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Ventes d'armes : la France et l'Europe responsables

Mis à jour : 20 août 2019




Le 11 Novembre 2018 s'est déroulé à Paris le forum pour la Paix, ouvert par Emmanuel Macron, en clôture des commémorations de la Première Guerre mondiale. Les promesses de coopération internationale et diverses invectives au nationalisme tenues par le chef de l'État, ainsi que ses homologues des divers pays participants, masquent l’hypocrisie des grandes puissances sur un sujet qui a été passé sous silence lors de ce forum : la question des ventes d'armes aux pays en guerre.


Un conflit meurtrier au Yémen


Depuis 2014, une très violente guerre civile touche le Yémen. Ce conflit sur fond de rivalité religieuse entre les rebelles chiites Houthi et le gouvernement yéménite sunnite a pris une envergure internationale dans le cadre de la lutte d’influence entre la république islamique d'Iran (chiite) et l'Arabie Saoudite (sunnite)[1]. Ce dernier a mené une coalition de plusieurs pays du Golfe, notamment le Koweït, la Jordanie et l'Égypte, dans le cadre de l'Opération « Redonner l'espoir », pour contrer les rebelles Houthis. Cette opération impose au Yémen un blocus maritime et aérien, qui entraîne une très grave crise humanitaire menaçant la vie de plusieurs millions de civils yéménites. La famine, le choléra, et les bombardements rendent la situation humanitaire du Yémen extrêmement préoccupante, et a déjà entraîné la mort de plusieurs milliers de civils.


Violations des droits humains


Ce conflit et les violations aux droits humains qu'il entraîne doit remettre en question les accords militaires de la France et des pays européens, notamment sur la question des ventes d'armes au royaume saoudien. L’Allemagne et le Danemark ont d'ores et déjà suspendus leurs livraisons de matériel militaire, non pas à cause des violences sur les populations civiles, mais en réponse à l'affaire Khashoggi[2], permettant à Emmanuel Macron de qualifier la décision de la chancelière allemande Angela Merkel de « démagogique », et de prétendre qu'il n'y avait aucun rapport entre les deux. Mais l'affaire du journaliste assassiné révèle pourtant les pratiques répressives de l'Arabie Saoudite, et la politique violente menée par le nouvel homme fort du pays, le prince Mohammed ben Salmane, prince héritier du royaume. Son intervention violente au Yémen, et sa politique de répression systématique de toute opposition, révèle une défiance totale des droits humains fondamentaux. Comment la France et l'Europe peuvent s’accommoder de tels crimes, pour des arrangement militaro-financiers conséquents ?


L’Arabie saoudite, deuxième client de la France en matière d'armement


En effet, la France vend à l'Arabie Saoudite plus de 1,2 milliards d'euro de matériel militaire tous les ans, ce qui en fait son 2eme meilleur client en terme de défense, après l'Inde. Si Florence Parly, ministre des Armées, prétend que la France ne vend pas de matériel servant à bombarder la population yéménite, elle a pourtant fourni au royaume saoudien de nombreux équipement offensifs : canon d’artillerie Caesar, missile de croisière SCALP, char Leclerc … au vu de l’opacité médiatique régnant sur ce théâtre d'opérations, comme a pu le dénoncer le reporter Jean-Pierre Remy, il est impossible de dire que ces armes ne sont pas utilisées sur des populations civiles. Comme le dénonce Amnesty International dans son rapport sur la situation au Yémen[3], les forces de la coalition utilisent « des munitions imprécises pour certaines attaques, dont de grosses bombes ayant un large rayon d’action et provoquant des pertes humaines et des destructions au-delà de leur point d’impact. » En d'autres termes, des frappes à l’aveugle sur des population civiles.


Malheureusement le cas des ventes d'armes à l'Arabie Saoudite n'est pas isolé. Que dire des ventes d'armes au Qatar ou à l'Égypte, des pays bafouant ouvertement les droits humains ? Que dire des ventes d'armes aux pays sous embargo de l'UE et de l'ONU comme la Libye et la Somalie ? Et que dire au niveau européen des ventes d'armes allemandes à la Turquie d'Erdogan, qui met des milliers d’opposants politiques en prison, et attaque impunément les kurdes du YPG [4] en Syrie ?


Vers un contrôle européen et démocratique des ventes d'armes


Dans nombre de pays, les ventes d'armes se font sous le contrôle du parlement. C'est ce que préconisent Amnesty international et de nombreux parlementaires. L’exécutif ne doit plus avoir le monopole sur la question des accords militaires, et se cacher derrière l'opacité du secret défense, mais engager la transition vers un contrôle démocratique des ventes d'arme. Cette question doit également être portée au niveau européen comme instrument crucial de la diplomatie internationale. Si l’Europe n'impose pas un contrôle démocratique, alors la diplomatie européenne ne pourra jamais exister. Génération.s et ses partenaires du Printemps européen demandent donc la cessation immédiate de toutes les ventes d'armes aux États qui ont des antécédents de violations des droits humains et une réglementation plus stricte des exportations d'armes à l'échelle européenne.


Fabio Chikhoune


[1] Le chiisme et le sunnisme sont les deux principales branches de l'islam. Voir par exemple : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/06/20/au-fait-quelle-difference-entre-sunnites-et-chiites_4442319_4355770.html

[2] Jamal Kashoggi est un journaliste saoudien critique du régime, assassiné au consulat saoudien à Istanbul dans des circonstances troubles, sur ordre du régime saoudien.

[3] https://www.amnesty.org/fr/countries/middle-east-and-north-africa/yemen/report-yemen/

[4] Unités de protection du peuple, branche armée du parti kurde syrien, revendiquant le contrôle du Kurdistan syrien

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