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Océans : un état des lieux alarmant

La planète Terre que nous habitons est composée à 80% d’eau, d’où son nom « Planète Bleue ». Tout comme pour le corps humains, l’eau est essentielle à la santé de la Terre. Les océans fournissent l’air que nous respirons. En effet, la moitié de l’oxygène que les habitants de la planète respirent provient des océans... Cependant aujourd’hui à cause du mode de vie sur-consumériste et écocide du monde Occidental, la qualité de l’eau et la vie biologique dans les océans sont menacées.


Illustration : Nature vecteur créée par upklyak - fr.freepik.com


En effet, nous utilisons beaucoup d’eau pour produire des matières premières, de l’énergie ou des biens de consommation mais cette même eau est aussi utilisée et consommée en quantité pour traiter les déchets. Et que ce soit par le biais du consommateur ou des grandes entreprises, un très grand nombre de nos déchets finit malheureusement et trop souvent dans les mers et les océans perturbant ainsi les écosystèmes marins. Au point même que l’on parle de « continents de plastiques » puisque, selon le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), chaque année ce sont 20 milliards de tonnes de plastiques qui sont rejetées dans les océans. On peut observer le plus grand de ces continents dans le nord de l’océan Pacifique, il mesure 6 fois la France. En plus, 1,5 millions d’animaux marins meurent chaque année à cause de ces mêmes déchets plastiques. Selon les prévisions scientifiques, en 2050 les mers et les océans abriteront plus de plastiques que de poissons si rien ne change.




Mais alors, que contiennent ces continents de déchets ? Comment lutter contre ce fléau qui concerne chaque habitant de notre Planète bleue ? Et quelles sont les réelles conséquences sur le réchauffement et l’équilibre climatique ? 




Un sixième continent… de déchets



D’abord les déchets qui polluent les mers et océans se trouvent sous différentes formes : ils peuvent être flottants, êtres échoués ou être déposés sur les fonds marins. Mais tous ces déchets, dont la majeure partie est composée de plastique, mettent un certain temps à se décomposer. Ce temps dépend de plusieurs facteurs : la composition du déchet, l’action de frottement des vagues, l’action du soleil et l’action des décomposeurs (c’est-à-dire : insectes, vers, champignons, levures, bactéries...). A noter que les déchets dits biodégradables se dégradent en moins d’une année. Alors que les déchets en papiers et carton se décomposent en 15 jours, les déchets en fer (boîtes de conserves...) en 100 ans, ceux en aluminium (canettes...) entre 20 et 500 ans (selon l’exposition à la lumière), les déchets en plastiques et en verres ont une durée de décomposition de plus de 1000 ans, voire indéterminée. 




Les déchets plastiques en particuliers, comme les bouteilles, les sacs plastiques et les filtres de cigarettes restent non assimilables par les êtres vivants décomposeurs. Ainsi, environ 80% des polluants retrouvés dans l’eau viennent de l’activité humaine terrestre : la plupart de ces déchets plastiques sont des produits à usage unique (mégots de cigarettes, sac en plastique, paille, bouteille et bouchons, coton tige, etc.). Selon l’ONU, environ 5 000 milliards de sacs en plastique par an sont consommés dans le monde, ce qui représente 10 millions de sacs plastiques consommés par minute. On voit de plus en plus de photos et de vidéos montrant fleuves et cours d’eau entièrement recouverts de déchets dans certaines régions du monde, souvent les régions les plus pauvres comme en Asie.




Du plastique, des océans à nos assiettes



On retrouve en mer également de toutes petites particules de plastique, invisible à l’œil nu, d’un diamètre inférieur à cinq millimètres, appelées microbilles et présentes dans de nombreux produits cosmétiques donnant leur texture aux gels douches, dentifrices et autres produits quotidiens. Par exemple, on compte jusqu’à 360 000 microbilles dans un simple tube de crème pour le visage. Outre les macrodéchets, on retrouve également des engins de pêches fantômes qui ont été abandonnés et qui détruisent la faune océanique. Mais on trouve aussi des métaux lourds toxiques comme le mercure, les eaux usées (médicaments), les rejets industriels, les pesticides et engrais agricoles, des déchets radioactifs, sans oublier du pétrole déversé lors de marées noires. Bien que nous produisions et jetions ces déchets dans la nature, nous sommes aussi responsables du nettoyage des côtes et cela coûte en Europe environ 630 millions d’euros par an. Si nous arrêtions ce fléau à sa source, c’est-à-dire dans la production des emballages et produits en plastiques à usage unique, nous ferions aussi de larges économies qui pourraient être investies pour soutenir des alternatives durables.




