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SIDA : où en est-on en 2020 ?

Alors que comme chaque année, le 7 mai dernier était dédié à la journée mondiale des orphelins du Sida et que nous clôturons en ce mois de juin 2020 un mois des fiertés un peu particulier, c’est l’occasion de faire un point sur la recherche et sur les traitements existants.



17,5 millions : c’est aujourd’hui le nombre estimé d’orphelins du Sida. Et pour cause, toutes les 15 secondes dans le monde un parent décède du Sida. L’Unicef estime même, dans un rapport datant de 2013, qu’au Zimbabwe 3 orphelins sur 4 le sont à cause de cette maladie. Le syndrome d’immunodéficience acquise, ou Sida, est un ensemble de symptômes résultant de la destruction des cellules du système immunitaire par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Le Sida est la quatrième et dernière phase du VIH : “lorsque les conséquences du virus arrivent à un point où le corps ne peut plus se défendre contre d’autres maladies, dites opportunistes, précise l’association AIDES sur son site. C’est uniquement lorsqu’une personne séropositive au VIH développe une de ces maladies caractéristiques qu’on peut dire qu’elle est atteinte du sida.”



La lutte contre le VIH 
pendant le confinement


La période de confinement a cantonné des millions de personnes chez elles et a, de fait, diminué la fréquence, voire arrêté, les rencontres sexuelles. Ainsi, depuis le 17 mars, la circulation du virus et des infections sexuellement transmissibles (IST) a fortement baissé. Cependant la crise sanitaire actuelle et le confinement génèrent d’autres soucis comme l’explique Julie Bottero, responsable d’unité aux Maladies Infectieuses et Tropicales de l’hôpital Jean Verdier (Seine-Saint-Denis), au blog Paroles d’Actu : “Nous avons dû différer de nombreuses consultations de suivi, mais aussi limiter les amplitudes des consultations dédiées au dépistage. De ce fait, et comme d’autres spécialistes, nous sommes inquiets d’une possible dégradation de l’état de santé générale de nos patients”. Une ligne d’écoute, “La Ligne C”, a donc été ouverte pour les patients atteints de maladies chroniques, dont le VIH, qui peuvent se sentir abandonnés. Pour assurer la continuité du dépistage VIH pendant la période de confinement, une campagne gratuite d’envoi d’auto-tests VIH par voie postale a été initiée par Vers Paris Sans Sida (VPSS) avec plusieurs associations partenaires. Nicolas Derche, directeur de l’une d’entre elles, le Checkpoint Paris, est revenu sur cette campagne au micro de France Info : “C’est une campagne qui a démarré le 8 avril et qui a permis pour le Checkpoint l’envoi de 150 auto-tests.” La diminution du nombre de dépistages par l’association a ainsi été partiellement compensée. “L’objectif est de pouvoir poursuivre l’effort d’envoi d’auto-tests dans les semaines et mois à venir pour permettre de rattraper le retard pris en ce qui concerne le dépistage du VIH” précise-t-il. Selon-lui, le renoncement au dépistage durant cette période appelle à “un plan d’action concerté avec les acteurs de la lutte contre le VIH pour répondre aux besoins à la sortie du confinement”. La crise sanitaire a également provoquée l’annulation d’événements tels que le festival Solidays ou le Sidaction qui participent fortement au financement de la lutte contre le VIH. Pour Nicolas Derche, “une des possibilité est de soutenir le Sidaction en faisant des dons. Ces dons sont ensuite répartis sur les programmes d’accompagnement des personnes qui vivent avec le VIH ou également sur des programmes de recherche. Les personnes qui ont pris des billets pour le Solidays peuvent aussi ne pas se faire rembourser pour continuer à soutenir l’association qui elle-même finance d’autres structures et d’autres programmes d’aide aux personnes.”


Le VIH se transmet de trois manières : par voie sexuelle lors de rapports non protégés, par voie sanguine, ou de la mère à l’enfant, soit in utero durant les dernières semaines de gestation, soit au cours de l'accouchement, soit pendant l'allaitement. L’épidémie s’est déclarée dans les années 70 et a été déclarée pandémie mondiale en 2002. Il n’existe cependant à ce jour aucun vaccin contre le VIH. Le meilleur moyen de se protéger d’une infection par ce virus reste donc le port du préservatif lors des rapports sexuels.





