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Socialisme et tournant libéral : le témoignage de Roberto Roméro

Mis à jour : mai 13


Crédit photo : Margot l'Hermite


Roberto Romero est Conseiller Régional d’Ile-de-France, membre du Collectif National de Génération-s et ancien Secrétaire National du parti socialiste. Pour la #ConfduConfinement "Demain, vers quel monde allons-nous ?" et Culture G, nous sommes revenus avec lui sur les rapports entretenus au cours de l'histoire entre la gauche et l'écologie politique, et le tournant libéral du parti socialiste. A la lumière des erreurs d'hier, construisons l'imaginaire de demain !


Retrouvez l'extrait audio de l'entretien dans notre rubrique "Podcast".


Alice Bosler - Bonjour Roberto Romero. Aujourd'hui, la nécessaire unité de la gauche et des écologistes pour construire un monde d'après social et écologique se heurte parfois à des difficultés de communication entre ces deux cultures politiques. Pourtant, la gauche et l'écologie n'ont cessé de se cotoyer au travers de leurs histoires respectives. Peux-tu revenir sur les rapports qu'elles ont pu entretenir à travers le temps ?


Roberto Roméro - En France la problématique qui a été levée par les écologistes va se structurer vers la fin des années 60 et le début des années 70, avec 2 tendances. C’est intéressant de le souligner parce que ça va avoir des conséquences pour la structuration politique. On va avoir des militants qui sont d’anciens militants de mai 68 mais qui vont être ralliés par une tendance très différente de gens qui sont plutôt des naturalistes, des scientifiques, des amoureux de la nature, qui n’ont de fait pas grand-chose à voir les uns avec les autres, et qui ont porté les germes des divisions qui existent aujourd’hui dans les débats. La campagne la plus emblématique, qui va faire émerger la question écologique, c’est sans doute la question du nucléaire, même s’il y a eu avant ça une campagne présidentielle, avec René Dumont comme premier candidat. Le sujet était encore plus épineux, parce qu’il y avait quelques thèses quelque peu malthusianistes dans ce qui était porté, et qui aujourd’hui encore ont la vie dure.

Mais la question avec laquelle l’écologie va rentrer dans la sphère politique, c’est vraiment la question du nucléaire, avec la bataille contre la centrale du Bugey en particulier en 1971, qui va de fait être assez vite laminée, parce qu’on entre en 1973 dans une crise énergétique forte. La question qui va être posée à ce moment-là, c’est celle de l’indépendance énergétique de la France. Ce sera une priorité, même si les luttes, elles vont continuer à se développer comme contre la centrale du Superphénix en 77. Les questions d’intérêts majeurs économiques ont balayé ces combats-là. D’ailleurs le sujet était beaucoup plus complexe que simplement la question du réchauffement climatique puisque dans les faits, pour être schématique et un peu caricatural, la question du nucléaire ne participait pas directement à celle du réchauffement climatique et n’était pas forcément posée en ces termes à l’époque. Mais la question du nucléaire intégrait toute une partie du mouvement pacifiste, qui était dans les mouvements écologistes et la question du bien être et du bien vivre dans les zones où les centrales étaient implantées.

Ensuite il y a l’autre volet des combats des écologistes, c’est la question du Larzac, qui est une victoire où la question du pacifisme est également présente puisque c’est une occupation d’un espace qui était voulu pour une base militaire. Donc on a nombre de militants, dont José Bové, qui s’investissent dans cette expérience de retour à la terre, de gens qui étaient au départ plutôt des citadins qui vont s’implanter dans un certain nombre d’espaces sur le territoire français. Jusque là, c’est un rassemblement très hétéroclite d’associations, de contestations assez diverses, avec une dimension libertaire parfois, individualiste souvent dans ces mouvements-là. La structuration plus forte qui va arriver se situe dans les années 80, avec d’abord un clivage qui est encore indéterminé, entre le ni droite ni gauche, qui va venir nourrir encore le débat sur le positionnement de l’écologie et du social. Cela va participer à la confusion. Il va être clarifié ensuite par l’entrée au gouvernement de Dominique Voynet, sous Jospin, qui va faire avancer notamment le protocole de Kyoto, des éléments de contrats de plan Etat / régions, et mettre en avant la question du mode de transport, les énergies renouvelables et l’agriculture biologique.

