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Nos conquêtes sociales : toute une histoire !

Jaurès et la défense des mineurs de Carmaux, 1936 et le Front populaire, les jours heureux, 1968 ou les 35 heures sont tant moments historiques et fondateurs de nos droits sociaux. Là où ils ont souvent été portés sous forme de mythes, ils ont tout aussi souvent été piétinées. Nos droits actuels furent les combats et les conquêtes d’hier. La coopérative revient pour vous sur presque 200 ans d’histoire sociale.



La France est connue pour être le pays des droits de l’Homme depuis la Révolution française de 1789. La France est aussi connue pour être le pays des révolutions car même si le grand public ne connaît que 1789, il y a eu au cours du XXe siècle de nombreuses révolutions dans l’hexagone. Des révolutions politiques : en 1830, les Trois Glorieuses et ce soulèvement parisien avec les fameuses barricades qui destituent Charles X décrites par Victor Hugodans Les Misérables,. Dix-huit ans plus tard, en 1848, c’est au tour de Louis-Philippe Ier d’être destitué par une autre révolution qui met un point final à la monarchie en France. Cette révolution amena l’avènement de la Deuxième République (1848 – 1852). Cependant la France connaît aussi au XIXe siècle la Révolution industrielle. Ce dernier point est indispensable pour comprendre l’histoire des conquêtes sociales.



“Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience” Jean Jaurès.



Les bouleversements issus de cette Révolution industrielle ne sont pas qu’économiques mais aussi sociaux. Il faut avoir à l’idée que les progrès de l’industrie et la création d’usines amène la création d’une nouvelle catégorie de la population : le prolétariat. 



Tous ces progrès s’accompagnent d’une grande précarisation du travail, une misère ouvrière qui se traduit par une insécurité de l’emploi ou du logement et de grandes difficultés pour les malades ou les plus vieux (même si l’espérance de vie des mineurs est de 37 ans au milieu du XIXe siècle). Ce sont des difficultés que l’écrivain engagé Emile Zola a parfaitement décrit dans son roman Germinal. La seconde moitié du siècle est marquée par les idées de Karl Marx, alors que les thèses marxistes se développent, le syndicalisme révolutionnaire et le socialisme impactent la classe ouvrière. 



En 1864, le droit de grève est instauré, cette date est d’une grande importance car elle permet aux travailleur.euse.s de montrer leur mécontentement contre le pouvoir politique. En 1874, on interdit le travail pour les enfants de moins de 13 ans. En 1882, une grande grève des ouvriers du textile à Roanne : 4 000 tisseurs en grève pendant 45 jours. Ce type d’événements va permettre la loi de 1884, sur le droit syndical. La fin du siècle est celle des grandes grèves: 1886, grève des mineurs de Decazeville qui conduit à la défenestration d’un ingénieur; 1891, un an jour pour jour après les événements de Chicago (grève des ouvriers américains demandant la journée de 8h réprimée dans le sang) dans le nord de la France des incidents éclatent à Fourmies. Les troupes décident de faire feu et c’est 9 morts que l’on décompte. 1892 c’est la grève la plus connue du sud-ouest de la France et qui a gravé durablement l’histoire, l’homme politique qui intervient en faveur des mineurs de Carmaux : Jean Jaurès. Le maire socialiste Jean-Baptiste Calvignac est licencié sans motif juste, ses camarades mineurs se mettent en grève et Jean Jaurès décide de les aider. Cette grève est un vrai succès.



Au début du XXe siècle, avant que la Grande Guerre ne commence, le pays va connaître de nombreuses avancées sociales. Dans la première décennie du siècle, on manifeste pour la journée de 8h de travail , on fait grève et la lutte ne fut une fois de plus pas vaine lorsque nous voyons qu’en 1910, la journée de travail passe à 10h. C’est aussi la période des premières retraites ouvrières même si fixée à 65 ans dans une époque où la moyenne d’âge n’est pas si haute. 



