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Retour historique sur le conflit Israélo-Palestinien


Le conflit israélo-palestinien a été très présent dans l’actualité des derniers mois. Nous souhaitons proposer ici un rapide historique des relations entre Israël et les Etats arabes, afin de permettre à chacun.e de replacer les événements récents dans un contexte historique plus large.


La naissance d’Israël


Le sionisme - idéologie politique revendiquant l’existence d’un centre étatique juif en Terre d’Israël - est né vers la fin du XIXème siècle parmi les juifs d’Europe, notamment en réaction à la montée de l’antisémitisme et des violences envers les juifs. Après la Première Guerre Mondiale et l’effondrement de l’Empire Ottoman, la Grande-Bretagne obtient un mandat colonial sur la Palestine, et permet l’installation d’un foyer juif sur ces terres. Ce peuplement rencontre déjà l’opposition des populations arabes locales qui s’estiment lésées par cette installation. Des mouvements de terrorisme sionistes voient le jour dans les années 1920-30. Ils revendiquent la création d’un État hébreu, et mènent de nombreuses actions meurtrières à la fois contre les civils palestiniens et contre les colons britanniques, ce qui engendre un climat de violence réciproque entre les communautés.


En 1945, après la Seconde Guerre Mondiale et le génocide des juifs d’Europe, les juifs vivant en Palestine demandent la fin du protectorat britannique et la création d’un État indépendant. La Grande-Bretagne, réticente, saisit l’ONU qui statue en 1947 : la Palestine mandataire est séparée en deux états (un état juif et un état arabe), et la ville de Jérusalem est placée sous statut international. Ce plan est refusé par les Palestiniens et la Ligue Arabe (organisation de pays arabes fondée en 1945) qui jugent le plan de partage des terres inéquitable, notamment en raison de la taille des populations : 55% du territoire pour 560 000 colons juifs et 45% pour 1 250 000 Palestiniens, dont le territoire est de plus éclaté entre la Cisjordanie, le Golan et Gaza. Les attentats des mouvements sionistes font de nombreuses victimes civiles entre 1946 et 1949, aussi bien palestiniennes que britanniques, et certaines branches de ces mouvements deviendront en 1948 l’armature de l’armée israélienne. La première guerre israélo-arabe se conclu en 1949 par une victoire d’Israël dont le territoire s’agrandit. Les Palestiniens sont alors privés de leur Etat, pourtant promis dans la résolution de l’ONU de 1947 : ils sont sous administration égyptienne à Gaza et jordanienne en Cisjordanie.


La crise de Suez


En 1956, le nouveau président égyptien Nasser qui se veut leader du Tiers-Monde, décide de nationaliser le canal de Suez, jusqu’alors exploité par les Britanniques et les Français. Israël, soutenu par la France et la Grande-Bretagne, lance alors une opération militaire contre l’Égypte mais, en pleine guerre froide, l’URSS s’en mêle et soutient l’Égypte militairement. La crise se solde par une victoire territoriale pour Israël, mais les relations entre la France et la Grande-Bretagne d’une part, et les pays arabes d’autre part, sont encore plus tendues.


La guerre des Six Jours et la guerre du Kippour


Le 5 juin 1967, Israël déclenche une attaque éclair préventive contre ses voisins arabes, en réaction à une situation toujours plus tendue depuis la crise de Suez et pour protester contre des mouvements de troupe dans le Sinaï. En quelques jours, Israël conquiert le Sinaï, Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan. Plusieurs de ces territoires sont restitués par la suite, mais une partie reste occupée, malgré la résolution 242 de l’ONU qui demande la fin immédiate de l’occupation militaire. En particulier, Israël proclame Jérusalem comme sa capitale «indivisible», une décision majoritairement non reconnue par la communauté internationale. Les territoires encore occupés aujourd’hui font partie de ce que l’état hébreu appelle le «grand Israël», et sont le siège d’une colonisation importante.


Suite à cet épisode, la situation des Palestiniens change : leurs territoires sont maintenant occupés et ils sont en contact direct avec les Israéliens. L’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), créée en 1964, et le Fatah, créé par Yasser Arafat en 1959, prennent de l’importance et les Palestiniens se tournent de plus en plus vers une politique dure et le terrorisme pour faire valoir leurs droits à un État comme prévu par les résolutions de l’ONU.

Le 6 octobre 1973, jour de Yom Kippour, l’Égypte et ses alliés attaquent Israël par surprise pour reprendre certains territoires occupés depuis 1967. Les États-Unis et l’URSS interviennent de nouveau pour imposer un cessez-le-feu. Cette guerre affaiblit la position dominante d’Israël, et contribue à normaliser ses relations avec l’Égypte. Une autre conséquence du conflit est le premier choc pétrolier de 1973, lorsque les pays de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), alliés de l’Égypte, déclenchent un embargo contre les pays alliés d’Israël.


Le cheminement vers la paix ?


À la fin des années 1970, Sadate, le successeur de Nasser en Égypte, se rapproche des États-Unis et d’Israël, en échange d’un soutien financier et militaire des États-Unis. Les accords de Camp David sont signés en 1978 sous la médiation du président américain Jimmy Carter. Ils prévoient notamment le retrait d’Israël des territoires occupés, en particulier le Sinaï, que l’Égypte récupère en 1982. Ces accords isolent l’Égypte au sein de la Ligue Arabe, mais représentent un pas important vers la paix au Proche-Orient, montrant que l’on peut négocier avec Israël.


