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Réforme du baccalauréat : Une reforme égalitaire ? Pas si simple !


Les résultats du bac 2016 au lycée Arago, à Paris Crédit photo : Béatrice Faveur, publiée sous licence Creative Commons

Le nouveau baccalauréat tant voulu par Emmanuel Macron et son ministre de l’Éducation nationale est programmé pour l’année 2021. Ce tout nouvel examen renforcera le contrôle continu avec l’augmentation des épreuves anticipées dès la classe de première. Ce contrôle continu a pour but de mettre fin à la semaine d'épreuves qui se déroule habituellement en classe de terminale : seulement 4 épreuves finales écrites se dérouleront au mois de juin, auxquelles s’ajoute une épreuve orale. Cette réforme marquera également la fin des filières du bac général, c’est-à-dire des filières littéraire (L), scientifique (S) et économique et sociale (ES) qui ont rythmé la vie du des lycéen.ne.s et professeur.e.s depuis de nombreuses années. Présentée comme bénéfique pour les lycéen.ne.s par le Ministre de l’Education Nationale, cette réforme ne l’est pourtant pas tant que ça.


Une réforme inégalitaire…


L'aspect essentiel du la réforme du baccalauréat est le passage à des parcours modulaires : en plus d'un tronc commun, les élèves devront composer leur parcours parmi 12 spécialités. Cependant ces 12 spécialités ne seront pas toutes présentes dans chaque lycée général de France. En effet même si les spécialités dites classiques (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques ; humanités, littérature et philosophie ; langues, littératures et cultures étrangères ; SES ; mathématiques ; physique-chimie et SVT) seront dispensées dans la quasi totalité des établissements scolaires, certaines des spécialités, les moins courantes, pourraient ne pas être enseignées dans certains établissements, forçant ainsi les élèves voulant suivre ces spécialités à aller dans un autre établissement pour les étudier. Les options feront en effet l’objet d’une carte académique décidée par le rectorat : un arrêté ministériel prévoit qu'un minimum de 7 options sera disponible dans un bassin géographique fixé par le rectorat. Cela ne dit donc rien sur les 5 options restantes, ni sur le périmètre de ces bassins géographiques, qui pourraient être très étendus dans les zones peu denses, forçant les lycéen.ne.s à se déplacer loin de chez eux, à ne pas pouvoir prendre les options qui les intéressent le plus ou à étudier via le CNED (Centre national d'enseignement à distance).


Cette réforme créera donc une concurrence entre les établissements pouvant - par leur taille ou leurs moyens importants - proposer l’intégralité des spécialités et ceux n’ayant pas d’autres choix que de proposer aux lycéen.e.s quelques unes de ces options. Cette réforme est donc génératrice d'inégalités territoriales, qui viendront amplifier les inégalités sociales déjà existantes. Avec l'instauration de la sélection à l'université à travers des pré-requis, il est vraisemblable que certaines options seront à l'avenir exigées pour certains cursus, ce qui impose aux étudiant.e.s de choisir leur orientation toujours plus tôt, et pénalise ceux qui n'auront pas accès à une offre importante, parce que n'habitant pas dans une zone comptant de nombreux lycées. Le choix des options risque de plus d'accentuer les stratégies de contournement de la carte scolaire, stratégies généralement mises en place par les élites et les plus aisé.e.s, au détriment de la mixité sociale.


La mise en place d'une grande part de contrôle continu va également créer un bac à plusieurs vitesses et entraîner une dépréciation du bac en fonction des territoires. Les lycéen.ne.s des milieux défavorisés socialement et géographiquement feront donc face à une double peine : un choix d'option réduit et un bac déconsidéré car pas obtenu dans un "grand lycée". Elles et ils seront donc également doublement pénalisé.e.s pour l'accès à l'enseignement supérieur, accentuant toujours plus la reproduction sociale.


… avec des professeur.e.s en moins


De plus, le Ministre Jean-Michel Blanquer a annoncé il y a quelques semaines la suppression de plus de 2600 postes dans l’Éducation Nationale, notamment dans le secondaire. Cette suppression aura bien évidemment un impact sur la réforme et entraînera dans certains établissements des classes surchargées, ou l'impossibilité de proposer certaines options.... Comment le ministre peut-il proposer de multiplier les parcours alors qu'il décide EN MÊME TEMPS de supprimer 2600 postes et que la population étudiante est en augmentation constante ?