Si cette pollution et ces déchets plastiques impactent massivement la faune et la flore marine, ils atteignent aussi la chaîne alimentaire et viennent se retrouver dans nos assiettes : selon le rapport de l’ONU environnement, des microplastiques ont même été retrouvés dans le sel de table vendus en supermarché. Une étude de l’université de Newcastle pour WWF révèle que chaque personne avale jusqu’à 5 grammes de plastiques par semaine, l’équivalent d’une carte de crédit, soit 260g par an.




La biodiversité en danger



En polluant les océans et détruisant la biodiversité qu’ils contiennent, nous oublions que les océans sont un de nos meilleurs alliés contre le réchauffement et le changement climatique. Au cours des dernières décennies, grâce à ses deux cycles, le cycle biologique et le cycle physique, l’océan a ralenti le rythme des changements climatiques en absorbant près de 30 % des émissions de dioxyde de carbone. De plus, il produit la moitié de l’oxygène respiré par chaque être humain, stocke près de 90 % de l’excédent de chaleur et reçoit la quasi-totalité de l’eau provenant de la fonte des glaces.




En effet, si les océans absorbent les gaz à effet de serre, ils contiennent même cinquante fois plus de carbone que l’atmosphère. Mais les conséquences de cette quantité de carbone absorbée sont non négligeables pour l’équilibre de l’eau et entraînent à terme un cercle vicieux: hausse de la température de la mer, acidification de l’eau, perte d’oxygène qui sont synonymes d’orages de plus en plus puissants, de changements des courants marins, de la propagation d’espèces envahissantes, des dommages irréversibles sur les récifs coralliens, etc.




L’acidification des océans est une des conséquences les plus importantes sur la biodiversité marine : le CO2 absorbé se dissout dans l’eau pour former l’acide carbonique et ce dernier modifie l’équilibre chimique de l’eau de mer en rendant son pH moins basique. Si nous n’agissons pas, l’océan aura besoin de plusieurs milliers d’années pour retrouver son pH d’origine. Si les émissions de CO2 continuent d’augmenter au même rythme, les projections montrent qu’il pourrait y avoir une augmentation de l’acidité de 120 % d’ici à 2060.




Parmi la biodiversité marine en danger, on trouve les récifs coralliens alors même qu’une espèce sur quatre dans les océans vit sur un récif corallien. Par exemple, l’Asie du Sud est connue pour ses récifs coralliens incroyables. D'ailleurs, la zone connue sous le nom de "Triangle de corail", essentiellement centrée sur les îles de l'Océanie, est l'environnement marin le plus diversifié du monde sur le plan biologique. Mais ces récifs sont des victimes directes des activités humaines, à l’image de la Grande Barrière de corail en Australie aujourd’hui encore menacée par un projet de forage du géant pétrolier BP.




Lorsqu’on sait qu’un kilomètre carré de récifs coralliens abrite plus d’espèces que tout le littoral européen, on comprend que s’il est détruit et déséquilibré, cela représente des dangers irréversibles. La situation devient inquiétante car, par endroits, l’érosion naturelle est plus rapide que la constitution d’autres récifs coralliens, leur surface est donc en diminution.




Surpêche, pollution, braconnage : des espèces marines en voie de disparition



Outre la menace de l’activité humaine sur les récifs coralliens, nous pouvons aussi parler de la surpêche qui menace les espèces marines en voie de disparition. Sans parler des méthodes elles- mêmes pour capturer les poissons telles que la pêche aux explosifs (l'utilisation de dynamite), et la pêche au cyanure (en utilisant du cyanure de sodium pour étourdir le poisson et les capturer pour les aquariums personnels). Cette exploitation sans limite de nos océans, et plus généralement de notre planète, a des effets directs sur la biodiversité marine : 90 % des stocks commerciaux sont soit pleinement exploités, soit surexploités. Lorsqu’un stock menace de s’effondrer, cela a des conséquences touchant l’ensemble de l’écosystème et se répercutant sur toute une chaîne alimentaire. Le constat est aujourd'hui alarmant : 70 % des stocks halieutiques sont surexploités, ils n’ont plus le temps de se reconstituer et finissent par s’effondrer. 