En 1982, Israël envahit le Liban pour chasser l’OLP de Beyrouth. Cette intervention accentue les tensions et les déchirements du Liban, qui connaît une guerre civile depuis 1975, et contribue globalement à l’instabilité dans la région. C’est dans ce contexte que sont créés le Hezbollah (au Liban en 1982) et le Hamas (à Gaza en 1987), des organisations politiques et militaires dont les buts sont la destruction de l’État d’Israël et l’échec par la force du processus de paix.


En dépit de ces tensions, à partir 1989, l’OLP siège à l’ONU comme observateur permanent sous le nom de «Palestine», ce qui contribue au développement de relations diplomatiques et au processus de paix. L’OLP est aujourd’hui reconnue comme l’État de Palestine par 135 pays.


Les accords d’Oslo


Lors de la première guerre du Golfe en 1991, les États-Unis envahissent l’Irak de Saddam Hussein, officiellement pour protester contre l’invasion du Koweït, avec le soutien de nombreux États arabes, pourtant traditionnellement opposés à l’interventionnisme américain. Après leur victoire, les États-Unis relancent le processus de paix, ce qui aboutit aux accords d’Oslo en 1993, signés entre Yitzhak Rabin (Israël, Parti travailliste) et Yasser Arafat (Autorité palestinienne), sous le patronage de Bill Clinton. Ces accords conduisent à la reconnaissance mutuelle de l’OLP et d’Israël en 1994, et prévoient la mise en place progressive d’un État palestinien en deux morceaux (Gaza et Cisjordanie). Cette mise en place ne sera cependant jamais effective en raison de positions radicales des deux côtés. En effet, si Israël se retire bien de Gaza, plus de 400 000 colons juifs restent présents en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, et la colonisation va même en s’intensifiant. Du côté de la Palestine, le pays est coupé en deux entre Gaza, contrôlée par le Hamas, organisation terroriste qui refuse tout accord avec Israël et vise sa destruction, et l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah de Yasser Arafat qui ne dispose pas de réelle marge de manoeuvre face au Hamas.


La reprise des tensions


Après une décennie de relative accalmie dans les années 1990 suite aux accords d’Oslo, les tensions reprennent en 2000 lors de la seconde Intifada, consécutive à la visite du premier ministre israélien sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, vécue comme une provocation par les Palestiniens. Il n’est cependant pas très clair pour beaucoup de spécialistes si cette visite est bien l’élément déclencheur de la révolte, ou s’il s’agit d’un prétexte saisi par l’Autorité palestinienne pour justifier un soulèvement «planifié». Les Palestiniens commettent de nombreux attentats-suicides envers les civils et les symboles de pouvoir israéliens, et l’armée israélienne riposte violemment, de nombreux cas de torture sont recensés. La seconde Intifada se poursuit également par plusieurs épisodes de guerre à Gaza entre 2009 et 2014, au cours desquels le Hamas tire des roquettes depuis Gaza sur Israël, qui riposte avec des raids aériens. En effet, le Hamas a le pouvoir à Gaza depuis 2007, écartant le Fatah et l’OLP, plus modérés et défendant la solution à deux Etats. L’objectif de ces affrontements est de faire lever le blocus de Gaza imposé par Israël et l’Égypte depuis 2007.


Et aujourd’hui ?


À partir de 2011, les révolutions en cours dans le monde arabe et le vent démocratique, notamment en Égypte et en Syrie, déstabilisent encore plus la région en déplaçant des centaine de milliers de personnes et en accentuant les tensions religieuses et territoriales. Une vague de violence, marquée par des raids aériens israéliens et des attentats-suicides palestiniens, a lieu entre 2015 et 2017. En 2017, le Hamas et le Fatah signent un accord de réconciliation pour favoriser la convergence entre les deux entités d’un futur Etat palestinien, Gaza et la Cisjordanie. La même année, le Hamas amende également sa charte historique : son objectif n’est plus la destruction d’Israël, mais le retour aux frontières d’avant 1967 (avant la guerre des Six Jours), et le conflit avec Israël est reconnu comme conflit politique et non plus religieux.

Le 6 décembre 2017, Donald Trump annonce sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, alors qu’une partie de la ville est toujours sous contrôle palestinien et colonisée par Israël à l’encontre du droit international. Cette décision est saluée par Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien, qui dirige le pays avec un gouvernement d’alliance entre la droite (Likoud) et l’extrême droite nationaliste (Foyer Juif).


Au printemps 2018, la Marche du Retour, organisée comme chaque année à Gaza pour commémorer l’exode palestinien de 1948 lors de la première guerre israélo-arabe, est prise pour cible par Israël. Des milliers de Palestiniens sont blessés et plus d’une centaine sont tués par balle, lors de manifestations majoritairement pacifistes - même si on recense également quelques jets de pierre et de cocktails Molotov. Les affrontements culminent lors de l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem le 14 mai 2018. «Big day for Israel. Congratulations !» écrit le président américain sur Twitter…

Dans ce contexte, la venue en France début juin du premier ministre israélien a été fortement contestée, de même que la saison culturelle France-Israël. Sa visite a notamment débuté le 5 juin, date anniversaire de la guerre des Six Jours, qui marque l’anniversaire d’un exil palestinien face à la volonté expansionniste d’Israël.


En tant que Jeunes Génération-s, nous défendons une solution à deux Etats, seul moyen de rétablir la paix dans la région. En cela, la décision de Donald Trump de transférer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem ne fait qu’envenimer la situation. Il reconnaît ainsi Jérusalem comme la capitale du pays, alors que la possession de la ville concentre les conflits entre Israéliens et Palestiniens. Enfin, le dirigeant palestinien Marwan Barghouti est toujours emprisonné. Nous demandons sa libération sans plus tarder, après plus de 15 années d’emprisonnement, pour permettre l’expression du pluralisme dans la crise israélo-palestinienne.

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