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Violence policières, un constat accablant

Ces derniers mois pas une journée ne s’est écoulée sans qu’une vidéo mettant en cause des agents de police et leurs comportements ne soit publiée sur les réseaux sociaux. Dans un climat où le dialogue social est réclamé par l’ensemble de la société, la police se retrouve être le médiateur privilégié par l’Etat.


(Crédit Photo : Julien Mattia - Anadolu Agency)

Que ce soit dans les manifestations contre la réforme des retraites ou même dans leurs missions quotidiennes, les fonctionnaires de police sont constamments pointés du doigts pour leurs comportements.


Les nombreuses polémiques autour de ce qui semble convenable d’appeler des violences policières relèvent une question principale : la police française est-elle en capacité d’assurer la sécurité de ses citoyen.ne.s lorsque la violence émanant des fonctionnaires est toujours disproportionnée ?


L’air liberticide dans laquelle nous vivons nous fait oublier qu’un.e gardien.ne de la paix, conformément au Code de déontologie de la Police Nationale et de la Gendarmerie a pour obligation de faire usage de la violence en dernier recours ainsi que de manière proportionnelle.


Alors dans ce cas, comment des drames comme le décés d’Adama Traoré ou plus récemment de Cédric Chouviat, qui ont tout deux respectivement tenté de fuir un contrôle et l’autre de le filmer ont pu survenir ? Comment expliquer aux proches de ces deux victimes que leur enfant, père... a fait preuve d’une violence telle, que les fonctionnaires en face ont jugés bon d’entraîner la mort ?


Mais alors comment est-il possible d’imaginer que des drames comme celui d’un médiateur de rue de Sevran se fasse attaquer à coup de poing par un policier alors qu’il était en pleine discussion. Comment tolérer et surtout protéger les protagonistes de tels agissements ?


L’IGPN à la fois juge et partie


Pour le Gouvernement, qui réfute toujours le terme de violences policières - mais n’hésite pas à qualifier d’attentat les attaques de permanences LREM par des manifestant.e.s - ces affaires doivent être traitées par l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) et donc placées entre les mains de la justice. Mais de quelle justice parlons-nous ?


D’une justice où tout le monde est juge et partie. Où les enquêtes sont menées dans une opacité la plus totale même pour les familles de victimes. Où seulement un avis est rendu par voie postale plusieurs mois après.


En effet, comment ne pas être dubitatif après l’enquête, par exemple, sur le décès de Steve Maia Caniço, un jeune nantais décédé dans la nuit du 21 juin 2019 à l’âge de 24 ans ? Steve est décédé de noyade après s’être jeté à l’eau comme douze autres personnes cette nuit là, de peur des charges policières sur le lieu où il était avec ses amis en train de faire la fête. Fait important, Steve ne savait pas nager. Alors qu’est ce qui pourrait pousser quelqu’un qui ne sait pas nager à aller se jeter dans la Loire en pleine nuit noire, si ce n’est la peur ?


Et bien visiblement pas pour l’IGPN qui, dans son rapport rendu le 16 juillet 2019, stipule qu’il n’existe véritablement aucun lien avéré entre les charges de la police et le fait que Steve Maia Caniço ne se soit jeté dans le fleuve.


Malgré de nombreuses affaires à charge pour les forces de police, ainsi que dorénavants de nombreuses preuves vidéos qui les accompagnent, en 2020 aucune sanction n’a été émise sur une seule affaire de violences policières à l’encontre d’un seul policier.


Une omerta institutionnalisée.


C’est à cet instant que le questionnement du fonctionnement des institutions policières devient des plus pertinent. Car comment une tel omerta, digne de celle de l’église catholique pour les questions de pédophilie, peut-elle fonctionner si elle n’est pas institutionnalisée ?


Rares sont les policiers osant s’exprimer. Et gare à ceux qui osent briser la loi du silence, que ce soit auprès de leur hiérarchie ou pire, de la presse.


