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Tout est bon dans l’pavillon !

Mis à jour : juin 14

« Je veux une France de propriétaires » Tels furent les mots de Nicolas Sarkozy, alors candidat à la présidence de la République française. L’accès à la propriété, notamment des plus précaires, est un idéal à la française d’ascension sociale et d’égalité. La propriété, oui, mais à quel prix ? Exit le bel appartement de centre-ville, bonjour le pavillon en banlieue, loin, loin, loin de tout. Tout est bon dans l’pavillon, un vrai rêve américain !


(Crédit Photo : P.poschadel - Publiée sous licence Creative Commons)
Dans la perspectives des élections municipales du 15 et 22 mars, nous avions publié un numéro spécial de La Coopérative: "En 2020 changeons nos villes !". A l'occasion du report du second tour, chaque jour jusqu'au 28 juin, nous vous proposons de retrouver sur Culture-G des articles pour mieux comprendre les enjeux de cette élection primordiale pour le monde d'après !

Un idéal construit de bric et de brac


Il était une fois, un promoteur venu tout droit des Etats-Unis. Dans les années 1950, William Levis, surnommé « Roi des banlieues » aménage le premier lotissement précurseur d’un tout nouveau genre au Mesnil-Saint-Denis. Sur un terrain périphérique et peu cher, des centaines de maisons en kit sortent de terre. Pourtant, chez les urbanistes, la mode n’est alors pas à la maisonnette, mais davantage à l’habitat collectif. Partout en périphérie, des grands ensembles fleurissent dans les villes. Des tours sans âmes, mal desservies, dont la dégradation progressive fera fuir la classe moyenne émergente en recherche d’un lieu de vie à soi.

Alors que les aspirations des français évoluent, la classe politique s’adapte. En 1969, Albin Chalendon, alors ministre du logement, lance un vaste appel pour la construction de 70 000 logements individuels. Un bel appel d’air qui fait la fortune de ceux qui deviendront par la suite les têtes de Nexity et Bouygues immobilier.

Dès années plus tard, alors que les années 1980 ont déjà vu leurs lots d’espaces naturels artificialisés, Nicolas Sarkozy poursuit cette politique, en rêvant cette fois ci de faire accéder les classes populaires à la propriété. La propriété est alors perçue comme une protection universelle contre les aléas de la vie. Les aides pour l’accession à la propriété se décuplent ainsi que les initiatives des promoteurs. On propose des maisons à 100 000€, ou encore des maisons « à finir », en kit, vendues 30% moins chères. Le tout visant un objectif de 70% de propriétaires et évidemment, en périphérie des grandes villes et des villes moyennes, là où le foncier est moins cher et donc les prix aussi. Ce sont 50 ans de politiques qui ont porté leurs fruits : aujourd’hui, un quart de la population française vit dans le périurbain.


Un cadeau empoisonné 


Obtenir une petite maison, un bout de jardin à soi représente un idéal fort pour de nombreuses familles. C’est un idéal agrémenté d’un certain sentiment de sécurité et d’indépendance où l’on n’a plus comptes à rendre à un.e propriétaire. Pourtant, l’accession à la propriété, notamment dans le pavillonnaire, tourne parfois à la banqueroute car de nombreux frais ne sont pas anticipés par les acheteur.euses.

En effet, dans le périurbain, les frais liés au logement représentent en moyenne 50% des revenus d’un foyer. Le logement représente aujourd’hui la première cause de paupérisation des classes moyennes. En 15 ans, on constate que 50% des surendettements est dû à un crédit immobilier. Une des causes est l’éloignement de ces logements des services et des commerces, forçant de fait les habitant.e.s à utiliser leur voiture pour tous les déplacements nécessaires à la vie quotidienne. Les frais d’entretien et d’essence peuvent représenter, dans le salaire d’un.e ouvrier.e, près d’un quart des dépenses mensuelles.

En cause également, la qualité de ces logements. Construits à la chaîne, parfois livrés incomplets, ils se dégradent facilement et sont donc parfois presque impossibles à revendre. Contrairement à leurs espérances, les nouveaux propriétaires n’en tirent donc pas toujours de plus-value. Ces logements sont aussi très mal adaptés au vieillissement : les personnes âgées qui y résident sont très souvent isolées faute d’infrastructures de transports suffisantes.


Un modèle écologiquement et économiquement insoutenable


Entre 2008 et aujourd’hui, près de la moitié des surfaces artificialisées l’ont été pour des logements individuels. C’est une urbanisation insoutenable avec des conséquences prévisibles : des arbres abattus, des sols pauvres en qualité, la disparition des eaux souterraines et donc un recul net de la biodiversité. La disparition de la ressource est donc un enjeu fort. A l’heure où des Régions comme la Région Ile-de-France ne peuvent se targuer d’une autonomie alimentaire de plus de 48h, il paraît délirant de grignoter des terres agricoles au profit de logements individuels. C’est pourtant la tendance depuis plus de 40 ans. Le tout-voiture qui s’est imposé par cette forme d’habitat dégrade aussi considérablement la qualité de l’air. Depuis l’explosion du pavillonnaire, on retrouve dans certaines villes moyennes des bouchons dignes des grandes métropoles.


La construction de logements sur des terrains inondables (car moins chers) est de plus en plus courante et elle a augmenté de 7% entre 1999 et 2006. Les conséquences sont parfois désastreuses. La tempête Xynthia en 2010 a provoqué la mort de 51 personnes dont le lotissement était construit en zone inondable.

Les conséquences ne sont pas que environnementales, elles sont aussi économiques. Le pavillonnaire encourage un certain type de consommation, celle des centres-commerciaux périphériques. Ainsi, la prolifération dans les petite-villes de lotissements en périphérie conduit fatalement à la désertification des centres-villes. En 15 ans, un quart de la population des petites communes est partie vivre dans le périurbain. Cela a conduit en partie à vider les centres-villes de leurs habitants et donc de leurs commerces.


Allons-élu.es !


Mais si ce modèle perdure, c’est aussi parce que les maires choisissent, ou du moins acceptent, de laisser se pérenniser cet habitat. Les causes sont nombreuses : le manque de logement sur la commune, le besoin d’attirer une population nouvelle pour ne pas voir diminuer les aides de l’Etat, mais aussi l’endettement des communes (50% d’entre-elles sont concernées et ont de grosses difficultés à construire logements). La main est alors laissée aux promoteurs. Ceux-ci, aidés par un manque de connaissance et de sensibilisation des élu.e.s, abordent une approche agressive de démarchage afin de faire évoluer les documents d’urbanisme ou obtenir du foncier. Elu.e.s, ou futur.e.s élu.e.s, ne laissez pas le territoire de votre commune se faire grignoter, ne laissez pas ce modèle économique, insoutenable, se pérenniser. Refusez l’étalement urbain, privilégiez l’habitat collectif et le logement social, sanctuarisez vos espaces naturels ou agricoles. Ils veulent une France en gruyère, soyez un meilleur fromager !


Alice Bosler

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