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Vers la privatisation de la forêt publique française ?



La forêt, en plus de nous fasciner par ses légendes et ses bienfaits, est aussi notre bien le plus précieux, puisqu'elle capte le CO2, produit de l'oxygène, et abrite une incroyable biodiversité. Tout un monde y cohabite afin d’apporter l’essentiel au maintien de la vie. C’est un milieu vivant dont l’intégrité, la stabilité et la prospérité dépendent de la diversité des espèces. L’équilibre est apporté par les animaux, les végétaux, les champignons et les bactéries. Pourtant, cet espace vivant, qui capte 80 millions de tonnes de CO2 par an, est menacé par une politique néolibérale et une course aux profits, alors que le dernier rapport du GIEC est plus que préoccupant.


Les bienfaits de la forêt


Le nombre d’espèces au sein d’une forêt est très difficile à définir car il dépend de son type, des niches écologiques qu’elle propose et de sa superficie. Mais, pour donner quelques chiffres, une forêt de petite surface (jusqu’à 300 hectares) accueille plus de 5 000 espèces différentes ; pour une grande forêt (de plusieurs milliers d’hectares), ce chiffre peut doubler. La faune représente plus des deux tiers des espèces, dont plus de 90% sont des insectes. Les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les amphibiens, pris dans leur ensemble, ne représentent, au maximum, que 3 % de la biodiversité forestière ! Les plantes représentent environs 10 à 20% des espèces. Le reste des autres règnes et formes de vie représentent de 15 à 33% des espèces . Alors que la sixième extinction de masse est en cours, cette biodiversité est un bien précieux qu'il nous faut protéger

Par ailleurs, en plus d’être notre source principale d’oxygène et notre capteur à carbone par la captation et l’utilisation du CO2, la forêt aurait des bienfaits sur notre santé. En effet, selon de récentes études, la forêt influe sur la baisse du stress, la pression artérielle ou encore le système immunitaire. Le « Forestry and Forest Products Research Institute » japonais a ainsi publié une étude qui démontre que le fait de marcher dans les bois fait baisser le taux de cortisol, cette hormone étant considérée comme la principale hormone de stress. Des moments en forêt ou même la vue sur un jardin permettent de guérir certains maux. C’est le constat qu’à fait Roger Ulrich en étudiant des patients dont certains avaient vue sur un mur en béton et d’autres, vue sur la nature. Ces derniers ont passé un séjour plus court à l’hôpital, ont pris moins d’analgésiques et étaient de meilleure humeur.


La forêt a également un effet dépolluant. Georges Plaisance, ingénieur forestier à la Faculté des Sciences de Dijon, auteur de nombreux ouvrages sur la forêt (sylviculture, climatologie, protection des paysages, faune et flore, etc.), a démontré dans les années 70 en analysant l’air dans différents types d’environnement que l’air forestier contient moins de microbes que l’air urbain : 50 microbes par m³ d'air en forêt littorale, contre 1 000 dans le parc Montsouris de Paris.


La gestion des forêts françaises


En France, les forêts représentent 30% du territoire national, soit une surface de 16,4 millions d’hectare. 25% de la forêt est gérée par l’Office Nationale des Forêts (ONF), et le reste est détenu par 3,5 millions de propriétaires privé.e.s.


L’ONF est un établissement public créé en 1964. Il « assure la gestion de près de 11 millions d’hectares de forêts publiques appartenant à l’Etat et aux collectivités territoriales ». Les 9 500 professionnels employés par l'ONF œuvrent à l’entretien, au développement et au renouvellement des forêts et des espaces naturels. L’organisme travaille à la prévention des risques naturels, à la protection du littoral, à la défense des forêts contre les incendies et à la restauration des terrains en montagne. D’autres actions sont proposées par l’ONF afin de valoriser ces espaces à destination des collectivités, des entreprises et des particuliers.


Dans notre société de production et de consommation intense, où tout est pensé sous le prisme du profit, nos forêts connaissent de dures épreuves. D’abord par l’exploitation : plus de 42,3 millions de mètres cubes de bois sont prélevés par an sur différents sites de production. Cette exploitation forestière modifie les niches biologiques : la suppression des vieux arbres entraîne une diminution des nids et zones de repos pour une partie de la faune, et les coupes d’éclaircie diminuent la diversité florale. Ensuite, nos activités de loisirs, telles que la chasse ou les promenades, ont un impact réel et mesurable au sein de nos forêts. Les installations synthétiques les défigurent, le bruit stresse la flore, qui, par répercussion, modifie tout l’écosystème. Mais la forêt publique française est aujourd’hui menacée par le gouvernement libéral d’Emmanuel Macron.


En route vers la privatisation ?


L’intersyndicale de l’ONF dénonce l’augmentation des prélèvements annuels de bois, passant de 20 millions de mètres cube à 80 millions de mètres cube à l’horizon 2020 et la diminution de 22% des effectifs depuis 15 ans. Elle déplore le développement des activités commerciales au détriment des missions traditionnelles réalisées par l’ONF, entraînant l’arrêt du recrutement au statut de fonctionnaire pour remplacer les travailleurs partant à la retraite.


Aujourd’hui, les fonctionnaires représentent une part de 60% contre 40% de salariés (principalement des ouvriers forestiers). Le statut de la forêt peut vite changer si la balance vient à s’inverser. Déjà, depuis le début des années 2000, alors que la forêt publique a du mal à se remettre de la tempête de 1999, la direction de l’ONF suit la voie du néolibéralisme. Son objectif est de rendre la forêt rentable par une augmentation des coupes et une diminution des missions qui ne rapportent pas, comme la préservation de l'environnement et de la biodiversité, l’accueil du public ou la surveillance. Il faut dire que depuis sa création, le financement de l’ONF ne dépend que de la vente de bois. En conséquence, le volume de bois récolté a augmenté de 25% en quarante ans alors que les recettes provenant de ces ventes ont baissées de 35%. Entre 2002 et 2016, un quart des effectifs a été supprimé.


L’ONF prend-elle la même direction que France Telecom ou EDF ? Cela en a tout l’air.


L’ONF envisage sérieusement de diminuer ses coûts et cela passe par la diminution de la part de fonctionnaires et des effectifs. Quoi qu’il en soit, les forestiers, citoyens, syndicats et élus se mobilisent pour protéger ce patrimoine vivant. Même si peu de couverture médiatique leur a été accordée, ils luttent pour que la forêt ne devienne pas uniquement une usine à bois. Une grande marche à travers la France a eu lieu du 17 Septembre 2018 au 25 Octobre 2018. Les marcheurs ont quitté Mulhouse, Valence, Perpignan ou Strasbourg pour rejoindre la forêt de Tronçais dans l’Allier à pied. Des manifestations ont eu lieu et continuent d’avoir lieu pour protéger le lieu de nos plus grands rêves d’enfant. L’objectif : informer le grand public et les médias, fédérer et faire converger les défenseurs de la forêt et des services qu’elle rend dans l’intérêt général, présenter des alternatives à sa gestion industrielle que les gouvernements successifs et les lobbies financiers entendent imposer.


Damien Robinet