On va passer à un stade plus intéressant, plus profond dans l’intégration du social à l’écologie, quand Cécile Duflot va entrer dans le gouvernement de Jean Marc Ayrault, puisqu’elle va être sur un espace, qui n’est pas purement celui de l’environnement. Elle va permettre d’apporter une orientation politique et écologique à la question du logement en tant que tel et en faire un outil de reconquête des biens communs et de préférence de l’usage plutôt que de la propriété et c’est un des grands débats qui va être posé entre l’écologie et le social, à mon sens. Ces apports, qui ont été des apports à la fois « culturels » avec des grands traits, et des apports liés à l’entrée au gouvernement d’un certain nombre de figures de l’écologie, ont fait que ces questions se sont inscrites dans les débats sociaux et ont irrigué la Gauche, en sachant que ces débats sont inscrits dans les fondements théoriques de la Gauche. Et je dirais pour aller vite, l’élément qui va du point de vue de la prise du pouvoir, entrechoquer tout ça, c’est sans doute du point de vue symbolique, c'est que le dernier candidat socialiste a vu s’effacer face à lui le candidat écologiste, qui a reconnu à un moment donné que le programme porté par Benoit Hamon allait répondre aux aspirations écologiste. Après il faut bien être honnête également, lorsque l’on parcourt le programme de la France Insoumise, il est profondément écologiste. Jean Luc Mélenchon avait entamé ce tournant écologiste dès le début des années 2000, dès la fin du gouvernement Jospin. Ainsi cette question va irriguer toutes les forces de Gauche. Même le PC va amorcer toute une série d’éléments sur la question du productivisme. Le PS, avant même l’élection présidentielle de 2017, avait pris l’appellation de Parti Socialiste, pour la social-écologie.

Pour en finir sur cette dimension, ce qu’il faut à mon avis prendre en compte, c’est l’élément qui était celui de la prise de guerre d’Emmanuel Macron, l’intégration au gouvernement de celui qui avait voté au premier tour pour Benoit Hamon, Nicolas Hulot. Il a démissionné avec fracas parce qu’il admet l’incompatibilité de l’écologie avec le modèle porté par le gouvernement. Ce sont des éléments qui sont très importants dans l’intégration de l’écologie dans la Gauche, chez les socialistes, dans la tradition socialiste. Je crois que ce serait une erreur de penser qu’il y a un antagonisme mais qu’il faut nécessairement rechercher une synthèse. D’ailleurs, ce qui est intéressant, c’est que cette synthèse a été trouvée par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio Cortez, ils portent en même temps les questions sociale et environnementale. AOC disait pendant la campagne, qu’on peut résoudre tous les problèmes d’environnement du monde, si les politiques environnementales restent calqués sur les injustices économiques, elles perpétueront les problèmes sociaux. Et du point de vue de la construction de la Gauche c’est fondamental.

AB – On a vu que la prise en compte de la question écologique s’est faite par une histoire croisée avec celle de la Gauche finalement. On va parler de la Gauche justement. Souvent le quinquennat Hollande est analysé comme un quinquennat de renoncement aux idées socialistes, de déception. Mais on sait que le tournant libéral du PS ne date pas nécessairement de ce quinquennat, c’est une histoire un peu plus longue. Comment analyses-tu cette dérive néolibérale de la Gauche, ou au moins du socialisme et de son parti majoritaire à Gauche ? A quoi est-ce que tu l’imputes et à quand la places tu, cette dérive, dans l’Histoire du Parti Socialiste ?

RR – Alors sur cette question, bien entendu, je ne vais pas minimiser la responsabilité de François Hollande dans son quinquennat, mais comme tu l’as dit, la responsabilité n’est pas unique, elle est profondément ancrée. En fait, après la deuxième guerre mondiale, il y a une véritable offensive menée par les forces réactionnaires, oligarchiques, des forces du Capital, en réalité, qui va d’abord commencer sur le front des idées, parce qu’ils estimaient qu’il n’était pas possible qu’on ait autant d’avancées sociales après la guerre. Je rappelle qu’on était dans une période d’antagonisme entre le bloc soviétique et le bloc de l’Ouest, qui amenait un certain nombre de gouvernements, en Europe surtout, à concéder des avancées sociales importantes, ce qui était insupportable pour un certain nombre de chefs oligarchiques, d’élites, de gouvernants. Il y a eu tout un courant de pensée qui a commencé à travailler notamment à travers la compagnie du Mont-Pèlerin, qui était présidé par Hayek, un des principaux économistes qui ont commencé à réfléchir à la contre-révolution qui devait avoir lieu après la deuxième guerre mondiale. L’objectif au départ a été vraiment culturel. Il s'agissait d’expliquer que l’économie était quelque chose de naturel et qu’il y avait des règles pour pouvoir la comprendre, et donc, de faire en sorte que le politique ne puisse pas avoir une interaction directe avec l’économie, puisque l’économie serait une science avec ses règles, et qu’il ne faudrait pas y toucher. Selon eux, le politique ne pouvait être qu’un biais dans le fonctionnement économique.