L'histoire-géographie est une discpline très touchée par la réforme des programmes Crédit photo : Patricia M, publiée sous licence Creative Commons


Des programmes écrits “rapidement” et sans concertation …


En ce qui concerne les programmes, de nombreux expert.e.s - enseignant.e.s, chercheur.e.s, etc. - s'inquiètent de la tournure prise par les nouveaux programmes. En plus d'avoir été écrits rapidement et sans concertation, réduisant le CSP (Conseil Supérieur de Programmes) à une simple chambre d'enregistrement, ils véhiculent une vision limitée et idéologiquement très marquée de leur discipline. Prenons deux exemples.


En histoire-géographie, les nouveaux programmes du lycée ne mettent pas l'accent sur les minorités, les femmes ou encore l’immigration. De plus ces nouveaux programmes sont très lourds et ne permettront pas pour beaucoup d’enseignant.e.s de les terminer dans les délais. Les grandes dynamiques de la géographie et de la géopolitique du monde contemporain sont totalement oubliées des programmes alors que nous vivons dans un monde toujours plus interdépendant où les crises se multiplient…


Concernant les SES, les programmes de cette discipline restent une fois de plus très chargés alors que le nombre d’heures dispensées reste le même. La sociologie, indispensable à l'analyse de notre société, voit ses heures réduites, alors qu'en économie le libéralisme a la part belle dans les programmes de première, ce qui fait du libéralisme la seule doctrine économique enseignée aux lycéen.ne.s...


Les nouveaux programmes véhiculent donc une vision passéiste, imposent une théorie économique discutée comme idéologie dominante et demandent aux lycéen.ne.s d'apprendre par coeur des listes de dates ou d'auteur sans faire appel à leur esprit critique… Une situation préjudiciable aux catégories socioprofessionnelles les moins aisées, qui ne fera qu'avantager - et sélectionner - toujours plus une certaine élite… une préparation idéale à la sélection à l'université. Cohérent pour ce gouvernement, très inquiétant pour l'avenir de la jeunesse.


Une réforme qui promeut l’autonomie et la personnalisation des parcours ?


Cette réforme du baccalauréat permettrait selon le ministre de mieux orienter les lycéen.ne.s. Non seulement cela ne sera vrai que pour les plus aisé.e.s ayant accès à une large offre de formation, mais il est hypocrite d'annoncer cela tout en supprimant des postes de conseiller.ère.s d’orientations ! De plus, le choix des spécialités tant mis en avant par Jean-Michel Blanquer et son équipe apparaît sur le terrain comme beaucoup plus complexe. En effet, certains établissements scolaires proposeront des menus déjà pensés par les équipes pédagogiques permettant ainsi d’éviter un réel casse-tête avec des emplois du temps disparates. Cela remet donc en cause l’idée de choix des spécialités par les lycéen.ne.s, car il faut admettre que certains lycées n’auront pas d’autres choix que de suivre ces menus faute de moyens concrets. Cette réforme pourrait fonctionner si l’Etat mettait des moyens dans l'Éducation, si l’Etat ne supprimait pas des postes dans l’Education, si l’Etat ne supprimait pas les C.I.O…


Pour une vraie formation citoyenne au lycée


Nous souhaitons donc rappeler que le lycée est un lieu d'émancipation des jeunes, un lieu où l’esprit critique se développe et où sont formé.e.s les citoyen.ne.s de demain, celles et ceux qui feront vivre les valeurs de notre République. Mais par cette réforme, l’esprit critique des lycéen.ne.s est mis à mal puisque nous sommes en train de passer d’une éducation qui enseigne les savoirs fondamentaux à une école qui apprend des compétences, ce qui représente un danger pour la formation citoyenne. Il est donc désormais urgent de donner de réels moyens financier et humain aux lycées pour que les missions de ces établissements restent de former et d'éduquer les citoyen.ne.s de demain.



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