Pendant la Grande Guerre, les partis politiques mais aussi les syndicats décrètent l’Union Sacrée. C’est une période où l’ensemble du pays décide de s’unir pour sortir la Nation de cette situation catastrophique. Cependant au cours du conflit cette union finit par céder et vers la fin de la guerre les manifestations et grèves reprennent. En effet, la guerre ne fait pas disparaître la précarisation, ni les journées de travail trop longues : c’est même plutôt le contraire . Alors, même pendant le conflit, des travailleur.euse.s décident de se battre pour leurs droits. Une lutte qui mène à ce qu’en 1919, la journée de travail passe enfin à 8h et la semaine à 48h.



« Pain, Paix, Liberté » : le Front populaire et ses acquis



Alors que dans les années 1930, la crise économique touche l’Europe et la France même si le pays a mis plus de temps que certains de ses voisins à ressentir la grave crise qui touche le monde industrialisé. L’Europe cède aux nationalismes, à l’extrême-droite, en laissant Mussolini et Hitler accéder au pouvoir en Italie et en Allemagne. En 1936, la France choisit une autre voie, avec une mobilisation générale du pays de millions de personnes dans tout le pays ainsi que l’élection du Front Populaire dirigé par le socialiste Léon Blum (SFIO). Cette mobilisation combinée à un pouvoir politique de gauche amène un bouleversement dans acquis sociaux, une vraie révolution. Une augmentation générale importante des salaires est décidée, tout comme la mise en place des délégués ouvriers dans les entreprises de plus de 10 ouvriers, la loi sur les 40h hebdomadaire, mais aussi les deux semaines de congés payés et les conventions collectives. Les accords de Matignon amènent à ce que la lutte paye dans le pays.



Les circonstances de la fin de cette
décennie font que les avancés sociales ne peuvent aller plus loin et quand la France perd la guerre face à l’Allemagne et que le territoire est occupé par les allemands, le gouvernement de Vichy et du duo Pétain Laval n’est pas enclin à faire une politique sociale avantageuse pour celles et ceux qui en ont le plus besoin. 




Les jours heureux, et ensuite ?




À la Libération en 1944 – 1945, les premiers gouvernements dirigés par le Général de Gaulle sont remplis de résistants de gauche et communistes, grâce à la présence de cette tendance politique au pouvoir, la Sécurité sociale est créée. C’est une avancée majeure dans une situation économique grave et qui a profondément changé le pays en bien. 



La IV République (1946 – 1958) a elle aussi amené son lot d’avancés sociales comme le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG), mais aussi la troisième semaine de congés payés en 1956. Alors que des gouvernements socialistes détiennent le pouvoir dans une période si particulière marquée par le conflit en Algérie; on peut comprendre que cette situation ait empêché plus d’avancés ou de luttes pour plus de droits.



Mai 1968 reste l’une des dates les plus connues du siècle en ce qui concerne la lutte pour les acquis sociaux. De nombreux évènements sont à l’origine des événements de mai, mais sans faire l’histoire de mai 1968 (regardez des travaux d’historiens comme Sirinelli), nous pouvons voir comment ces évènements ont amené une des convergences des luttes des plus importantes. Ces évènements ne se limitent pas qu’à Paris comme beaucoup le pensent et pas seulement aux étudiants parisiens. C’est l’ensemble du pays qui se mobilise et c’est aussi toute sorte de corp de métier qui se mobilise, la grève est lancée : les ouvriers laissent les usines et rejoignent dans la rue les étudiants qui bloquent leurs universités. C’est tout le pouvoir qui tremble pendant ces évènements et l’on comprend que lorsque le pouvoir n’est plus en adéquation avec le peuple il faut que ces derniers fassent grève, descendent dans la rue. Durant ces évènements c’est 7 millions de grévistes dans l’ensemble du pays.



Malheureusement mai 68, est pour plusieurs raisons un échec, cependant cela est relatif car cette lutte, cette grève ces manifestations on pu faire en sorte que le pouvoir cède sur plusieurs points comme une augmentation du SMIC de 35% mais aussi augmentation des autres salaires de 10 à 20%, ainsi qu’un vrai retour aux 40h qui furent très peu respectés depuis la Libération, ainsi que la 4eme semaine de congés payés.



