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Promotion du sport dans les politiques municipales : la ville et le sport, vers une co-construction



Dans la perspective des élections municipales du 15 et 22 mars, nous avions publié un numéro spécial de La Coopérative: "En 2020 changeons nos villes !". A l'occasion du report du second tour, chaque jour jusqu'au 28 juin, nous vous proposons de retrouver sur Culture-G des articles pour mieux comprendre les enjeux de cette élection primordiale pour le monde d'après !

« Ma plus belle réussite n’est pas de faire naître de grands sportifs, mais plutôt d’aider à construire de grands Hommes », voilà ce qu’un de mes entraîneurs m’a dit un jour. Le sport, trop souvent cantonné à un paragraphe dans les programmes politiques ou à quelques heures d’enseignement par semaine au collège, doit aujourd’hui être promu, dans chaque commune, comme étant un vecteur d’émancipation et de solidarité, de participation sociale et de mixité, d’égalité et bien sûr de prévention en matière de santé.


Impact du sport sur les villes et les habitant.e.s


A l’aube du premier tour de ces élections municipales, les programmes sont imprimés, les listes sont annoncées et les militant.e.s parcourent les terrains pour apporter leurs idées et convaincre les dernier.e.s indécis.e.s. Le 22 mars prochain, les équipes élues devront donc mettre en place leur projet. En ce qui concerne la politique sportive, les élu.e.s doivent penser aux enjeux auxquels ils.elles voudront répondre : sociaux, économiques, médiatiques ou encore politiques. Il faut aussi se questionner sur ce que cela peut apporter aux habitant.e.s : renforcer la citoyenneté, favoriser l’intégration ou la sécurité, développer une pratique de sport-santé ou encore réduire les inégalités.


Ce qui est sûr, c’est que ces équipes devront étudier au plus près la demande et les besoins de la population et du territoire. Pour cela, elles peuvent faire appel à un OMS (Office Municipal des Sports) qui propose, en concertation avec les différents acteurs, un plan d’action et des mesures à mettre en place au niveau de la commune. À l’image du budget participatif, les ambitions sportives des communes doivent être étudiées collectivement, avec les clubs, les sportif.ve.s et les services municipaux.


Bien longtemps inexistantes, les politiques sportives des municipalités, comme premiers acteurs de la ville locale, sont aujourd’hui au cœur des projets de rénovation urbaine. En effet, grâce notamment aux Jeux Olympiques de Paris en 2024, les territoires se livrent une bataille acharnée pour accueillir les différents complexes de cet évènement planétaire. Tout en veillant à l’impact écologique, à la réutilisation des infrastructures et aux bénéfices pour les populations locales, les villes franciliennes ont beaucoup d’appétence à accueillir des équipements olympiques. Cela peut révolutionner la vie d’un quartier avec la construction d’infrastructures et d’équipements sportifs high-tech, de nouveaux programmes de logement, la création d’un réseau de transports transformé (arrivée de nouvelles lignes de métro, de tramway, de bus…) et surtout, le gain d’une notoriété et une image bonifiée. C’est pourquoi les villes ont tant d’intérêts à s’inscrire dans le réseau des « villes partenaires des Jeux Olympiques 2024 ». Cela permet à l’ensemble des collectivités du territoire d’être impliquées dans cet évènement en organisant des partenariats avec athlètes, des séances de sport et de handisport à l’image des jeux olympiques ou encore de favoriser la pérennisation des infrastructures. Ces communes peuvent aussi espérer développer une activité touristique non-négligeable. L’attribution des Jeux Olympiques de 2024 à Paris peut donc être un réel tremplin pour de nombreuses villes et notamment celles de banlieue.


Par ailleurs, l’activité physique et sportive est un vecteur de lien social entre les habitant.e.s. Elle permet aux jeunes et aux moins jeunes, de partager des moments de détente, déconnectés des réseaux sociaux, des obligations familiales et professionnelles. Ladji Doucouré (double champion du monde et légende du 110m haies en France), avec son association Golden Blocks, va la rencontre des jeunes des quartiers en organisant des battles sportives aux pieds des immeubles dans l’objectif de véhiculer l’esprit d’équipe, la confiance en soi et bien sûr les valeurs du sport : plaisir, partage et dépassement de soi. Il a par la suite développé son dispositif, grâce notamment à l’aide de Myriam Soumaré (multiple médaillée française en athlétisme, finaliste olympique et mondiale en sprint), en aménageant des entraînements d’athlétisme, gratuits et sans inscription, pour que chacun.e puisse venir se défouler et partager, avec seulement une paire de baskets. Cette expérience montre que le sport peut donc être un très beau moyen d’éducation populaire, de lutte contre l’isolement, de découverte de son environnement et de la nature. C’est aussi un formidable vecteur d’insertion, d’intégration à la vie sociale que les municipalités doivent encourager en mettant en place des politiques ambitieuses. Il faut toutefois veiller à ce que les dispositifs existent dans tous les quartiers et soient accessibles à toutes et tous.


Un objectif : le sport pour tous et pour TOUTES


Un des enjeux des politiques publiques sportives est le sport pour tou.te.s. En effet, ce terme est de plus en plus utilisé par les différents acteurs mais peine encore à se retrouver sur le terrain. Nous savons que deux tiers des équipements publics sportifs sont utilisés par les hommes valides. Les villes doivent donc s’engager à mettre rapidement en place des mesures pour que les autres catégories de la population puissent jouir des mêmes libertés. En effet, les femmes, par exemple, sont souvent reléguées à des espaces privés alors que les hommes sont encouragés à s’exprimer en extérieur.


