaine suite à la découverte de cas de Covid-19. Placés « en confinement sanitaire total », il était impossible de rentrer ou de sortir. Mais les regards se tournent avec inquiétude vers les cinq îles de la mer Égée à proximité de la Turquie où plus de 36 000 migrant.e.s s’entassent dans des espaces conçus pour 6 fois moins de personnes. L’île de Lesbos avec le camp de Moria est souvent pris en exemple par son surpeuplement mais désormais aussi par son risque de contamination. Il est désigné comme « une bombe sanitaire à retardement » selon les ONG. L’accès médical est restreint et les conditions sanitaires ne sont pas remplies. On décompte déjà 4 cas positifs de Covid-19 et un décès dû à la maladie. Tous les jours, c’est plus de 20 000 personnes qui se côtoient, sans pouvoir avoir accès aux gestes barrières.




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