Les espèces de tortues marines sont également très menacées. En juin 2018, des chercheurs en Guyane ont observés que les tortues luth avaient pondu environ cent fois moins d’œufs sur les plages : moins de 200 nids contre 50 000 dans les années 90. On voit aussi très régulièrement passer des photos de tortues asphyxier par des morceaux de plastiques ou coincer dans un déchet flottant. Comme le rapportent des vétérinaires d’Argentine ayant soigné une tortue verte secourue par un pêcheur: "Il n'y a pas seulement un risque d'obstruction mécanique due à la prise plastique. L'accumulation d'éléments non nutritifs dans les systèmes digestifs de ces reptiles marins peut leur donner un sentiment de fausse satiété qui les affaiblit progressivement". Quant à la tortue secourue : « Pour le moment, le pauvre animal a déjà expulsé 13 grammes de plastique, ce qui équivaut à 26 pailles ou encore quatre gobelets selon l'infographie diffusée par la fondation argentine. »




Sur les plages de Mayotte, quatrième plus grand lagon du monde, les tortues vertes sont victimes de braconnage. Récemment, 28 cadavres de cette espèce menacée ont été découverts sur la plage de Moya. En effet, avec le confinement les braconniers profitent des plages désertes qui ne sont plus surveillées pour massacrer les tortues venues pondre. Les associations combattent ce fléau en patrouillant sur les plages pour dissuader les braconniers d’agir et protéger les tortues. La plupart du temps, même hors confinement, les braconniers agissent en toute impunité, ils sont parfois arrêtés mais très vite remis en liberté faute de vice de procédure. 




Malheureusement, les tortues ne sont pas les seules à être en danger d’extinction: des études ont montré que la vie sous-marine dans son ensemble disparaît deux fois plus rapidement que la biodiversité terrestre.




La menace qui pèse sur la biodiversité marine due au réchauffement climatique menace pourtant aussi notre vie terrestre. Notamment l’augmentation du niveau de la mer qui est une menace bien réelle pour les territoires côtiers et les îles : il devrait avoir entre 28 et 98cm d’eau en plus dans les océans d’ici à 2100 à cause de la fonte des glaciers de part et d’autre du globe. De nombreuses villes en Europe sont concernées et menacent de disparaître : Stockholm, Helsinki, St. Pétersbourg, Tallin, Riga, Copenhague, Amsterdam, Bruxelles, Londres, Lisbonne, Barcelone, Sète, Rome, Venise, Tunis.... Et dans le monde les petits Etats insulaires et les grandes métropoles telles que New York ou Shangaï s’inquiètent. 




L’artificialisation des côtes contre l’environnement



Alors même qu’ils sont exposés aux catastrophes naturelles du changement climatique, les territoires côtiers voient leurs côtes s’artificialiser. Le projet de la nouvelle route du littoral sur l’île de la Réunion en est l’exemple. Il s’agit de la construction sur pilotis d’une route reliant Saint-Denis (chef-lieu de la Région) à la commune de La Possession remplaçant la route côtière considérée comme trop dangereuse à cause des chutes de roches et des risques de submersions. Ce projet, contesté par les associations locales de protection de l’environnement et les habitants, va coûter au moins 1,7 milliard d’euros et nécessitera 18 millions de tonnes de roches pour la construction. En plus de l’endettement induit par la route désormais la plus chère de France, pour 13 km, elle va avoir un impact très important sur la biodiversité de l’île. En effet, les cétacés, les tortues et les oiseaux, pour certains protégés, risquent de voir leurs sites de reproduction ou de repos détruits ou dégradés par les carrières et les chantiers. Le banc corallien des Lataniers et le site historique de la Grande Chaloupe risquent aussi d’être menacés. Alors que le chantier est en cours, de nombreux recours juridiques sont menés et parmi eux, la suspension de l’exploitation de la carrière Saint-Leu prononcée en avril 2020 par la Cour d’Etat qui a pour conséquence l’arrêt des travaux faute de matériaux. 