Ces éléments intellectuels vont se traduire de façon extrêmement concrète, puisqu’il va y avoir des expériences qui vont être menées. La première, elle va être menée au Chili à partir des années 70, avec toute une série de ministres qui vont entrer dans des gouvernements dictatoriaux de Pinochet, qui ont tous été formés à l’école de Chicago, à l’école de Friedman. Il y a une réalité, c’est de dire : « Voilà l’économie, elle doit être mise en place par des élites qui connaissent le fonctionnement de l’économie ». Cela va avoir des conséquences importantes, y compris dans la construction de l’Union Européenne. Parce que l’UE va mettre en place, dans sa construction même, et c’est ce que beaucoup ont dénoncé, toute une infrastructure de gens qui ne vont pas être élus, mais qui vont être désignés comme des gens qui savent. De fait, l’objectif va être de ne pas donner au politique la possibilité d’intervenir sur le cadre économique. Il n’y a qu’à voir les dernières lois et directives votées dans ce sens là, la question des 3% sur le budget, des règles d’or, etc, qui vont impuissanter le politique, dans son champ d’action sur l’économie. D’ailleurs, ça a été théorisé par la théorie des champs publics, par le prix Nobel d’économie, qui s’appelait James Buchanan, qui disait justement qu’il ne faut surtout pas que le politique se mêle de l’économie. Ce premier élément, qui est un élément important, est devenu un élément culturel, c’est-à-dire que dans la tête des gens l’économie, c’est un truc auquel on ne peut rien faire, il y a des règles, c’est comme ça.


Deuxième élément, c’est la financiarisation de l’économie. On peut très facilement la dater, c’est l’arrivée, de Ronald Reagan et Margaret Thatcher au pouvoir dans les années 80, avec cette volonté de déconnecter le rapport de force entre le Capital et le Travail, du point de vue de la pression que pouvaient exercer les salariés. Chez Thatcher, ça a été un élément extrêmement clair, dans les bras de fer avec les mineurs en Grande Bretagne. Elle est allée au bout de cette affaire là, pour les faire plier. D’autre part Reagan va, dans sa politique économique, intégrer des financements pour son action militaire, parce qu’il y a encore le conflit entre l’union soviétique et les Etats Unis. Il va aller les chercher à travers le monde, ce qu’on appelle les bons du trésor américains, des centaines de milliards de dollars, qui vont venir irriguer les marchés financiers. Ces marchés financiers vont prendre progressivement une autonomie par rapport à la sphère de la création de l’économie réelle. Donc d’une part on va avoir la fin du rôle tenu par le politique dans l’économie, qui va être doublé par l’outil qui va pouvoir le permettre. C’est-à-dire la financiarisation. On va pouvoir créer de la richesse, à partir de la monnaie en tant que tel, sans passer par le processus de production et toutes les contraintes que cela peut avoir, comme les contraintes matérielles, humaines, de grèves etc. On va avoir avec cette autonomisation, les tenants de richesse à travers le monde, qui vont financiariser leur activité et en même temps un basculement du pouvoir réel des mains des politiques vers les financiers. C’est un fait que ça va impuissanter les politiques. On ne peut pas comprendre, ni simplement en vouloir à François Hollande sans avoir ce background derrière qui explique pourquoi il arrive désarmé. Désarmé, en réalité quand on veut faire quelque chose du point de vue politique on peut, c’est-à-dire qu’il était déjà convaincu par le modèle qu’il a servi.