A Rouen, en 2019, un policier noir a déposé plainte après des années de harcèlement à caractère raciste par ses collègues. Mais surtout après qu’il ait découvert un groupe Whatsapp constitué de plus d’une centaine de membres, tous du corps policier, où étaient échangés chaques jours des flots de messages racistes embrassant les pires théories fascisantes. Des messages appelant notamment à une purge, jugeant la société française actuelle trop “métissée”. Après 3 mois d’enquête, le policier ayant déposé plainte a été muté tandis que les 12 autres policiers ciblés sont toujours en poste, dans le même service aux mêmes grades…


Tous ces événements aussi invraisemblables que déshonorants pour l’institution porte à croire que la direction politique insufflée à la police française depuis sa création en 1941 sous le régime de Vichy par le Maréchal Pétain reste inchangée.


Car l’ensemble de la population française commence à peine à se rendre compte de la réalité des techniques utilisées pour le dit “maintien de l’ordre”. Mais ces techniques dignes de véritables guérillas urbaines sont expérimentées depuis les années 90 dans les banlieues françaises. Les dirigeants tant politiques, que du corps policiers obligent les fonctionnaires à faire vivre une politique de la terreur.


Une autre Police est possible


Pourtant une autre police est possible. Une police au service des citoyen.ne.s et de l’intérêt commun.


Cela commence par une réorganisation des missions prioritaires des gardien.ne.s de la paix, soit la protection des personnes. Avec la ré-instauration d’une véritable police de proximité, la présence de la police ne pouvant pas se résumer aux flagrants-délits et à la répression. La suppression de la police de proximité par Nicolas Sarkozy a été grave de conséquence, jamais les fonctionnaires n’ont été aussi mal reçus sur le terrain car cette présence dans les moments de vies banales avait pour nature d’apaiser la relation police/citoyen.ne.s.


Du propre aveu des fonctionnaires de police, des investissements doivent être faits afin d’améliorer tout d’abord la formation des effectifs. Mais aussi et surtout dans la gestion des ressources humaines, dans les corps de gendarmerie et de police avec le remplacement systématique de tous les départs à la retraite et l’embauche de nouveaux.elles policier.e.s. Car ce n’est pas aider les fonctionnaires que d’acheter de nouveaux flash-ball quand dans une brigade le flux tendu des équipes est constant et qu’il manque en moyenne 5 fonctionnaires pour pouvoir fonctionner normalement.

Les pratiques des forces policières doivent aussi être revues. L’interdiction totale des LBD, flash-ball mais aussi du plaquage ventral. La haute dangerosité de ces pratiques n’est aujourd’hui funestement plus à prouver. Chaque équipe en patrouille devra systématiquement avoir avec elle une caméra piéton embarquée, afin de pouvoir par la suite, en cas de dysfonctionnement, juger de la véracité des faits avancés par chacune des parties.


La mise en place d’un récépisse du contrôle d’identité permettra d’assurer un suivi de cette pratique quotidienne sur laquelle nous n’avons aujourd’hui aucun élément de traçage. Toujours dans le même objectif d’une police dans l’intérêt commun, un renforcement des équipes et des moyens alloués à la BRI (Brigade de Recherche et d’Investigation Financière) doivent être mis en place. Les moyens alloués à ces équipes étant dérisoires vis-à-vis de gains générés par la délinquance en col blanc qu’ils ont pour mission de combattre.


Le fonctionnement des procédures de l’IGPN doit être aussi élargi afin de réduire l’opacité presque totale qui l’entoure aujourd’hui. Les enquêtes seront menées par des commission indépendantes composées de professionnels aussi extérieur du corps policier. Et les président.e.s de ces commission seront nommé.e.s par un magistrat. Les policier.e.s interrogé.e.s dans ces enquêtes seront systématiquement relevé.e.s de leurs fonctions en attente du résultat. Et les rapports d’enquêtes devront être systématiquement rendus publics dans leur intégralité.


L’ensemble des affaires de violences policières devront être ré-ouvertes et passé.e.s alors devant ces nouvelles commissions dès lors que les familles en feront la demande. Car c’est le minimum que la République puisse assurer à ses citoyen.ne.s.


Toutes ces mesures ne sont pas dans objectif soupçonneux vis à vis des gardien.ne.s de la paix, au contraire, elles leurs permettront demain de pouvoir exercer leurs métier dans une quiétude actuellement inexistante. Car ce nouvel arsenal législatif permettra de mettre de côté les éléments dysfonctionnants allant à l’encontre des lois de la République.


Afin que demain toutes ces affaires et ce climat délétère soient pour les générations futures qu’un lointain souvenir et/ou de sombres pages dans les manuels d’histoire.


César Martin

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