Durant les années 70, on peut compter quelques avancés malgré des gouvernements de droite avec par exemple l’assurance vieillesse pour toutes et tous mais aussi le contrôle des licenciements économiques.




En matière de conquêtes sociales, rien n’a été donné. Tout a été obtenu.



Mai 1981, la victoire de la gauche et de François Mitterrand à la présidence de la République. C’est un tournant pour le pays, la gauche arrive à l’Elysée après de nombreux revers depuis la création de la Ve République. Alors que nous savons tous que ce gouvernement socialiste finira par prendre ce qui fut appelé le tournant de la rigueur, durant les deux premières années c’est une vraie révolution démocratique sociétale. Les acquis sociaux des françaises et français augmentent avec la 5eme semaine de congés payés, la semaine de 39h, et la retraite à 60 ans. Et la fin du siècle apporte sa dernière évolution des acquis sociaux avec la semaine des 35h du gouvernement Jospin avec la ministre Aubry. Une loi qui selon ses détracteurs étaient utopiques, qui serait dangereuse pour l’économie, qui favoriserait la feignantise ou d’autres absurdités. Sauf que la réussite de cette loi n’est plus à prouver.



Et demain nos droits ?



Dans les dernières années nous avons connu de nombreuses grèves et manifestations contre les gouvernements libéraux qui se sont enchaînés . Car aujourd’hui il arrive souvent que nous fassions grève et que nous manifestons non pas pour plus d’acquis sociaux comme pouvaient le faire les mineurs de la fin du XIXe siècle début XXe, mais pour les défendre face à ceux qui veulent nous les enlever ! Il faut bien comprendre qu’en matière de conquêtes sociales, rien n’a été donné. Tout a été obtenu et si nous souhaitons les conserver il faut aussi se battre et on peut voir dans plusieurs discours politiques actuels, marqués par une soumission au capital, et à travers la façon dont certains remettent en question les 35h, l’âge de départ à la retraite. Le thème des retraites étant d’actualité car avant les tragiques évènements de l’épidémie de Covid19, le pays tout entier s’était soulevé contre le gouvernement et son projet de loi sur les retraites. Nos acquis sociaux sont donc perpétuellement en danger face au libéralisme et l’extrême droite. 
De montrer l’histoire de cette lutte permet de comprendre comment pour que la lutte soit fructueuse il faut dans le meilleur des cas un grand mouvement populaire qui est accompagné par un contexte politique favorable avec une gauche au pouvoir. 



Dans l’optique de connaître de nouvelles avancées sociales comme les 32h, la Revenu Universelle d’Existence ou autres avancées, il faut avant tout ne pas relâcher la lutte dans la rue en continuant de manifester de faire grève… Mais il faut aussi que les gauches s’unissent pour arriver au pouvoir et permettre de non seulement garantir de ne pas perdre ce qui fut si dur à acquérir pendant plus d’un siècle par nos ancêtres, mais aussi d’apporter de nouvelles solutions humaines et écologiques.



Les conquêtes sociales ne sont jamais finies, il ne faut jamais croire la lutte vaine ou achevée car elle ne peut être achevée tant que certains seront dans la rue, tant que des personnes ne se nourriront pas à leurs faims, tant que des personnes vivront dans la plus grande précarité. 
L’Histoire nous montre l’importance de ces combats, de comment la lutte n’est jamais vaine car même s’il faut attendre plusieurs années dans bien des cas les choses finissent par changer. 
Ne pas abandonner nos acquis et toujours se battre pour en conquérir plus, c’est bien la conclusion historique que nous pouvons retenir. 




Thibaut Cazal


Quelques dates incontournables

1864 : Droit de grève


1884 : Droit syndical


1919 : Travail journalier de 8h et semaine de 48h 


1928 : Assurance maladie


1936 : 15jours de congés payés / Semaine de 40h / Conventions collectives


1945 : Sécurité Sociale


1950 : Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG)


1969 : 4eme semaine de congés payés 


1982 : Semaine de 39h 


1983 : Retraite à 60 ans 


1998 : Semaine de 35h 


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