On a un troisième élément qui passe souvent inaperçu, mais qui est au cœur de ce que l’on va vivre après la crise sanitaire. On a eu en même temps, une très, très violente montée de la politique de lutte contre l’inflation. La première des conséquences de la lutte contre l’inflation, c’est la montée du chômage. Aujourd’hui il y a un lien qui est établi et très documenté entre la niveau de chômage et le niveau d’inflation. Ce taux de chômage important renforce les forces du Capital dans son rapport de force avec le monde du travail. Cela fait de la dette un élément qui devient central dans l’ensemble des économies des Etats. Sans inflation, la dette devient très lourde. En revanche une inflation faible favorise la rente. C’est ce qui démontre que l’objectif des classes dominantes c’était de pouvoir maintenir leurs acquis, figer voir augmenter leurs richesses. Entre 1980 et 2010, en tendance on a à peu près 3 points de richesse qui sont passés du Travail au Capital. On a donc une Gauche qui est impuissante, qui accepte cette impuissance. C'est d’ailleurs le cœur de la divergence qu’il pouvait y avoir au cœur du Parti Socialiste, qui s’est donc concentré sur les combats sociétaux pour faire oublier son impuissance sur le fond de la répartition des richesses. Et donc on a des avancées sociétales qui sont significatives mais qui ne remettent pas en cause la répartition des richesses. C’est ce qui va expliquer la popularité du revenu universel lorsqu’il va être porté par Benoit Hamon comme candidat, parce que c’est une manière très concrète de répartir les richesses autrement par une décision politique. Il y a eu une part de scepticisme concernant le financement et la capacité de le mettre en place mais oui on voit bien qu’à un moment donné, cette mesure, qui est au cœur de ce que l’on est en train de faire, a été un élément très mobilisateur pour l’autre Gauche, celle qu’on voulait incarner à un moment donné.

Je reviens sur cette question de l’inflation. Aujourd’hui on va avoir ce même débat qui va être pollué. On va nous dire « oui il faut être responsable, il faut travailler plus, etc » mais la question de la dette contractée pendant la période de crise sanitaire, peut très bien être diluée sur 100 ou 150 ans à condition d’accepter un niveau de monétarisation et donc d’inflation avec bien entendu une augmentation des salaires qui l’accompagne.


AB - C’est intéressant de voir que le revenu universel même si il a eu beaucoup de détracteurs, c’est quand même un moyen pour la Gauche de remettre au centre la question de la répartition des richesses, ce qui est quand même au cœur de son identité. La conférence "Demain, vers quel monde allons-nous" porte sur la question de l’imaginaire. Limaginaire qu’on essaie de mettre en avant, nous la gauche écologiste, d’insuffler dans la tête des gens, c’est un imaginaire d’espoir, nourri par un certain nombre de conquêtes sociales ou écologiques. Aujourd'hui, on peut ressentir une certaine émotion quand on se replonge dans l’Histoire de la Gauche, de ses conquêtes sociales. De comment elles ont été mises en place, et comment elles ont changé la vie des gens par une prise de décision politique.

Selon toi, quelle est LA grande victoire sociale majeure de la Gauche de ces 50 dernières années, qui a pu être porteuse de transformation sociale profonde ? Et dans ce temps, où on est tous un peu résigné(e)s, comme tu l’as dit très bien, abattu(e)s par la puissance des forces financières, contre lesquelles on serait impuissant(e)s, ce serait quoi la grande conquête à obtenir dans les prochaines années, notamment suite à cette crise sanitaire ?


RR – Je pense qu’il faut déjà donner et prendre la mesure de ce qu’ont été les 35 heures par semaines. C’est ce que j’ai retenu comme élément central, parce qu’il s’agissait de travailler 35 heures, avec un même niveau de salaire, il s’agissait de reprendre le sens de l’Histoire, de pouvoir récupérer notre bien le plus précieux, qui est : du temps. Et ce temps est un temps qu’on peu consacrer librement à quelque chose. C’est quand même 5 heures arrachées à un moment où la Gauche était en grande difficulté, c’est une richesse importante et je crois que ça doit guider l’avenir. Tellement importante d’ailleurs qu’on voit par la force et férocité des opposants, des financiers qui y étaient absolument opposés. Il y a eu bien entendu des difficultés dans sa mise en œuvre, il y a des critiques qui sont légitimes. Mais le sens de l’Histoire, on doit le reprendre. Et c’est bien lorsque l’on a une situation dans laquelle les richesses qui sont crées sont à chaque fois plus importantes. Il est normal que la richesse créée par l’ultra majorité, lui revienne en partage. Cela peut être à travers de l’argent, des salaires, mais ça peut être également à travers du temps. Car au bout du bout, c’est ce qui nous manque le plus, et c’est tout le sens du combat ouvrier qui a plus d’une centaine d’années. Et maintenant c’est sur cette base là que je me projette pour l’avenir.