La lutte contre le sida en france


Si la période allant des années 80 au début des années 90 portent le triste nom des années SIDA, c’est qu’elle fut celle des premiers malades, des premières avancées scientifiques mais aussi celle des premiers morts du SIDA, des scandales et des premiers organes du lutte comme l'historique association Act-Up. Fondée en 1989 par Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulavin, l’association qui sur le modèle américain, a pour but d’alerter les médias et mettre la pression sur les personnalités publiques pour faire connaître l’épidémie de SIDA. L’association s’engage avec et pour les différentes victimes, car si la population gay est vivement touchée par l’épidémie, il en est de même pour les hémophiles, les toxicomanes, les prostitué.e.s, les migrants et les détenu.e.s. L’association se mobilise aussi contre l’industrie pharmaceutique et notamment le prix des premiers médicaments contre le SIDA. Act-up se fait notamment remarquer pour ses actions de désobéissance civile impressionnante comme l’encapotage - la couverture par une capote géante - de l’obélisque de la Concorde le 1er décembre 1993 ou leurs fameux “zaps”, où les membres d’Act-Up ont l’habitude d’utiliser du faux-sang ou des die-in.



L’un des plus gros scandales de la lutte contre le SIDA est france est celui du sang contaminé. En 1985, alors que la transmission du VIH par le sang était prouvé, trois ministres : Laurent Fabius, alors premier ministre, Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales et Edmond Hervé, ministre de la Santé, sont accusés d’avoir attendu août 1985 pour effectué des tests systématiques sur les donneurs de sang ainsi que pour mettre en place des tests de dépistage du Virus et d’avoir par la suite laissé circuler jusqu’au mois d’octobre de la même année de sang potentiellement contaminés. Rien que chez les hémophiles, qui ont un besoin régulier de transfusion, on estime le nombre de contaminations à 1350. Et le nombre de victime est encore plus important.




En plus des milliers de contaminations imputées à l’inaction des trois ministres, ayant laissé du sang contaminé être transfusé dans les hôpitaux, c’est surtout d’avoir sciemment ignoré le début d’une pandémie mondiale et le drame humain et médical qui se jouait sous leurs fenêtres dont ces derniers sont accusés. De l’acquittement de Dufoix et Fabius et de la condamnation d’Edmond Hervé pour «manquement à une obligation de sécurité ou de prudence» est resté l’expression “responsable mais pas coupable”.




Si les années 80 et 90 ont été marqué par la reconnaissance de la maladie et de ses malades ainsi que de grandes actions de prévention, la lutte contre le SIDA en France a aussi longtemps souffert de d’une inaction politique face à l’épidémie et d’une stigmatisation des malades du SIDA sur fond d’homophobie et de xénophobie le plus souvent. 



Aujourd’hui, le SIDA ne se soignent toujours pas définitivement, il peut être traité afin de rendre la charge virale du malade indétectable et ainsi de rendre la contamination impossible. Mais les discriminations que subissent les personnes séropositives sont encore extrêmement fortes. Les français ont encore un grand nombre de préjugés visent encore les personnes séropositives. Selon une étude de AIDES en 2017, 87% des Français pensent qu’avoir un rapport sexuel sans pré­servatif avec une personne séropositive sous traitement comporte un risque de contamination élevé. La sérophobie a encore un impact important sur la vie des personnes séropositives qui se voient discriminés dans l’accès à la propriété par exemple en se faisant refuser des crédits par les banques ou en voyant leurs frais d’assurances s’élever de manière substantielle une fois leur séropositivité annoncée. Il a fallu attendre janvier 2018 pour que l’interdiction de soins funéraires pour les personnes séropositives soit abolie. Elle datait de 1986.




Alors si on a assisté à une baisse significative du nombre de découverte de séropositivité ces dernières années - on est passé de 6583 cas en 2017 à 6200 en 2018 -, la lutte contre le SIDA en France a encore de beaux jours devant elle, notamment en luttant contre la sérophobie ambiante et pour l’accès aux soins des personnes étrangères ou réfugiés vivant en France avec le SIDA. En 2018, l’Observatoire du Droit de la Santé des Étrangers dénonçait dans un communiqué “la décision d’expulser une personne malade porteuse du VIH vers un pays où elle ne pourra pas être soignée” de l’Etat français.



