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S’échapper du confinement: le rôle des réseaux sociaux à l'ère du coronavirus


Avec le début du confinement en France et dans le monde, la fréquentation des réseaux sociaux a bondi. Les français n’ont pas forcément plus de temps libre, mais certainement moins de façon de l’utiliser. Privés de nos principaux lieux d’expression, de communication et d’information, internet se présente comme un premier remède à la crise du coronavirus, non sans quelques effets secondaires...


Information frénétique


Face à la crise naissante et à la montée des inquiétudes, on a très vite vu monter en tendance Twitter les mots coronavirus ou covid-19. Malgré le manque d’actualité, la demande gonfle artificiellement l’offre jusqu’à l’indigestion. Certains sont alors pris dans une fuite en avant, qui ne se satisfait pas ou plus des chaînes d’information continue, et vient s’abreuver sans fin de données brutes et de réactions sur Twitter. Avec le confinement et l’aggravation de la crise, le phénomène s’est emballé, et nombreux sont ceux qui en réaction ont fini par se couper complètement des actualités, plutôt que de s’épuiser à chercher sans fin un réconfort illusoire.


Car réconfort il n’y a pas. On se déleste un peu en trouvant des responsables, qu’il apparaît toujours aussi facile de montrer du doigt: ces jeunes étudiants parisiens qui rentrent dans leurs familles, des attroupements filmés dans les cités ou les quartiers gentrifiés de Paris, ou bien ces jeunes parisiens encore, cette fois sur les quais.


Les fake news apportent leur pierre à l’édifice, et aident à fournir chaque fois de nouveaux boucs-émissaires. On peut noter en réaction la regrettable initiative du gouvernement qui avait jugé pertinent de se placer en arbitre de la vérification des informations (des médias indépendants comme Mediapart étant considérés comme non fiables) avec le plateforme Desinfox coronavirus, désinstallée devant les critiques.


Mais pour une fois, les propagateurs de fake news cherchent plus à calmer qu’à créer des scandales, à l’aide par exemple de petits guides rassurant pour se prémunir du virus sous forme de chaînes Whatsapp, dont la propagation est particulièrement importante.


On peut légitimement s’inquiéter de ce constat : en temps de crise, à l’ère des réseaux sociaux, la désinformation libère.


Abolir les frontières


Alors qu’il n’est plus possible de franchir les limites de son domicile, les réseaux sociaux sont très vite utilisés pour pallier l’isolement, maintenir un lien social avec les amis, les aînés, ou la famille. Mais l’utilisation des stories sur Instagram présente un intérêt supplémentaire, maintenir le lien avec les membres de nos cercles éloignés, et ainsi recréer assez fidèlement l’ensemble de nos interactions au cours d’une journée normale.


Les réseaux sociaux assurent dès lors la continuité de notre ouverture au monde, dans sa globalité. Car on fait difficilement pire chambre d’écho que les quatres murs de nos chambres, munis de notre bibliothèque, la radio branchée sur une station déterminée, la télé allumée sur la même chaîne en boucle. Paradoxalement, les réseaux sociaux nous empêchent de tourner indéfiniment sur nous mêmes au cours de ces deux mois de confinement.


Les loisirs sont maintenus, parfois même enrichis. On a désormais les moyens d’aller à l’opéra, les musées du monde entier ouvrent leurs portes sans avoir à se déplacer. Alors que les métiers de la culture sont particulièrement touchés par la crise, les artistes en profitent pour relever que ce confinement nous rend la culture indispensable.


D’aucuns voient alors leur créativité galvanisée, stimulée par les challenges, les podcasts, ou Youtube qui propose même des playlist intitulées “Laissez ces créateurs vous motiver virtuellement”. Mais toutes ces to-do list de confinement tournent vite à l’injonction à la productivité, jusqu’à faire culpabiliser celui qui, miné par l’angoisse, n’avait eu ni le temps ni l’envie d’apprendre une langue ou de fabriquer son propre pain.


La rue est vide


En ces temps de crise et d’urgence, la démocratie semble fonctionner en sous régime. La voix du peuple confiné doit pourtant pouvoir s’élever.


Elle le peut dès lors qu’elle a conscience d’elle-même et que ce dialogue qui s’opérait physiquement, au travail, dans les commerces, la rue, à pu reprendre grâce aux réseaux sociaux. La plateforme qui semble reproduire le mieux ce dialogue c’est Twitter, et ce déjà avant le confinement.


Les actualités nationales vibraient déjà au rythme des derniers mots-clés, parfois sincèrement persuadées que ce classement des tendances reflétait réellement les préoccupations des français. Désormais, Twitter semble être un de nos derniers lieux d’expression, un fidèle baromètre de l’opinion.


Mais si tous les journalistes sont sur Twitter, ce n’est pas le cas de tous les français. Il est en effet inquiétant qu’un de nos derniers lieux de contre pouvoirs soit une plateforme aux biais nombreux, notamment quant à son pluralisme, quand on connaît le profil de l’utilisateur médian, homme, cadre, trente ans.


Clémentine Vazquez


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