Tu m’interroges sur la prochaine grande victoire, je suis incapable d’en trouver une mais je suis plus apte à essayer de répondre sur quelles conditions on aurait une victoire qui aurait du sens. Aujourd’hui, la question écologique est très importante, et il faut redéfinir ensemble les contours des communs, des services publics. Il faut bien entendu, enfin je l’espère, revaloriser les questions de la santé, de l’éducation, des transports. Mais il y a aussi des domaines importants comme les capacités de financement donc les banques, l’énergie, le secteur alimentaire, y compris la distribution des biens qui doivent faire l’objet d’une nouvelle définition commune parce que je pense que ça, ça peut nous rassembler. Cela nous permettrait de donner une nouvelle hiérarchie des priorités et des valeurs, comme l’ensemble des questions écologiques qu’il faudra traiter, quand on traitera du financement, qu’est-ce qu’on finance ? L’énergie, quelle énergie ? Le secteur alimentaire, quelle alimentation ? Et c’est aussi une pierre angulaire pour deux autres raisons. La première, plutôt philosophique, c’est remettre en scène le collectif sur l’individualisme. Comment est-ce qu’on arrive à remettre des choses en commun ? Comment est-ce qu’on arrive à émasculer cette histoire, cette idée du superhéros, du superman, du super individu ? (AB – Ce self-made man, à l’américaine). Ce terme d’émasculer, d’ailleurs est plutôt bien choisi parce qu’il y a la question de l’égalité des genres. La question des communs permet de refaire passer le collectif sur l’individualisme.

Le deuxième élément, c’est de questionner à nouveau une chose qui est fondamentale dans les débats, c’est la question de la propriété. Parce qu’on doit redéfinir ce doivent être les propriétés sociales et les propriétés privées. Sans revenir sur toute une série de question sur ce que doit être la propriété privée mais de redéfinir ce qui doit nous appartenir à tous. Parce que le risque, c’est ce que l’on est en train de vivre aujourd’hui, c’est que l’air, l’eau, les semences, la nature soient en train de nous échapper et soient les objets de privatisations forcenées, je pense que cette question de la propriété sociale est fondamentale. Et dans la définition d’un contour des communs, si on arrive à définir ce cadre majeur, ce que certains appellent une super structure, ça nous amènera à avoir des victoires, qui seront des victoires très concrètes pour les gens et qui participeront à l’amélioration de leurs conditions de vie, d’apporter ce qui a été développé en Amérique du Sud comme le « bueno vive » c’est-à-dire la capacité à un moment donné de pouvoir vivre bien.


AB - Un nouveau gros chantier pour la Gauche aujourd’hui, c’est la question des communs. Effectivement comment pousser au centre cette idée des communs et non plus ce délire du self made man, à l’américaine, de cette personne qui réussit seule sans aide de personne, qui finit par écraser sa concurrence. C’est ce modèle qu’essaie pourtant de nous vendre Macron. En tant que jeune, je suis choquée que Macron dise que « tous les jeunes rêvent d’être millionnaires. » Je pense que c’est un modèle de société qui est grave, dangereux et qui pousse à l’individualisme où chacun essaie de tirer son épingle du jeu, essaie d’acheter tel bien collectif, pour se l’approprier pour soi. Alors qu’effectivement le salut de l’ensemble des gens, ce sera plus vers cette redéfinition des biens communs, qui appartiennent à tous, et qui sont finalement sains pour tout un chacun. Est-ce que tu as une petite conclusion que tu souhaites faire après cet entretien ?


RR – Je pense que le combat de la Gauche et des écologistes aujourd’hui, c’est de retrouver un paradigme, c’est-à-dire les raisons pour lesquelles collectivement, l’ultra majorité des gens vont pouvoir aller faire un choix politique qui leur est positif. Pendant 200 ans, ça a été la question de la lutte des classes, à travers l’organisation du prolétariat. C’est-à-dire l’idée que quand je travaillais pour moi, je travaillais aussi pour le voisin, qui était aussi un salarié comme moi, et que nos avancées communes avaient du bien être pour chaque individu. Aujourd’hui on est dans l’idée que c’est chacun pour soi. Il faut arriver à recréer l’idée que le travail en commun, qu’on va avoir, qu’on va réaliser, est un travail qui va nous permettre de mieux vivre collectivement, mais aussi de mieux vivre individuellement et de permettre à nos enfants d’avoir une vie plus émancipée que la nôtre.



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