Mathilde Lagadu-Cleyn




Le traitement antirétroviral



Le traitement de l’infection par le VIH repose sur l’utilisation de médicaments dits antirétroviraux. Ceux-ci ne permettent pas l’éradication du virus mais ont pour effet de ralentir considérablement sa propagation dans l’organisme. Plus précisément, les médicaments antirétroviraux agissent en bloquant la multiplication du VIH : “Un(e) patient(e) séropositif(ve) qui ne prend pas de médicaments antirétroviraux peut avoir une charge virale élevée, cela veut dire qu’elle a beaucoup (plusieurs milliers, voire plusieurs millions) de copies de virus par millilitre de sang, développe le site Prévention Sida. L’objectif du traitement antirétroviral est de rendre la charge virale la plus faible possible.”

On parle alors de charge virale indétectable.

Le traitement antirétroviral a une bonne efficacité. La plupart des patient(e)s, lorsqu’ils/elles suivent le traitement de façon assidue bien sûr, ont une charge virale indétectable. Dans ce cas, le/la patient(e), est en meilleur santé et ne peut plus transmettre le virus lors d'un rapport sexuel non protégé (il y a toujours un risque pour les autres infections sexuellement transmissibles si le préservatif n’est pas utilisé). Les traitements permettent également de donner naissance à des enfants séronégatifs. Le virus est en quelque sorte comme endormi. “On a observé un recul considérable des taux de mortalité lorsqu’on utilise un schéma antirétroviral puissant, en particulier aux premiers stades de ’infection”, note l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).




Trop de séropositifs s'ignorent encore




37,9 millions : c’est le nombre de personnes qui vivaient avec le VIH en 2018 dans le monde, selon les statistiques d'ONUSIDA. Environ 36,2 millions étaient des adultes (>15 ans) et 1,7 millions étaient des enfants de moins 15 ans. Parmis ces personnes, 1,7 millions avaient été infectées en 2018. A la fin de juin 2019, environ 24,5 millions des personnes vivant avec le VIH avaient accès au traitement antirétroviral, ce qui suggère qu'au moins 13,4 millions des personnes séropositives dans le monde n'étaient pas traitées, si ce n'est plus.




En effet, selon le même rapport d’ONUSIDA, seules 79% des personnes vivant avec le VIH connaissaient leur statut VIH en 2018. Cela suggère qu’une personne sur 5 vivant avec le VIH dans le monde l’ignorait. En France, selon les données de Santé publique France pour l’année 2016, environ 24 000 personnes vivaient avec le VIH sans le savoir, ce qui représentait environ 14% des personnes séropositives dans le pays. Cela peut s’expliquer par le fait que le dépistage n'est pas obligatoire, si ce n'est lors d'un don de sang, de sperme, d'organe ou lors d'une fécondation in vitro. Dans de nombreux cas, l'infection par le VIH passe inaperçue et le patient apprend sa séropositivité lorsqu'il a déjà le Sida.



La PrEP, un traitement 
préventif très prometteur


Si les traitements antirétroviraux empêchent le virus d’entrer et de se multiplier dans les cellules d’une personne séropositive, certains peuvent aussi être pris par une personne qui n’est pas infectée par le VIH pour s’en protéger. C’est ce qu’on appelle la PrEP ou Prophylaxie pré-exposition. Elle s’adresse aux personnes qui ne sont pas infectées par le VIH, qui n’utilisent pas systématiquement le préservatif lors de leurs rapports sexuels et qui sont à haut risque de contracter le VIH, en particulier, les gays et transgenres, les usagers de drogues intraveineuses avec partage de seringues, les travailleur-se-s du sexe exposé(e)s à des rapports sexuels non protégés, les personnes originaires de région à forte prévalence (Afrique subsaharienne, Guyane…), et les personnes ayant des partenaires sexuels multiples. Aujourd’hui, le médicament prescrit pour la PrEP est le Truvada®, qui associe deux molécules antirétrovirales dans un même comprimé. Il doit être prescrit par un médecin spécialiste du VIH dans un centre hospitalier ou un CeGIDD (centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic). L’ordonnance peut être renouvelée chez un médecin de ville. Sa prise doit être accompagnée d’un suivi régulier avec un dépistage complet du VIH et des autres IST tous les trois mois. Il est encore tôt pour l’affirmer de façon certaine mais plusieurs indices semblent montrer que la PrEP a eu un effet sur la baisse des contaminations. Tout d’abord, à San Francisco, le nombre de nouveaux cas de VIH a chuté de 49 % entre 2012 (année où la Prep a été autorisée aux États-Unis) et 2016. De la même manière, au Royaume-Uni, le nombre de nouveaux cas de VIH a chuté de 18 % entre 2015 et 2016. Cette baisse est encore plus impressionnante chez les hommes ayant des relations sexuelles entre hommes (HSH) à Londres : - 29 %. Dans ces deux cas, la baisse du nombre de découvertes de séropositivité au VIH est inédite dans l’histoire de la maladie. Il est probable qu’elle soit également imputable à un meilleur dépistage et aux traitements des personnes vivant avec le VIH qui empêchent la transmission du virus et qui sont prescrits de plus en plus rapidement après le diagnostic.