Comme le décrit Edith Maruéjouls (géographe et scientifique féministe), à l’adolescence, il y a une « instauration, sous couvert de performance, d’une non-mixité et d’inégalités entre les femmes et les hommes, dans un secteur qui se veut être loisir ». Cette différence dans la pratique sportive se fait avec la création d’espaces féminins et d’espaces masculins. Toutefois, E. Maruéjouls le rappelle aussi, « ce n’est pas l’équipement qui est problématique en soi, c’est le message qu’il produit et véhicule ». Cette institutionnalisation de la présence masculine dans l’espace public empêche ainsi les jeunes femmes d’exprimer leurs envies de pratiquer une activité physique et sportive. À chaque construction, les mairies ont donc le devoir de poser la question du genre dans l’urbanisme et de neutraliser au maximum les espaces. Par ailleurs, pour favoriser la mise en place d’un projet sportif juste, démocratique et égalitaire, il faut encourager les pratiques mixtes entre les filles et les garçons.


Dans ce même objectif de soutien à la pratique du sport pour tou.te.s, les équipes municipales doivent inciter à la pratique sportive en aidant à créer davantage de sections « loisir » dans les clubs sportifs. Il peut être aussi intéressant de mettre en place des ateliers sportifs hors des lieux de pratique habituels (dans les rues, en bas des immeubles, sur les grandes places) pour convaincre des habitant.e.s éloigné.e.s de la culture du sport. Comme l’avait proposé Régis Juanico (député Génération·s de la Loire impliqué dans les politiques sportives), la création d’un pass’sport de 500€ peut aussi être une solution pour aider les jeunes à s’acheter du matériel sportif, payer des cotisations ou des licences sportives ou encore accéder à des infrastructures.


La pratique du sport concerne aussi les personnes en situation de handicap qui sont souvent mises à l’écart des stades. En effet, et dans l’optique des Jeux Paralympiques de 2024, les communes doivent être sensibilisées à cet enjeu et y répondre en incitant à créer des sections handisports et en rendant accessibles les équipements sportifs à cette catégorie de la population. La perspective des jeux de 2024 est une grande opportunité pour le handisport français et pour les municipalités qui relèveront ce défi. Dans ce même optique, chaque ville en France, et notamment en région parisienne, regorgent de sportif.ve.s de haut-niveau. Ces sportif.ve.s dévoué.e.s à leur sport, travaillant très dur dans l’optique de remplir leurs objectifs, ont intérêt à être soutenu.e.s, financièrement ou amicalement, par leur commune. Pour ces athlètes, ce sont des moments très gratifiants. C’est aussi une occasion pour la ville de célébrer le succès de ses enfants et de montrer aux plus jeunes qu’avec de la discipline, de la détermination, du travail et parfois de la chance, iels peuvent avoir l’opportunité de réussir. Il peut donc être particulièrement intéressant pour les communes de développer des relations avec les clubs, les fédérations, les sportif.ve.s et acteur.ice.s du sport ou encore les universités de sport pour accompagner au mieux ces jeunes et aider à la création de structures d’élites transversales.


L’essor du Sport-Santé


Comme la pratique de haut-niveau, la pratique de l’activité physique et sportive « loisir » est à inciter pour lutter contre l’un des plus grands fléaux du 21ème siècle : la sédentarité. Celle-ci est notamment due à la tertiarisation des emplois et surtout à l’essor du numérique. Le concept du sport-santé est donc apparu avec comme objectifs de favoriser les mobilités actives et d’ancrer des habitudes de vie sportives dans le quotidien de la population. Au niveau de la politique sportive des communes, beaucoup de champs d’action sont envisageables. Tout d’abord, il faut développer l’activité physique et sportive chez les enfants, les jeunes, les étudiant.e.s, lors de l’ensemble des temps éducatifs. Il est aussi primordial d’encourager la pratique du sport dans les milieux professionnels avec la création de conciergeries sportives, par exemple. Enfin, chez les seniors, il est possible de mettre en place des stages de préparation à la retraite, des ateliers de sport dédiés ou encore des programmes spécifiques à la prise en charge en EPHAD.


En outre, depuis 2016 et la loi de modernisation du système de santé, les médecins ont le droit de prescrire de l’activité physique à leurs patient.e.s. Dans les faits, c’est encore assez marginal mais cela représente une quantité potentielle très importante de patient.e.s ; l’ensemble des acteur.ice.s de ce milieu sont aujourd’hui mobilisé.e.s pour les récupérer (Fédération sportive, kinésithérapeutes, APA, coachs sportifs…). Les villes ont donc grand intérêt à accompagner cette mise en place en favorisant les partenariats entre ces acteur.ice.s ou en labellisant leurs maisons de santé « sport-santé » pour accueillir ces patient.e.s. Les municipalités menant une politique locale en « sport-santé », organisent en réalité un réseau de co-construction multisectoriel rassemblant les différents services de la ville (santé, sport, urbanisme, éducation et jeunesse, politique de la ville…). Ce domaine du sport est donc en plein essor et mérité d’être pris en considération par les équipes municipales.


Restructuration de quartier, vecteur d’éducation et de solidarité, création de lien social et de mixité, lutte contre la sédentarité et l’inactivité physique : voilà ce que le sport peut apporter. Alors, encourageons l’ensemble des acteurs publics, et notamment nos futurs élu.e.s, à mettre en place une politique sportive locale ambitieuse, inclusive, égalitaire et solidaire.

Mathias Goldberg

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