Une activité humaine dévastatrice



Partout dans le monde, les océans sont précieux pour la vie économique, les ressources halieutiques, l’équilibre de la biodiversité et la régulation du climat. Cependant notre activité humaine, et surtout industrielle, a un impact très important sur la vie marine et biologique de nos océans. Entre acidification, réchauffement et montée du niveau de l’eau, surexploitation des ressources, pollution de l’eau et artificialisation des côtes, les menaces ne manquent pas. Or, des millions de personnes vivent sur les côtes et sont dépendantes des biens et des services issus des écosystèmes marins comme le tourisme et la pêche. La destruction de l’écosystème récifal aura des conséquences sur la sécurité alimentaire des populations et aggravera la pauvreté. En plus de l’insécurité alimentaire menaçante, il s’agit aussi de la propreté de l’eau disponible pour la population mondiale. Certaines études ont détecté des microplastiques dans 80% des sources naturelles du monde, 81% des eaux municipales et dans 93% des eaux en bouteille, relève la Banque mondiale. Et on rappelle que plus de 80% des eaux usées dans le monde − 95% dans certains pays en développement − sont déversées dans l’environnement sans être traitées. La boucle est bouclée. Le lien entre l’état des océans et l’accès à une eau propre et bonne pour la santé est démontré, s’il le fallait.




Face à ce dérèglement climatique, les océans peuvent offrir des solutions, notamment par le développement des énergies marines renouvelables. Selon un rapport publié par le Groupe de haut niveau pour une économie marine durable, qui rassemble des États comme l'Australie ou le Chili, l'action climatique basée sur l'océan pourrait permettre jusqu'à un cinquième des réductions d'émissions de CO2 nécessaires d'ici 2050 pour limiter le réchauffement à + 1,5 °C. 




La France possède pourtant le deuxième domaine maritime mondial grâce à ses territoires d’outre- mer situés sur tous les océans de la Planète. Cela pourrait être une belle opportunité de protéger le joyau que représente cette biodiversité, cependant peu de mesures radicales pour protéger nos côtes sont prises. Et les scientifiques sont clairs : nous devons protéger au moins 30% des océans d’ici 2030 pour leur permettre de se restaurer et de sauver la biodiversité marine. 




On remarque d’autant plus en ce moment, en temps de crise où les activités industrielles et quotidiennes sont à l’arrêt, que la nature reprend le dessus : Un requin a récemment été filmé dans le port de Sète, près de Montpellier, et 2 rorquals (deuxième plus grand animal vivant après la baleine bleue) ont été vus près de Marseille.




Grâce aux lanceurs d’alertes, aux multiples reportages, au récent rapport du GIEC et aux nombreuses recherches et études scientifiques, la communauté internationale semble enfin prendre le chemin d’agir en faveur des océans. Un traité mondial pour les océans assez ambitieux devait être adopté en mars 2020 et il pourrait aider à créer un vaste réseau de réserves marines, mettant au moins 30% des océans hors de portée de toute activité industrielle avant 2030.




De plus en plus d’initiatives citoyennes naissent dans le but de nettoyer la nature: de la marche à pieds au jogging, en ville ou sur la plage, seul ou à plusieurs, il est très facile de commencer dans son quartier, sur le chemin de l’école ou du travail en ramassant les déchets quotidiennement qui se trouvent sur nos routes. Le film-documentaire « Le Grand Saphir », disponible sur la plateforme en ligne gratuite Imagotv, montre différentes initiatives locales, citoyennes et associatives de ramassage de déchets (https://www.imagotv.fr/documentaires/le-grand-saphir). 




Les océans sont, tout comme l’Amazonie, un des poumons de la Planète. Chacun et chacune est responsable de leur dégradation et peut aussi agir dès aujourd’hui pour protéger cette riche et indispensable biodiversité. Cependant même si chaque geste éco-responsable compte, n’oublions pas que les Etats et les entreprises ont un très grand rôle à jouer. En effet, les Etats et la communauté internationale ont le pouvoir de mettre en place des régulations strictes envers les entreprises et les industries pour la protection des océans, de la biodiversité et des côtes.




Charlène Marquot


Sources :

articles de Sciences Avenir, Greenpeace, Libération, Le Point, Le Monde, documentaire « sur le front des océans » Hugo Clément, infographies du livre « Zéro Déchet » de Julie Bernier, document sur les macrodéchets de l’association mer-terre.

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