Pour ce qui est de la France, l’étude ANRS Prévenir lancée en mai 2017 a pour objectif d’évaluer l’impact du déploiement de la PrEP sur l’épidémie de VIH/Sida dans la région Ile-de-France. A la date de juillet 2018, il n’a été observé aucun cas d’infection par le VIH, ni chez les personnes prenant la PrEP de manière continue ni chez celles ayant choisi le schéma de prise à la demande. Selon le Pr Molina, coordinateur de l’étude, « ces résultats permettent de confirmer la très bonne efficacité de la PrEP puisque l’on s’adresse à des personnes fortement exposées au risque d’infection par le VIH ». Ces résultats permettent aussi de confirmer la bonne tolérance de la PrEP puisqu’il n’y a eu, à ce jour, aucun arrêt de l’étude pour des raisons liées à des effets indésirables du traitement.




Olivier Salotti



Où en est la recherche ?




Il y a un investissement très important des scientifiques du monde entier dans la recherche contre le Sida. Cela a permis une augmentation très significative de l’espérance de vie en cas d’infection au VIH et un allègement des traitements, par rapport aux années 1980-90. En effet, les traitements antirétroviraux se sont considérablement simplifiés puisque, aujourd’hui, la majorité des patient(e)s peuvent être traité(e)s avec 1 à 3 pilules/jour en une seule prise, avec quasiment aucun effet secondaire. Du fait de ces progrès, les patients infectés par le VIH vivent mieux avec le traitement et ont, de plus en plus, une espérance de vie proche de celle des personnes non-infectées.




Malgré tout, 770 000 personnes sont mortes du Sida en 2018. Cela peut s’expliquer en Occident par un manque de vigilance et des difficultés à sensibiliser et dépister les “populations clés” (les hommes ayant des rapports sexuels entre hommes et les hétérosexuels nés à l’étranger, principalement en Afrique subsaharienne). Les conditions de vie en Afrique subsaharienne, notamment des femmes qui peinent à imposer le préservatif ou sont plus régulièrement victimes de rapports forcés, sont un autre facteur qui rend l'épidémie difficile à contenir.




La littérature scientifique fait régulièrement état de nombreuses avancées. L’une des dernières en date est très importante et constitue un espoir considérable. Il s’agit du cas d’un deuxième patient totalement guéri du Sida rapporté dans The Lancet. Celui-ci intervient 10 ans après le premier cas de guérison et est le résultat d’une greffe de moelle osseuse.
 La cas de ce patient a été présenté en 2019 lors d’une conférence américaine, lorsqu’il était considéré en rémission. Le 10 mars dernier, les équipes médicales étaient unanimes : il est officiellement guéri. Le célèbre “patient de Londres” n'est plus traité et n'a plus aucune trace du virus dans le sang.




Cette greffe de moelle osseuse avait pour but à l’origine de soigner son cancer du sang. Les cellules-souches greffées étaient issues de donneurs porteurs d’une mutation génétique rare, CCR5, qui bloque l’implantation du VIH. “Je sens une sorte de responsabilité à aider les médecins à comprendre comment cela a pu se produire pour qu’ils puissent développer cette technique”, a-t-il expliqué au New York Times. Le fait d’être guéri de son cancer et du Sida était pour lui “surréaliste”.
Ses médecins restent néanmoins prudents. Le professeur Ravindra Kumar Gupta, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) précise: “Il est important de prendre en compte le fait que ce traitement curatif est à haut risque, il ne doit être utilisé qu’en derniers recours chez des patients infectés par le VIH et qui ont également des tumeurs malignes hématologiques potentiellement mortelles.” D’après lui, ce traitement ne sera pas proposé aux personnes qui répondent positivement aux traitements antirétroviraux.




Olivier Salotti


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